Une revolution soufflée par le vent d’hiver
C'est tout de même curieux. Un best of de Radiohead va sortir, ce qu'ils voulaient ne jamais faire. Un best of malgré eux. A une époque où tout le monde affirme qu'un disque ne se vend plus. Et ils ne diront rien. Il y a encore quelques semaines, tout le monde disait que le punk était revenu. Les librairies croulent sous les biographies d'anciens combattants de l'épingle à nourrice relatant les barricades du marché du disque enjambées. La révolution était en marche.
C'était hier. Aujourd'hui, la guerre est d'humeur nostalgique. On dirait qu'une vague de nonchalance, entre je-m'en-foutisme apathique et gâtisme naïf, gagne lentement la planète.
Un vent maussade souffle sur le monde du rock : attisant les braises ou dissipant les brumes ?
D'un côté,
Neil Young, survivant des sixties psychédéliques, affirme haut et fort que les chansons ne changeront pas (plus) le monde ; que seuls les chercheurs le peuvent. Les temps ne seraient plus à l'imagination, mais à "l'innovation" technique. Le constat écologique inhérent à cette déclaration dans la bouche d'un de ceux qui ont vécu le flowerpower et ses illuminations optimistes opiacées, s'accompagne d'une forte désillusion. Il n'était pas trop tôt, Neil. C'est le constat sincère d'un soixante-huitard qui se prend aujourd'hui dans la tête la réalité de ce qu'était son époque (un miroir aux alouettes) en perdant les idéaux désinhibés que la beat generation avait élevé au stade de culture. Alors même que la cocaïne revient en force.
Et il n'est pas le seul à se réveiller en retard. Lors de la première du film Berlin pour lequel ils ont écrit une bande originale, les Rolling Stones évoquaient ouvertement leur propre conso de drogue dans les années soixante de façon paternaliste. Mick Jagger avouait n'avoir, à l'époque, pas connaissance des effets néfastes, précisant même à ceux qui auraient poussé jusque-là la naïveté, que les centres de "rehab" n'existaient pas. Comble de l'infantilisation, il affirma craindre pour la vie de Amy Winehouse, qui à 25 ans ne doit pas atteindre le quart de la consommation
totale du célèbre chanteur couineur anobli par Sa Majesté, ou le 10e de celle du guitariste-pirate prodige. Il ne manque plus qu'Iggy Pop avoue qu'il tournait aux Nicorettes pendant l'enregistrement de The Weirdness !
Pendant que les survivants se frottent les yeux et baillent, la poudre se répand un peu partout. La reine de la pop RnB Britney entre en désintox quand la diva Winehouse en sort, pendant que des rappeurs sont accusés de prendre des anabolisants. Et on va encore nous dire que les médecins de l'écurie n'étaient pas au courant. Qu'après ça on s'inquiète de savoir pourquoi certains éditeurs internationaux perdent de l'argent…
De l'autre côté, résonne un air de "engagez-vous rengagez-vous". Lenny Kravitz prêche l'amour et l'abstinence. Le batteur de Blur se met à la politique sur une liste du parti Travailliste, quand chez nous le plus belge des brestois, Miossec, s'engage à Loc-Maria-Plouzané (Bretagne évidemment) sur une liste "plus ou moins de gauche" mais plutôt concerné par l'environnement. U2 refait le coup de Metallica avec Napster, et accuse haut et fort les fournisseurs d'accès d'être responsable du téléchargement illégale. Ce n'est pas faux. Cette connivence de ceux qui savent que le comportement de leur client n'est pas catholique mais ne disent rien rappelle celle des majors sus-décrites. 
Mais est-ce bien leur rôle ? Tous ces engagements sont sains, et probablement guidés par de bonnes consciences. Mais encore une fois, à quoi bon ? Faites de la musique, on se contentera de l'écouter. Qui sait, si toute une génération l'aime et s'y reconnaît, les changements finiront par venir. Il y a eu un Nevermind. Il y a eu un Sergent Pepper, et un Funhouse hurlant "no fun" à tout crin. Gardons confiance.
Serait-ce le feu qui emporte le coeur de Camden qui nous trouble ? Camden Town, village punk gothique au milieu de Londres, part en torche, son petit marché artisanal de combis en latex cloutées et de bangs translucides, ses pubs refuges du temps qui passe dont celui à qui Amy (encore elle) a offert son award, peut être pour régler son ardoise, tout cela brûle et fume d'un noir de révolte qui jamais ne vient. Cela sent le soufre mais pas le silex. The answer my friends, is blowing in the wind…
- 26 février 2008
- Humeurs
- Tags : amy winehouse, blur, drogue, neil young, rolling stones, u2



1 olivier
26 février 2008 à 23:36comme dis le héraut du film “into the wild” de sean penn (film extremement rock) à voir absolument : “le bonheur ne peut arriver que dans la vérité et il ne peut être vécu que s’il est partagé”…
Le rock ne peut être efficace que s’il est authentique et dénué de superficialités!
La terre survivra à l’homme…le rock survivra au marketing…Le plus grand des rockers l’est avant tout dans sa tête avant de l’être dans ses fringues et ses breloques. Ol.
2 sylvain
27 février 2008 à 15:08Ah… c’est à se flinguer tout ça !!! Et c’est quoi cette histoire de best of de Radiohead ??? Gimme more news man !
3 Billy HP
27 février 2008 à 15:40L’authenticité du rock est effectivement une facette de cette culture, une valeur que je défend ardemment. Heureux de voir que je ne suis pas le seul.
Merci à ceux qui la partage.
Cette période maussade qui semble se profiler doucement, n’est j’espère qu’un nuage passant devant le soleil, mais il faut reconnaitre que les artistes font une bobine un peu triste ces temps-ci. Je suppose que cela explique en partie le succès de “Dansons au son de Joy Division, levons nos verres vers le plafond car tout pourrait aller plus mal, alors que nous sommes si heureux”…
Quand au best of, comme le dit Phil Selway “C’est dans leur droit. On verra bien”, et Thom de rajouter “Evidemment, on ne fera pas de promo pour ça”…
http://www.ateaseweb.com/2008/02/09/emi-to-release-radioheads-greatest-hits/
http://www.drownedinsound.com/articles/2917226
http://www.nme.com/news/radiohead/34264
4 buckshotgwen
4 mars 2008 à 12:21Doping, marketing, surviving… where the fuck is the rock’n rolling ?
En même temps, U2 fait-il de la musique pour qu’on l’écoute ou pour remplir des stades lors de ses tournées mondiales ? Idem pour les Rolling Stones et même un peu pour les Stooges et leur reformation… Et d’ailleurs, le rock n’a-t-il pas toujours eu une dimension purement commerciale. Sinon comment expliquer l’importance de types comme Sam Phillips, le Colonel Parker, Brian Epstein, Andrew Loog Oldham, etc. jusqu’à Richard Branson ou Pascal Nègre ? Mais, il y a aussi les “indés”, les alternatifs, le velvet, Television, les incompris, les méconnus, et les punks originels.
PS : J’ai un peu de peine pour Neil Young (une conversion au sarkozysme tardive ?) et invite les lecteurs de cet article à se plonger dans le coffret “Love is the song we sing” (http://www.rhino.com/store/ProductDetail.lasso?Number=165564) publié par Rhino sur toute l’explosion musicale californienne du Flower Power.
PPS : Trop de points d’interrogation !
5 billy hp
4 mars 2008 à 16:55Que le rock ait toujours eu une dimension commerciale est indéniable : comme je l’exposais dans l’article sur la production “Grosses Guitares ou Gros Sous ?“, celui qui veut diffuser sa musique a (eu) besoin (jusqu’ici) d’encadrement commercial pour vendre (car le don entraine une image différente) sa musique ; mais annoncer que cette dimension est la seule, que la musique est foncièrement “purement” commercial me chiffonne. De plus on peut suivre un système commercial sans pour autant tomber dans la “volonté de vendre”.
Je pense (et défend) qu’un artiste doit conserver avant tout un objectif artistique. C’est le travail de la production d’en arranger le résultat pour qu’il devienne commercial. Vendre c’est pas mal. Mais écrire pour vendre est triste.
Allez pour vous faire une métaphore à la mode, c’est un peu comme habiller une des “nouvelles stars” pour son passage au prime time ; c’est nul mais c’est compréhensible qu’on lui construise un look. Par contre venir passer les castings avec un accoutrement de Tokio Hotel (surtout de tokio hotel!!) est proprement absurde.
J’ai un affect particulier pour les “indés” et je comprend et suis touché par les incompris, et même un peu par les absolutistes de l’indus qui refuse toute commercialisation. Mais je trouve idiot de refuser que son art soit accessible à d’autre par la vente. Ce qui est mal une fois pour toute c’est que d’autres ait trouvé le moyen de faire du blé sur le dos des créatifs et aient fini par retourner le système pour qu’ils les renfloue eux avant ceux qui créent. Là je rejoins le torturé Anton Newcombes : keep music evil !
Pas d’avis sur le sarkozysme présumé de Mister Young. J’y vois plutôt une désillusion.
6 niKo
6 mars 2008 à 17:07hum… face à cette morosité constatée, je comprends mieux le retour du shoegaze que tu prévois
menfin bon, une reformation des MBV, si financière soit-elle vaudra toujours mieux que les kaolas qui se font du fric sur le dos de Joy D, avec la même formule qu’un groupe anglais en “the” nous ressort chaque hiver (réécouter le disque de “The View”, si certains l’ont acheter, je comprends qu’un an après, il milite pour le téléchargement gratuit….).
Quand à U2, gratuit ou pas, faut quand même être sacrement pervers pour écouter une daube pareille en 2008…
Et pour Neil Young, un écolo qui collectionne les carcasses de vieilles voitures, clair qu’il fallait s’en méfier! peut-être que c’est une éco-taxe qui justifie le prix de son passage à Paris?
7 Billy HP
6 mars 2008 à 18:41Le shoegaze, je vais m’y atteler afin qu’on puisse en reparler plus sérieusement.
Pour le reste, tout le reste (sauf peut être la collection de voitures rouillées qui me fait assez sourire moi) je suis bien d’accord avec toi monsieur niKo.
Tiens, pour ta remarque sur le cout de son spectacle et celle sur la collec, tu ne serais pas lecteur de R&F toi ? Hum ?…
8 niKo
7 mars 2008 à 10:34lecteur de R&F, bien obligé par moment… m’enfin, là, j’ai arrété, désolé pour R&F, mais M6 t’as tuER
9 Billy HP
7 mars 2008 à 13:47“bien obligé” de lire Rock&Folk. Et de regarder M6, hum ?
Journalistes de tous les pays unissez-vous…
Personnellement, n’étant pas habitué à La Nouvelle Star, j’ai suivi un peu le père Manoeuvre et trouvé qu’il ne s’en sortait pas si mal. Cliché à l’extérieur mais pas trop dans ses avis. tonnamment, je dirais “moins cliché” que R&F du coup.
Pourtant ce type est intelligent, il l’a déjà prouvé, ne serait-ce que sur Rock Press Club et ses différents bouquin. J’aime aussi Eudeline, ses avis, son regard suranné sur le paysage guitaristique ambiant. Tout ça. Mais R&F sent un peu le grenier. Le perfecto et le Jack Daniel’s c’est sympa de temps en temps, mais il y aurait comme un vif besoin de courant d’air là dedans. Dans la vieille garde notamment.
Dommage, ce n’est pas à l’ordre du jour. Tant pis. Il y a d’autres journalistes en ligne. Tant mieux
Bonne journée à vous chers confrères.
10 niKo
7 mars 2008 à 18:15Pfff… trop à dire sur l’ancienne garde qui se veut gardien du temple et oublie cette maxime pourtant essentielle du R&R : Live Fast, Die Young.
Mais si la porte est fermé, on cassera la fenêtre, ou mieux encore, on plantera notre tente à coté du temple. Il n’est pas dit que le temple lui résiste, à trop y faire entrer de plasticines ou des wombats, on se croirait… sur M6.