Chansons douces et rock intimiste

Il y a des albums qu'on écoute quand on a le cafard. Qui savent si joliment faire vibrer cette corde du spleen que nous sommes heureux d'être triste. Il y a aussi ceux qu'on passe sous le joug de la colère ou du stress. Injecté dans le lecteur, à la vitesse d'une cigarette, on aspire la violence intrinsèque pour ne s'en séparer qu'à la fin du disque.
Et puis il y a les groupes intimistes…

J'ai une tendresse particulière pour ceux là. Ceux qui arrivent à faire naître des sourires sur nos dents et des éclats blancs dans nos yeux. Ceux qui savent retranscrire le bonheur, qu'il vienne du plaisir, de l'amour ou de rien du tout, de ces moments où l'on vit au présent, satisfait et repu. Ceux qui savent créer une ambiance si confortable qu'on s'y abandonne, une intimité si sincère qu'on s'y transfère, une affectueuse sympathie qui ressemble à s'y méprendre à de la complicité.

Est-ce encore rock ? Sûrement. Ne serait-ce que parce que c'est authentique. De la véracité plaquée sur des guitares, c'est du rock, non? Avec ou sans distortion. C'est au coeur même de Bob Dylan, le moteur de Lou Reed, cette David Herman Dünevolonté de dire ce qu'on ressent. Plus pour le partager que pour la rhétorique ou la critique. Pour emmener son auditoire au au fond de sa musique, dans son univers, dans son ventre.

Alors qui sont-ils, ceux qui défrichent ces champs émotionnels sans pour autant cultiver l'énergie brute ?
J'ai d'abord en tête les instants tièdes et ronds offerts par Herman Düne. Ces franco-suédois déploient quelques percutions clapotantes autour d'une musique doo-wop rhythm and blues sur laquelle flotte et pique la guitare grésillante de David Herman Düne. Cet ermite barbu a la coupe de cheveux christique raconte entre folk et blues une vie d'errance qui évoquent les bons moments de Lou Reed et les grosses mégapoles sous un soleil printanier (Take Him Back To New York City).
Goûtez vous même. Discours à la première personne le coeur sur la main pour 1,2,3 Apple Tree ou à couvert derrière les trompettes pour I Wish That I Could See You Soon. Nostalgie à fleur de peau sur Not On Top, Leonard Cohen retro pour Walk, Don't Run et,jack johnson hawaien celui qui aurait pu être un hymne hippie, I'd Rather Walk Than Run. Les frères Herman Düne s'y entendent pour caresser la petite fibre sentimentale quand le soleil brille.

Quand le soleil n'est pas de mise, on peut toujours l'importer. On a longtemps utiliser Bob Marley et des générations de rastas pour cela mais depuis quelques années Ben Harper a su reprendre ce flambeau dans le coeur des amateurs de blues Hendrixien et du folk vaudou de Robert Johnson. On a pu se laisser aller sur Jah Work et Burn One Down ou s'envoler sur Excuse Me Mr ou How many Miles Must We March avant qu'il n'y rajoute une grosse dose de gain et retourne sur les chemins du rock. Sa bannière est depuis reprise en main par l'ange hawaïen Jack Johnson.

Ancien surfer, le jeune apollon déroule sa zenitude sur une simple guitare acoustique soutenue par une basse et une batterie aussi légers que possible. Le résultat transforme vos jambes en coton et attendrit les vents et les marées les plus primaires : mi folky mi ragga, on se laisse volontiers entrainer par les Rodeo Clowns, tenter par les Banana Damien RicePancakes aux relents de rock'n'roll, embarquer par les accords bluesy de Flakes et envelopper dans le manteau d'étoiles de Holes To Heaven. Jack glisse doucement et apaise les rugosités d'un monde à la dent parfois trop dure.

A rajouter également, Damien Rice, qui s'est rendu célèbre sur deux titres rocks (Woman Like A Man et Rootless Tree) mais qui manie la délicatesse (Canonball) avec la même douceur que l'archet qui l'accompagne (Amie). Se permettant parfois de délicieuses incursions vers quelquesSyd Matters ailleurs plus enfumés empruntés à Nick Cave (Me, My Yoke, And I) ou à Terri Amos (9 Crimes), voyages dont on ne revient à peu feutrés.

Nous pourrions encore allonger la liste de Syd Matters et autres Troy Von Balthazar, tous ceux qui ont un jour pleuré sur leur guitares des larmes sucrées ou ont su en tirer des éclats de rires, ces aventures intimes qui touchent chacun de nous. C'est surement cela qui nous plait le plus, cette tranquille manière de côtoyer la vie d'aussi près.

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