Tony Wilson est mort
Pour que le monde avance il faut des hommes pour le porter. L'un des roadies de l'univers musical britannique les plus influents des trente dernières années était sans aucun doute Anthony Howard Wilson.
Alors présentateur T.V. à vocation régionaliste1,
Tony Wilson fut le premier à donner sa chance au courant punk, notamment en invitant dans son émission ‘So It Goes'2 Iggy Pop, Patti Smith, Elvis Costello, les Sex Pistols, dont c'était la toute première apparition télé.
Poussant un cran plus loin, il ouvrit The Factory3 un club pour accueillir en concerts les groupes locaux qu'il appréciait. Parmi eux, les performers piliers du mouvement industriel : Cabaret Voltaire, le groupe The Durutti Column que Wilson co-manageait alors, et Joy Division. Cherchant à donner un sens à tout cela, il pousse ces trois derniers groupes à enregistrer sous la direction de Martin Hannett quelques titres et sort la compilation A Factory Sample.
Factory Records était né.
Ce label, propulsera tout au long de sa carrière une scène essentiellement mancunienne à forte influence punk et électronique, devenant le tremplin du post punk du début des années 80, véritable courant musicale occupant la
frange abandonnée entre la new wave, plus pop que punk, et l'indus, que l'obstination artistique éloigne du format rock. Ainsi, si le punk est né entre les mains de Malcolm McLaren4 et trouva un terreau fertile au club New Yorkais CBGB's, le post punk a trouvé son guide en Tony Wilson et un refuge à la Factory.
Le meilleur moyen de diffusion restant d'avoir une salle pour exposer les groupes, Wilson créa un lieu spécifique entre salle de concert et boite de nuit en collaboration avec Rob Gretton5 et New Order : The Haçienda. Dessiné par Peter Saville, l'illustrateur designer de Factory Records, cette salle fut un catalyseur de l'explosion de la house musique avant de
devenir le symbole de toute une scène intermédiaire : le Madchester.
De nombreux démêlés judicaires et financiers (notamment dû à une politique commerciale laissant aux groupes la propriété totale de leur œuvre) eurent raison de sa (maigre) fortune et de la majorité de ses projets : Factory Records, l'Haçienda, et d'autres entités de communications ou distribution fermèrent les unes après les autres. Mais Wilson ne relâcha pas pour autant ses ambitions et remonta tout au long de sa vie d'autres projets. Le dernier en date étant la conférence-festival ‘In The City' qui rassemble des groupes sans labels.
Sa vie, dans une version assez déjantée, avait été portée à l'écran par Michael Winterbottom dans le film '24 Hours Party People'. On lui doit le passage du punk au post punk (Joy Division), du post punk au new wave (New Order), l'avènement de la house music en Angleterre (via les DJ Mike Pickering et Graeme Parke) et la naissance du Madchester, courant qui tend à renaître au travers de la pop anglaise « new rave » d'aujourd'hui.
Atteint d'un cancer des reins, Tony Wilson est mort ce 10 Août 2007 d'un arrêt cardiaque à l'hôpital de Manchester. Il avait cinquante sept ans et tout juste eu le temps de voir se séparer New Order et se reformer les Happy Mondays qu'il avait présenté en personne, se tenant à l'aide d'une canne, au festival de Coachella cet été.
« L'Haçienda, c'est l'endroit où les années 90 sont nés » Peter Saville. Mais ce que Tony Wilson a ouvert est toujours là.
- Il prit plusieurs fois parti pour une représentation plus décentralisée de l'Angleterre, s'engageant ainsi dans la vie politique. [retour]
- Animée en 1976 et 1977 sur Granada TV, elle combinait chroniques, performances live, et interviews. [retour]
- Ainsi nommé en hommage à la Factory d'Andy Warhols. [retour]
- Manager anglais des New York Dolls puis des Sex Pistols pour lesquels il organisa toute une série de vrais/faux évènements scandaleux qui firent grands bruits. [retour]
- Manager de Joy Division et déjà associé de Factory Records. [retour]
- 16 août 2007
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- Tags : electronique, Factory, label, madchester, new order, new rave, post punk, tony wilson


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