The Stone Roses : Je veux être adulé 2

Mais ce soulagement n'aura pas que des effets positifs. Enthousiastes, les Mancuniens se convainquent (à raison) d'être de purs prodiges de la pop, et se laissent aller. De grandes bouffes ont lieu, l'alcool fait son apparition en régie et quelques séances psychotropiques caractéristiques du Second Summer of Love, repoussent les sessions au beau milieu de la nuit.
Et cela se sent…

Portés par les drogues et le flot d'auto-satisfaction, les titres prennent un tournant plus dansant encore, et plus hypnotiques. Le charleston funky prend des allures de boîte à rythmes affolée, Mani se lance dans des grooves capiteux, Ian devient nonchalant. L’album commencer à ressembler à une collection de morceaux disparates, indépendamment réussis bien que sur-produits, rappelant en quelque sorte les expérimentations de Revolver : Squire joue du studio plus que de la guitare, enregistrant Waterfall à l'envers pour donner naissance à Don't Stop (sur lequel Brown fait quelques vocals dispensables), rajoutant plusieurs pistes de guitare en overdub sur l'emmené Elephant Stone qui retourné deviendra à son tour Full Fathom Five1 et à nouveau le même processus avec Made of Stone pour créer Guernica.

Stone Stones 91 promoDès la sortie des premiers singles2 un engouement auréola le nom des Stone Roses, encore renforcé par la sortie de l'album éponyme en Mars. La presse s'enflamma sur cette pop dansante aux racines rock fièrement plantées entre les Who et les Beatles. En quelques mois, une vague de groupes adoptait ce style tandis que The Stone Roses devenait la bande son de la révolution culturelle qui se répandait dans Manchester. On parla de Madchester, faute de mieux, pour décrire ce melting pot de groupes pour qui l'acid house était une influence avouée. Quand le single inédit Fools Gold sortit en Novembre, tout le monde prit conscience que les Stone Roses étaient à l’apogée de ce courant.
Profitant de la ferveur actuelle, FM Revolver choisit de rééditer le premier single des Roses, Sally Cinnamon, sans en avoir obtenu l'accord. Hors de lui, Squire et sa bande décident de donner un bon coup de Pollock dans les locaux du label de Paul Birch, saccageant à la peinture les bureaux, sa voiture, et son orgueil. L'histoire finira devant les tribunaux. Mais même cela ne cassera pas leur élan : en Mai 1990, les Roses montèrent un festival sur Spike Island qui accueillit plus de 27 000 personnes. Ian s'y impose comme un chanteur prophétique quand Squire se tient droit et stoïque, disparaissant derrière son jeu. Ne reste que sa guitare monolithique qui dégouline de son.

Pollock et sa peinture jeté fut une influence pour les Stone RosesChanté par tout le pays, et entendu en boucle par ceux qui arpentaient Manchester de nuit, le risque courait de lasser et ne devenir qu'un emblème figé, planté dans le sol de cette époque précise. Pour éviter cela, il fallait grandir encore, et cela voulait dire trouver une major. Désireux de rompre le contrat qui les liait à Silvertones, Gareth Ewans se lance dans une fastidieuse bataille juridique durant laquelle la cour interdit par injonction au label de sortir tout nouveau single ou album. Comme paralysé, l'essor dont bénéficiait le groupe se trouve asphyxié. Et son inspiration avec.
Une fois le procès gagné, les Roses purent signer un contrat en or avec Geffen en même temps qu'ils se trouvèrent dépossédés de leur propre catalogue. Imputant les problèmes judiciaires récents à Ewans, il est purement évincé des Stone Roses. A quoi le manager répond par un procès réclamant de lourdes indemnités, laissant le champ libre à Silvertones pour éditer un à un les grands titres de l'unique album en singles, jusqu'au milieu de l'année 92. Et pendant ce temps là, le groupe végète.

Trois années froides, chacun dans sa maison de campagne, abandonnant des kilomètres de partitions derrière eux. Ian Brown, apathique à force de cannabis, critique et rejette en bloc les démos que Squire enregistre seul en studio sous des montagnes de cocaïne. Sous la pression de Geffen, les quatre enregistreront quand même en 1994 ce qui deviendra Second Coming. Bourrés de mépris les uns pour les autres, les réunion de travail terminant en esclandres, chacun finira par enregistrer séparément, laissant Squire entreprendre une production herculéenne.Second Coming LP
Les fans plissent les yeux à la sortie de l'excellent Love Spreads en Novembre. Nettement plus blues-rock, les innombrables parties de guitares saturées lorgnent vers Jimmy Page et rappellent le son des Guns'n'Roses. Le single finit numéro deux des charts, là où tout le monde attendait la première place. On retarde la sortie en Décembre pour maximiser les ventes. Mais cette année là, celle du suicide de Kurt Cobain et de l’Unplugged in New York, et du premier album d' Oasis, Definitely Maybe, qui lui voleront la vedette, alors même que Noel Gallagher ne tarissait pas d'éloges les concernant. Rien n'y fit.

Reni quitta le groupe pour incompatibilité. Suivi l'année d’après par Squire lui même. Le groupe trouva des remplaçant pour lancer sa tournée d'été, mais sa performance en tête d'affiche du Reading Festival 96 fut jugée si misérable que le groupe ne s'en releva pas. Brown et Mani s'abordèrent le navire, lançant une carrière solo pour l'un et rejoignant Primal Scream, avec qui ils partageaient une estime réciproque, pour l'autre. La page Madchester était alors définitivement tournée. L'Angleterre avait digéré les Smiths et le grunge était mort. Elle était prête à pleinement assumer la britpop.

The Stone Roses aura péché du même défaut qu’Icare. A vouloir voler trop haut, ils se sont brûlés les ailes. Leur chute laissa une tâche de peinture couleur citron sur le sol anglais.


  1. Ce titre qui finira en b-side emprunte son titre au peintre expressionniste abstrait Jackson Pollock dont Squire est passionné au point d'avoir décoré de tâches de peinture sa guitare et la batterie du groupe dans le style qui était celui de Pollock. [retour]
  2. Made Of Stone en Février 1989, puis She Bangs The Drums en Juillet. [retour]
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1 olivier

26 février 2008 à 23:24

Ne voici pas la le plus bel écrin de la britpop? Lumineux comme la voix cristalline de ian brown et nonchalant comme une carpe koy? Que de beaux souvenirs et de perles musicales gravées à jamais dans l’histoire du rock. Qu’ils soient dilettants, méprisants, prétentieux, éthyliques, narcissiques ou égocentriques…tout ça n’a que peu d’importance car ils ont fait ce qu’il y a de mieux en un seul album mythique à tout jamais et leur sillon musical ne sera jamais comblé. Merci à vous Stone Roses, merci à toi sieur HP pour leur avoir rendu hommage sans complaisance et en toute véracité, toute lucidité. Leurs frères suede, pulp, shed seven (un 1st album merveilleux puis plus rien la aussi…), house of love le savent bien le talent ne s’achète pas, il est là, il se vit, il touche la grâce de dieu (des dieux ou non dieux selon ses croyances). La est peut être la plus belle expression de la culture rock, se suffire par en elle même par ce qu’elle transmets ce qu’elle fait couler dans les veines ou les tripes. Ol.

2 buckshotgwen

27 février 2008 à 14:37

Je rejoins Olivier dans l’hommage à lhommage car s’il est bien un groupe que l’histoire semble avoir oublié, c’est bien les Stone Roses. Certes, tous les anciens de la britpop les adulent (vive le 1er Shed Seven d’ailleurs, mais on est peu à le penser), sauf que les Mondays semblent avoir remporté la victoire de la postérité. Merci Billy…

Je me souviens encore du jour où mon pote Baptiste m’a enjoint d’écouter “I am the resurrection”… Ce fut une sacrée claque. Tout le syncrétisme pop en une seule chanson (?) de 8 minutes avec une production venue d’ailleurs. Je me suis réveillé avec ça pendant six mois au moins ! C’était l’époque des discman, les Inrocks causaient de Madchester, des eccstas et des illusions perdues du nord l’Angleterre tandis qu’un second album était imminent. Le reste de l’histoire est dans ce second article…

3 Antoine Inoxydable

27 février 2008 à 14:54

Dans un sondage effectué en 1993 auprès des lecteurs du New Musical Express l’album The Stone Roses se classa cinquième parmi cent. Dix ans plus tard il est élu « meilleur album de tous les temps » devant Doolittle des Pixies.

Coïncidence. Pas vraiment : racines musicales proches, apogées brèves, fins médiocres mais surtout une influence commune considérable dans le monde du rock. C’est ce qu’il faut retenir.

Pour planer un peu, je vous propose la longue intro à la basse de I Wanna Be Adored :
http://fr.youtube.com/watch?v=yCqa9rNzoAE

4 billy hp

27 février 2008 à 23:04

Il faut bien reconnaitre que si les Smiths ont planté le décor d’une pop indie et que les guitares anglaises crissaient de toutes leurs pédales période Shoegazer, c’est bien aux Stone Roses qu’on doit ce retour à un certain rock. Oasis a su fournir quelques perles dont l’excellent Morning Glory. Et Damon Albarn a réussi à innover à chaque coup. Mais même au coeur de la britpop, nombreux sont ceux qui regrettèrent la bande de Squire et Brown.

Je vais essayer de vous pondre un petit article sur cette période d’ici peu. Et nous prendrons plus de temps pour revoir les Pixies et l’avènement du rock indie, et aussi le formidable bélier musical que représente Primal Scream.
The story keeps unfolding. Merci de vos remarques.

5 sylvain

3 mars 2008 à 13:19

As-tu vu le sujet sur Ian Brown qui est passé dans Tracks sur Arte dernièrement ? Info : sur le site de fans française d’Andy Yorke, il y a une reprise de “I wanna be adored” par son ancien groupe, Unbelievable Truth. Belle.

6 billy hp

4 mars 2008 à 11:25

Non, désolé, je n’ai pratiquement plus de télé. Elle est là, mais elle ne sert qu’à supporter les bibelots que j’entrepose dessus. Je ne l’allume presque plus, fusse pour Arte. Encore que, j’ai suivi le père Manoeuvre sur M6 il y a deux semaines pour pouvoir commenter.
Bon et puis Ian Brown est relativement imbuvable aujourd’hui, à l’image des Gallagher je trouve.

Merci tout de même de faire suivre l’info, je vais de ce pas sur deezer pour écouter Andy Yorke.

7 olivier

15 mars 2008 à 16:21

la télé peut-elle sortir un icône rock tel Ian Brown? julien doré sera-t-il celui la? ou simplement une propre caricature de lui même…On aurait préféré Helena Noguera à sa soeur dans la jury mais bon PH. Manoeuvre c’est mieux que Passi et Pascal Nègre tout de même.
Billy je te rejoins, allumons notre TV avec parcimonie et elle crééra de la valeur culturelle et non de la valeur ajoutée ou du PIB.

8 Billy HP

17 mars 2008 à 12:06

Faux débat. L’objectif de la télé n’est pas de dénicher une star, mais de faire de l’audimat. Divertir à la rigueur. Pas faire le boulot d’un A&R (Artists and Repertoire, le terme anglophone pour nommer les agents des labels à la recherche de groupes à produire).

Même une émission calibrée sur ce thème, et pouvant éventuellement le faire avec un certain talent, offrons même un certain crédit au jury (allez, soyons fou), sera ensuite retouché sélectionné disséqué pour être diffusé selon une ligne éditoriale qui n’appartient qu’à la chaine.

Ainsi et pour conclure sur ce sujet : OUI, un bon artiste peut jaillir d’une telle émission, mais NON, la télé ne donnera jamais vie à un David Bowie, un Iggy Pop, un Shaun Ryder, un Zach De La Rocha, un Ian MacKaye. Aucun Guitar Hero Contest ne donnera naissance à un Thurston Moore, un Jimmy Page, un Jack White.
Tant que l’on pose un cadre d’attentes, on ne trouvera jamais que ce que l’on cherche, fermant les yeux à d’autres talents, inattendus. Ceux-là même qui feront (ou non) changer la musique de demain.

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