Starshaped : quatre punks dans le vent ?
Revoyez vous même le DVD Starshaped de Blur :
la guitare crie entre chaque accord, Damon Albarn ne tient pas sur ses Doc Marten's, il faut rapprocher les fûts du batteur à chaque chanson, et le tour-bus consomme plus de bière que d'essence…
On vous a dit que Blur était un groupe de pop, et vous l'avez cru ?
Reprenons tout ça : Starshaped est un documentaire objectif1 qui suit le groupe à la scène comme à la ville sur les tournées des deux premiers albums de Blur de 1991 à 1994.
L'occasion de vivre un peu avec le groupe, à son rythme, et ce n'est pas une mince affaire :
en 3 ans d'images, on aura le temps de voir le guitariste Graham Coxon se perdre dans un festival, Dave Rowntree jeter sa batterie morceau par morceau en l'air, Damon Albarn monter dans les armature d'un chapiteau pendant un festival, se tordre la cheville sur scène en se renversant une enceinte dessus… C'est aussi les repas dans le tour bus, les nuits de folies orgiaques sur les routes, et les interminables pauses borne d'arcade sur les stations d'expressways désertes.
Le début des années 90 c'est la double explosion du rock indépendant2 et de la house music. Au croisement des deux, le mouvement baggy de Manchester3 fait son petit succès.
C'est à ce moment que ce crée Blur entre les influences ska (surtout The Specials) et pop (particulièrement XTC et bien sûr Morrissey, l'ancien chanteur des Smiths) de Damon Albarn et celles art-rock (Pavement ou Sonic Youth), shoegaze (Ride) et punk (The Jam) de Graham Coxon.
Ce dont Starshaped nous parle dans le fond, c'est cette envie toute bête d'être tout cela à la fois et rester simple et jeune. Être un groupe de la trempe d'un Stone Roses, pétant comme les Jam, crachant du fuzz comme le shoegaze de My Bloody Valentine, et subir le lent travail de formalisation effectué par EMI. D'abord renommé par le label lors de la signature4, Blur se verra refringué, materné, cadré, leur son retouché, leur tempo ralenti et leurs vidéos kitchisées. Ce contre quoi ils écriront Pop Scene comme une dénonciation grinçante de la manipulation des masses.
Car c'est bien ça que suggère le terme 'Starshaped' : formé pour être une star.
Le DVD offre donc - outre les scènes éthyliques et les aveux sur la vie de jeunes rockers adulés - des performances de morceaux dont les singles de Leisure et Modern Life Is Rubbish, dans des versions d'abord décapantes (Day Upon Day pur punk, Wear Me Down façon grunge, et bien sûr Pop Scene), puis plus 'Middle Of the Road'5 (For Tomorrow, Sunday Sunday), digne d'un groupe de stades comme U2.
Trois ans et plus de cinq concerts6 démembrés et recollés ici, c'est l'occasion de voir un groupe qui voulait être populaires comme les groupe de ska et de punk de leur enfance se retrouver successeur de la place laissée par The Smiths dans le coeur des britanniques7 sur le trône de la pop.
Graham devient drôle à force d'être mal à l'aise, abhorre le showbizness et les tournées, avoue prendre des calmants. Damon vomis avant les concerts par appréhension et après par abus. Tout le monde s'y perd et Starshaped reste le magnifique témoignage de tout ce qui a disparu dans un tourbillon de pop (au demeurant excellent) avec l'arrivée de Girls and Boys et l'avènement de la Brit'pop.
Oubliez Leisure et Modern Life Is Rubbish. Tout ce qu'était Blur sur la première moitié des 90s est dans Starshaped.
- Comprenez par là qu'il n'y a ni interview ni intervention du réalisateur. [retour]
- Que l'on doit notamment aux Pixies et Sonic Youth, deux groupes dont Graham Coxon raffole. [retour]
- Aussi appelé madchester, dont les représentants principaux sont les Happy Mondays, The Stone Roses et New Order dans une moindre mesure. [retour]
- A l'origine le groupe s'appelait en effet Seymour ; cet abus de marketing est selon Damon le point de départ de leur autodestruction. [retour]
- Terme américain abrégé en M.O.R. désignant le courant populaire, grand public. On utilise aussi le terme 'mainstream'. [retour]
- Dont un live sauvage dans un pub le lendemain de la signature du groupe inédit et ajouté en bonus ! [retour]
- Le groupe de Morrissey qui fut le groupe préféré des anglais tout style confondu pendant toutes les années 80 [retour]
- 10 avril 2007
- Critiques
- Tags : blur, britpop, damon albarn, documentaire, DVD, graham coxon, madchester, punk, smiths



Fil RSS des commentaires · TrackBack URL
Ajouter un commentaire