Shaun Ryder : L’Haçienda Parano 6

Attisée par les monstrueuses soirées de l’Haçienda, la presse se penche sur le phénomène 'Madchester' et fouille le passé des frères Ryder et de Bez.
Devinez ce qu'ils y trouvent ?

Après des années de vols et d'escroqueries diverses dans la banlieue de Salford, un ancien postier (viré pour recel de cartes bleues) dérobe une guitare, une sono et un kit de batterie pour monter son groupe et devient le Numéro 1 des ventes nationales. Cela ne pouvait pas passer inaperçu. Sans compter le trafic de dope les impliquant !
Young Shaun RyderChaque semaine, on peut donc voir Shaun et Bez défoncés à l’héroïne en première page des tabloïds ! A la question « Pourquoi vous droguez vous autant ? » Bez répond « Parce que c’est mon travail… ». On a enfin une idée de ce a quoi il sert.

Tony Wilson paye les procès perdus pendant que les rois du madchester continuent sur leur lancée, sortant le nouveau single Judge Fudge1, un disco guimauve façon Abba, écoeurant à force de violons synthétiques.
Toute l’année 91 est nourrie de concerts dont on garde trace par deux vidéos et l’album Live. Des prestations bancales, titubant entre un concert rock où se battent guitares et orgue (Step On, Loose Fit) et un show lazer aux milles couches de samples (W.F.L.). Un chanteur fantoche et une marionnette à maracas s'agitent pour un public deLive (baby big head) toute façon venu danser. Au milieu de la scène, un bar auquel le gang Ryder vient entre chaque hit qu'offre ce concert, se servir à boire. Shaun, tout juste conscient, se trimballe les paroles à la main, une page blanche qu’il agite comme les jazzmen leur mouchoir. Si Kraftwerk avait donné vie à la musique électronique, ce sont les Happy Mondays qui l'ont l'humanisé, c'est à dire faillible !

Côté Haçienda, Tony doit faire face à une véritable guerre des gangs. La consommation des ravers du club était un sacré enjeu pour ces revendeurs, et les blessés (certains par balles !) étaient désormais fréquents2. La police saisit la première occasion (un raver mort par ‘empoisonnement à l’ecstasy’) pour ordonner la fermeture temporaire de l’Haçienda.Hacienda

Objectif de l’année 92 : faire rentrer l’argent par la vente d’albums. Problème : Shaun Ryder est devenu une barrique sur pattes avec une perfusion d’héroïne. Proposition : Envoyer les joyeux drilles enregistrer à La Barbade, où la fameuse poudre brune est censément introuvable.

Pour assurer la production et gérer les sessions du gang Ryder, Tony Wilson dépêche Chris Frantz et Tina Weymouth, deux anciens membres des Talking Heads. Au bout de quelques semaines ceux-ci jettent l’éponge : Shaun et les Mondays sont en train de vendre au marché noir les éléments du studio pour pouvoir s’approvisionner… en crack !
Près de 250.000£ de frais plus tard, la Factory retrouve Bez et les autres défoncés à mort et nus après en être arrivé à vendre leurs fringues. Pire, à son retour sur le sol britannique, Shaun fait chanter Tony Wilson pour lui vendre les bandes masters des sessions !

S’il ne fallait en retenir qu’un :
Oubliez Judge Fudge mais jetez une oreille sur Live qui est la vraie empreinte fossilisée du madchester, une époque ou le rock se frottait le bas ventre contre la house music sans jamais réussir à être l'un des deux. Particulièrement sensible sur le climax qu’est W.F.L..

[La suite est par là]


  1. Qui contient en outre une seconde reprise de John Kongos,Tokoloshe Man, enregistrée par les Happy Mondays en 1990 pour la compilation anniversaire des 40 ans d’Elektra. [retour]
  2. Un DJ de l'Haçienda, Dave Haslam, reporta même avoir été menacé d'un pistolet sur la tempe, dans sa cabine. [retour]
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