Shaun Ryder : L’Haçienda Parano 5
Virés de chez eux manu militari, les camions des "travelers" anglais exportent partout en Europe la house et l'omniprésent smiley jaune. L'incompréhension règne et des camps se forment : rock d'un côté, house de l'autre. Et au milieu ?
Abonné au mois de Novembre, Pills, Thrills and Bellyaches1 apparait donc fin 1990, tout entier chaleureux et joyeux. On a pas connu de plaisir aussi communicatif depuis George Clinton et les Funkadelic2!
Rendons à César ce qui est à César : Paul Oakenfold assure une production merveilleuse qui donne de la présence instruments (Harmony) et des transitions mielleuses. Définitivement plus dance Pills, Thrills and Bellyaches regorge pourtant d'un aréopage de bonnes surprises piochées dans tous les registres des 60s :
De la pop flower power (Donovan, titre hommage au chanteur folk écossais du même nom3, du disco Bee Gees (Dennis And Lois) de la pop Beach Boys (Holyday), le blues rock planant façon Clapton (Harmony)…
Bob's Yer Uncle réussi l'exploit de marier une flûte traversière sortie d'un chapeau et des percus africaines dans un folk pervers et salace où la chaleureuse voix, un peu rauque mais enfin posée, de Shaun susurre d'indécents « Can I take you from behind ? » (in)digne du « Je t'aime, moi non plus » de Gainsbourg.
L'idée même de rock semble lointaine, perdue dans les méandres d'une musique
extatique. Aboyant et lorgnant vers le rap, Shaun abandonne pafois complètement la rythmique, posant son timbre voilé comme une roue de vélo passée sous un combo Volkswagen à fleurs, sur une prose opiacée4 composée d'histoires mordantes, impertinentes et de parfaits non-sens. Il ploie sous les coups de l'ecstasy qu'il s'enfile par poignée en gémissant de plaisir.
On retrouve bien sûr les hits Step On et Kinky Afro mais le climax de l'album est Loose Fit qui vante les tailles basses sur une rythmique idéale pour les approches tactiles dans la pénombres des clubs ruisselants avec la bénédiction du révérend Ryder5.
Pills… est un succès légitime confirmé par sa quatrième place des charts album derrière Inspiral Carpets et The Charlatans, deux groupes mancuniens étiquetés baggy ! Sûrement l'Album madchester avec un grand A, le plus culte. Mais la médaille du succès tourne sur elle-même et commence à présenter son revers.
S’il ne fallait en retenir qu’un :
C'est bien sûr à ce moment que cette question est difficile. Trancher pour un seul titre de Pills… est un calvaire. Je choisirais probablement Loose Fit dont les basses trainantes et la voix hypnotique de l'oncle Shaun dessinent un voyage new age que Rowetta et les accords de guitare ne décoiffent qu'à peine.
- Litt. « Pilules, Frissons et Maux de bide ». [retour]
- Qui, eux aussi, cherchaient par le biais de leur musique à ouvrir les esprits et diffuser le bonheur. [retour]
- L'auteur du célèbre Yellow Mellow et de Sunshine Superman dont Shaun détourne les paroles du premier couplet, pour les travestir vulgairement.) [retour]
- « God rains his E's down on me » sur God's Cop ; Litt. "Dieu fait pleuvoir son ecsta sur moi." [retour]
- « Do what you're doing, say what you're saying Go where you're going, think what you're thinking, Sounds good to me » ; Litt. « Fais ce que tu fais, dis ce que tu dis, va où tu vas, pense ce que tu penses, ça me semble bien.». [retour]
- 18 septembre 2007
- Chroniques
- Tags : donovan, happy mondays, madchester, paul oakenfold, shaun ryder


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