Shaun Ryder : L’Haçienda Parano 4

Une nouvelle décennie se dessine. Sous le nom Jive Bunny & the Mastermixers, deux DJ anglais cartonnent avec Swing the Mood, se disputant les charts avec le Ride On Time de Black Box. Alors les Happy Mondays sortent Madchester Rave On EP.
Danger, inflammable.

S'ouvrant sur une boucle de percutions, Hallelujah fond sur la langue. Court et efficace, les Mondays n'ont jamais fait aussi ensoleillé. C'est du concentré de bonheur (fut-il chimique). Suivent trois titres du même tonneau que Bummed, peut être plus entraînants, peut être plus confus aussi (résultat normal de la posologie de MDMA alors suivie par le groupe1.Madchester Rave On EP
Alors seulement éclate le choc : le club-mix de Hallelujah, scandé comme un gospel alors que monte un sample de chants grégoriens2. Un piano se met à rouler soutenu par un beat de dance fatal, et Shaun attaque, intouchable et confiant. Prophétique. Hallelujah, devient LE hit.

Factory se frotte les mains. Alors les Pixies défriche le rock alternatif avec Doolittle et que Madonna attise les téléviseurs sur Like A Prayer, tout le pays n'a plus qu'un mot à la bouche : Madchester. La ville était effectivement devenue folle. Tout ce qui comptait, c'était le beat. La teuf. L'expérience. Avec un tel mot d'ordre, les Mondays sont sur tous les fronts. Hallelujah single
Madchester Rave On EP dérouille les charts anglais et Hallelujah devient l'outil de travail de tous les DJ. Les concerts, véritables messes psychotropes, attirent des clubbers endiablés devant lesquels le groupe, intoxiqué au dernier degré et guidé par les maracas hystériques de Bez, se donne en offrande.

Succès relayé début 1990 par un nouveau single, Step On3. Là encore, une lourde batterie accompagne un piano funkyBez and Rowetta avant que Shaun ne se mette à siffler « Call the copssssss » comme un poivrot. Il faut par contre attendre la troisième minute pour découvrir la véritable nouveauté. Le gang Ryder a recruté Rowetta, formidable choriste soul aux accents negro-spirituels qui jette un pont de plus avec la house. Le post-punk n'est plus qu'un souvenir. On est là pour danser et cela se sent.

L'Haçienda devient le repère de toute l'Angleterre et viennent danser là des personnalités telles que Mark E. Smith4, Tom Rowlands et Ed Simons5 et les frères Gallagher6… Le cash s'écoule à toute berzingue. La dope aussi.

Les Mondays ne chôment pas. En Juillet, le nouveau Kinky Afro entre 5e des single charts. Ouvert à l'acoustique, le morceau porte la basse reconnaissable de Paul Ryder et de longs cris de guitare psychédélique. Pourtant Shaun y appose une curieuse influence hip-hop, lâchant à tout crin des « Brotha' » dignes des futurs gangsta rappeurs.

S’il ne fallait en retenir qu’un :
Kinky Afro est un succès digne du groupe, mais il n'est pas un anglais qui ne connaisse pas la réplique culte de Step On : You're Twistin My Melon man. Balladez-vous dans les rues aux murs de briques et demandez, tous ont un sourire en coin lorsqu'on évoque ce Step On (Twistin my melon mix) là.

[La suite est par là]


  1. Les rires et toux en intro de Rave On en disent long. [retour]
  2. Presque un an avant qu'Enigma ne rende cette recette célèbre avec leur titre Sadness ! [retour]
  3. Une reprise de He's Gonna Step On You Again, un curieux blues datant de 1971 aux arômes afro et glam du sud-africain John Kongos. [retour]
  4. Du groupe expérimental post punk The Fall. [retour]
  5. Les futurs Chemical Brothers, maîtres du big beat. [retour]
  6. Noter que Noel, futur pilier d'Oasis, est à ce moment là le roady responsable des guitares du groupe Inspiral Carpets. [retour]
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