Shaun Ryder : L’Haçienda Parano 3
L'année suivante, alors que la house mue en techno aux states, les Happy passent toutes leurs nuits à l'Haçienda trippant sur le beat de Detroit. Les répétitions de l'été et les multiples débauches qui les accompagnent auraient bien pu ne jamais rien donner tant l'ensemble des compositions ne semblait pas avoir de sens. Wilson alla trouver l'homme idéal pour donner vie à la créature.
Le futur nouvel album du clan Ryder, Bummed1, porte la marque de fabrique de son producteur : Martin Hannett. Plus mort que vivant2, il ajoute des sonorités grelotantes et magnétiques proches de Joy Division et A Certain Ratio pour qui, dans cette chambre noire, il avait déjà joué le travail de révélateur.
On craint une absence de personnalité et c'est pire que cela, on se retrouve avec un album carrément schizo. Une touche de folie mécanique gagne les synthés (trompette bouchée en tremolo sur Moving In With) et des samples font leur apparition (des dialogues de film sur Mad Cyril). Probable influence de l'herbe qui enfume les studios, un étrange feeling country folk (le piano bar de Country Song et la slide-guitar de Mad Cyril) vient ainsi s'ajouter à la donne, tantôt souriante (le tendre Lazyitis, qui vole -encore- un couplet au Ticket To Ride des Beatles!) mais plus souvent déconcertante.
Les textes de Shaun sont plus incompréhensibles et violents encore, l'usage de l'argot (et de rimes inconsistantes) est tel qu'il devient irritant pour qui ne vit pas dans la rue, tandis que son chant s'oriente nettement vers le rap.
Pourtant, l'improbable fusion finit par arriver sur Wrote For Luck. Incompréhensible, le titre est mené par une batterie minimaliste mais percutante, une guitare indie resplendissantes, et quelques accords plaqués par dieu sait quoi (orgue ? guitare ? sample ?) par-dessus les marmonnements de Shaun qui nous entraînent dans une spirale psychédélique. Et ce n'est pas un hasard si ce titre sera remixé plus tard par l'ex-leader de Depeche Mode, Vince Clark, dans sa version la plus célèbre : W.F.L. (Think about the future mix). Un véritable floorkiller de l'année 89.
Pour l'heure, Bummed débarque en Novembre 88 alors que la scène de Manchester, surnommée 'Baggy'3, accroit vraiment sa popularité. Des singles de choix se plaçaient dans les charts et attiraient l'attention des médias jusqu'ici frileux : The Stones Roses cartonne avec son premier album, la pop psyché de Inspiral Carpets avec Find Out Why et le tube acid house Voodoo Ray du DJ A Guy Called Gerald.
Pour la deuxième fois4 les Happy Mondays sont invités à jouer aux John Peel Sessions, tandis que Paul Oakenfold5 enregistre un second remix de W.F.L.… La révolution est donc en marche, et l'été 89 sera appelé le 'Second Summer of Love' en clin d'œil à Woodstock.
S’il ne fallait en retenir qu’un :
Vous l'avez compris, bien que Bummed contienne quelques perles, c'est W.F.L. dans sa version remixée qui est le pivot de la carrière des Mondays.
- Comprenez « Défoncé ». [retour]
- Il faut dire que le groupe et lui s'envoyaient des cachetons par poignées et que Hannett n'avait pas réduit sa consommation d'alcool depuis dix ans. [retour]
- Une étiquette correspondant à son look à base de jeans taille basse et ultra larges, ses bobs de pêche et ses couleurs fluo (un style résultant du mix entre celui des Stones Roses et des ravers). [retour]
- Puisqu’il étaient déjà venu en 1986. [retour]
- Célèbre DJ ayant remixé U2, Massive Attack et The Cure également pionniers de la Trance, une subdivision planante de la techno. [retour]
- 4 septembre 2007
- Chroniques
- Tags : happy mondays, martin hannett, paul oakenfold, shaun ryder, vince clark


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