Shaun Ryder : L’Haçienda Parano 2
Si la house music est née sous les doigts des DJ de Chicago et s’est affirmée à Detroit, c’est dans les quartiers populaires de Manchester qu’elle gagnera à la fin des années 80 son pass pour l’Europe. Plus spécifiquement au club The Haçienda de Tony Wilson. Le club même où toute cette scène locale se produit et vient boire…
La ville était déjà une grosse consommatrice de la 'northern soul'1. Du coup,
l'arrivée de la house music, qui croisaient des vinyles de funk, rythm’n’blues ou disco2 avec des disques de musique concrète (Pierre Schaeffer) ou électronique (Kraftwerk), avait d'emblée séduit les mancuniens. Y compris les Happy Mondays, qui adoptent vite l’esprit « rave ».
Ainsi, sur Squirrel And G-Man…, Shaun pille Ob-La-Di Ob-La-Da (sans l'accord de Michael Jackson, ayant droit des Beatles, et donc avec procès) pour un morceau nommé Desmond qui disparaîtra de l'album lors du second pressage, et se permet de voler
purement et simplement l'intro de Killing An Arab de The Cure sur son 10 Cob 20. Les DJ ne se gênaient pas eux pour détourner les morceaux originaux. Si ce n'est pas la 'classe prestige' du sampling, ça !
Parallèlement la communauté des clubbers développe une philosophie semblable en tout point à l'idéologie hippie, formant un groupe plus solidaire et hédoniste encore que la récente génération punk. C’était comme le chantaient les Youngblood en 69 :
“Come on people now, Smile on your brother,
Everybody get together, Try to love one another right now”3.
Les Happy Mondays ne peuvent qu’applaudir ce revival sixties. D’autant qu’autour d’eux se profilent nombres de projets intégrant cet état d’esprit en ranimant une forme de garage rock voir de rock psychédélique (The Stone Roses, Primal Scream) ou en incorporant la house à la pop (James, 808 State).
Pour compléter le revival, il ne manquait qu’un seul élément : la dope.
Les Happy Mondays l'ont bien compris et distribuent l’ecstasy à la sortie de leurs concerts. Shaun Ryder se comporte comme son prophète, le consomme, le chante, le vente, le vend4…
Leurs nouvelles répétitions laissent envisager quelque chose de plus curieux que le mélange northern soul / disco / post-punk. On lorgne vers le folk simpliste, vers l’indie ou le hip hop et les morceaux tournent, psychédéliques, pendant des heures…
La house a gagné leurs âmes.
S’il ne fallait en retenir qu’un :
Squirrel And G-Man… est un album intermédiaire, les amateurs de post-punk le trouveront moyen, et les technophiles barbant. Pourtant il contient de bons morceaux qui trufferont les lives à venir, à commencer donc par le fabuleux 24 Hours Party People.
- Nom donné à la récupération de classiques et échecs du label Motown que les anglais des années soixante-dix achetaient en masse. [retour]
- En versions rallongées pour permettre aux DJ de les enchaîner plus facilement, ce qu'on a appelé « mégamixs ». [retour]
- Litt. "Allez tout le monde, souriez à votre frère, rassemblez-vous, essayez de vous aimer les uns les autres maintenant…" [retour]
- Sans compter la légende qui attribue carrément aux Happy Mondays l'introduction dès l'automne 1987 des cachets magiques sur le territoire britannique. [retour]
- 30 août 2007
- Chroniques
- Tags : DJ, happy mondays, house music, northern soul, remix, shaun ryder, tony wilson


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