Shaun Ryder : L’Haçienda Parano 10

C'est alors que le destin tendit la main. Celle de Damon Albarn. Les deux compositeurs se connaissent bien et n'ont jamais caché une admiration mutuelle. Blur raffolait du madchester. Gorillaz n'existerait même pas s'il n'y avait pas eu Black Grape. L'hommage semblait donc normal.

Invité en studio en 2005, le vieux lion enregistra donc une partie vocale pour DARE1 qui devint le seul single de Gorillaz a atteindre la première place des charts anglais. DARE videoLa présence de Shaun Ryder, jusqu'au centre du clip, n'en est sûrement pas un hasard.

Profitant de sa célébrité retrouvée, Shaun convoque ses Happy Mondays à nouveau. L'équipe s'entend bien et enregistre rapidement l'excellent Playground Superstar pour le film Goal. Un son crade omniprésent et plus rock que jamais. La tournée qui suit est une démonstration de forceShaun & Bez 2007 : Shaun, qui tente de décrocher de la méthadone, tient difficilement debout mais tous se donnent comme à vingt ans pour un public déchaîné.
Un vieux parrain et ses hommes de mains qui déboulent en ville.

L'ultime épreuve est décidée : un nouvel album. On jubile. Pourtant le groupe devra surpasser un opposant inattendu : Paul Ryder lui même. Refusant catégoriquement que le nom de son groupe soit repris, il utilisera tout les recours juridiques possibles. La guerre fraternelle durera presque un an, le temps pour Shaun de se défaire complètement de sa dette et de la dope2.

La victoire est donc complète avec la sortie de Uncle Dysfunktional en Juillet 2007. Produit par le magicien du trip hop, Howie B.3l'album se révèle d'un éclectisme barjot frôlant l'incohérence :Uncle Dysfunktional il y a de l'electro folk à la Beck pour Cuntry Disco, Deviants est un dub malade, le gansta rap Rats With Wings suce la moelle de Cypress Hill… Gorillaz n'est pas loin (les choeurs de Jellybean et l'accordéon sur Dr Dick) et le dance-rock sur-saturé d'Angels and Whores rappel les Grape. Cela sent le studio numérique tout neuf, et si l'on en vient parfois à se demander s'il y a vraiment des musiciens derrières tous ces paterns (l'electroclash Anti Warhole On The Dancefloor), on reconnaît sans peine leur funk crâmé.
L'Angleterre de la reine retient un frisson.

D'autant que l'époque est idéale : un revival baggy fluo écorche les yeux et les oreilles britanniques. Une basse mi funky mi post-punk, une guitare indie clinquante et des synthés première génération, et voilà qu'on parle de new rave dans tous les journaux… LCD Soundsystem, !!! et The Sunshine Underground, autant de rejetons de ce croisement punk et house qui doivent tant à Shaun Ryder, aux Happy Mondays et au madchester. Même le succès de Kasabian a quelque chose de Stone Roses.

Shaun Ryder smokingLa ligne entre le génie et l'absurdité totale a toujours été ténue chez les Mondays, et bien qu'on devine que ce disque ne remplacera pas Pills 'n' Thrills and Bellyaches, l'avenir seul dira si les mélanges tentés sur Uncle Dysfunktional apporteront quelque chose à l'histoire. Celui qui a déjà porté les séquelles spectrales du punk dans les bras avachis de la house et fait gobé du groove à l'électro sera un jour reconnu comme tel.
D'ici là, Shaun peut mourir le sourire aux lèvres, car il a été, comme Iggy Pop avant lui, un forçat de la musique. Offrant chaque miette de sa vie, de sa richesse et de son corps à une oeuvre : la déconstruction de la pop.

S'il ne fallait en garder qu'un :
Seul titre portant le cachet de la grande époque, Jellybean fleure également un petit quelque chose de tous les projets de Mister Ryder. La basse des Mondays, les synthés d'Amateur Night... et la guitare sale mais lointaine de certains Black Grape.


  1. Le titre provisoire était 'People' mais une fois en studio, Shaun réclamait sans cesse qu'on monte le son pour mieux entendre le mix, et, de son terrible accent, cela donnait :"it's comin' op, yeah it's comin' op.. yeah it's dddaaare"… [retour]
  2. Pour 10.000£, il se fera même entièrement refaire la dentition que diverses substances chimiques avaient horriblement rongé… [retour]
  3. L'écossais Howard Bernstein fut en effet le producteur Bjork, U2, Massive Attack, U.N.K.L.E. et bien d'autres avant de devenir lui même DJ de trip hop. [retour]
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1 Special Agent Cooper

11 octobre 2007 à 18:36

Mon cher BHP, cette chronique (est-elle finie ?) est un délice.
J’aime votre prose, et votre manière si enthousiaste de nous guider dans le dédale de la musique des Happy Mondays. Je m’empresse de ce pas vers Pills and Thrills pour mieux bondir vers Uncle Dysfunktional ; je veux sentir ce lien entre hier et aujourd’hui, cette émouvante continuité du Rock, de la vibration de la corde de Mi grave du King Elvis jusqu’aux affriolants effets éléctroniques suraigus des mélodies du dernier Chemical Brothers. Pas de doute le Rock a une histoire…

[Clic]

2 aristidekurt

11 octobre 2007 à 21:38

Mais d’où est donc venu ce génie créatif anglais, beatles, stone roses, house of love, blur, radiohead, une mélancolie grise comme le ciel de Londres ou les travées d’Anfield Road, la ou le processus créatif permet à certain d’écrire ce qu’ils n’ont pas sous les yeux mais dans leur coeur…ou du fin fonds des contrés rurales anglosaxonnes pleines d’âmes perdues et d’esprits esthètes?
Merci sir HP pour ta science toute de sciure et d’acier vêtue…

3 Special Agent Cooper

12 octobre 2007 à 7:54

Je pense mon cher Aristide K. qu’il ne faut pas oublier que les Britanniques ont été et sont d’infatigables voyageurs. Dub, reggae, ska, jazz, afro : Ils s’en sont rempli les poches depuis longtemps aux quatres coins de leur empire en même temps qu’ils remplissaient leurs malles d’épices, de tabac, de thé, et de je ne sais quoi d’autre…
Aujourd’hui, c’est l’empire qui débarque au UK, je pense que la musique africaine, paki, indienne, caribéenne, à largement son influence sur Primal Scream, les Chemical Brothers, Super Furry Animal, passim.
Ajoutons à ça une inclinaison naturelle au dandysme, à l’avant-gardisme, un véritable esprit du business de l’entertainment… pas étonnant que la perfide Albion soit le creuset d’une grande créativité musicale.
Et à mon avis, la créativité musicale britannique est décuplée par une chose essentielle : leur langue !
Elle est comprise sous toutes les longitudes et lattitudes, et sa syntaxe souple et sa sonorité en font la langue ,d’après moi, la plus poétique au monde. Elle sonne bien, elle chante, mais elle est concise et directe (contrairement par exemple à l’italien qui est très chantant mais aussi très riche en syllabes, ce qui lui enlève un peu d’efficacité à pénétrer l’esprit et le coeur).

[Clic]

4 billy hp

12 octobre 2007 à 14:07

Et bien oui mes chers cette chronique (comme la dentition de mister Ryder) est achevée
Vous aurez lundi, si ma connection (aussi fiable que la mémoire de Bez) le veut bien, la playliste de l’oeuvre de Shaun.
Je vais également installer les liens vers Zlio qui vous permettra d’acquérir les bijoux de cette famille de manchester …

Quant à la créativité albionne, cela me fait un brin sourire car c’est l’article sur lequel je disserte en ce moment sur mes brouillons. Nous en reparlerons donc.
Sincerely yours…

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