Shaun Ryder : L’Haçienda Parano 1

Il y a un type en Angleterre qui est interdit d'antenne sur Channel 4, qui reçoit régulièrement des balles de flingue par courrier anonyme, et qui fut en son temps considéré comme le probable nouveau John Lennon. Rien que ça.
L'expressway vous offre un trip pour des Lundis qui chantent…

Les séquelles de la révolution industrielle, des bombardements de la Luftwaffe, et des crises économiques. Manchester symbolise tout cela. Pas étonnant que la rébellion punk y ait trouvé un terreau fertile et perdure encore dans les années 80.
Blue Monday EP Depuis l'avènement (posthume) de Joy Division, une scène locale très remuante s’agite autour du règne intouchable des Smiths et leur pop-rock indie, et de l'electropop haute en couleur de New Order et son Blue Monday1. Au milieu de celle-ci, un groupe commence à faire parler de lui : les Happy Mondays.

Passant le plus clair de ses soirées dans les clubs, l’ex facteur Shaun Ryder ingurgite tout à la fois ska, punk, disco, new wave, bière ale et vodka. Spécialiste des petites combines, il compte faire participer le groupe de post punk qu’il a monté avec son frère Paul et quelques potes à un tremplin rock ayant lieu à l'Haçienda. L'occasion en or de pirater les boissons du bar en écoutant de la zizique à l'oeil.

FortyFive EPRepérés, malgré leur échec, pour la performance décomplexée de Shaun et ses textes hallucinés, ils sont signés par Tony Wilson qui finance en 1985 une poignée de singles2 peu engageants…

Persistant, Wilson pousse l'année suivante les Happy Mondays en studio sous la houlette du célèbre John Cale3, pour enregistrer un premier album mêlant tout à la fois funk et post-punk dans un salmigondis coloré et dansant.
Squirrel And G-Man Twenty Four Hour Party People Plastic Face Carnt Smile (White Out)4 sortira en Avril 1987. Squirrels G-Man LPLes Mondays y cocottent des guitares bon marché avec un jeu indie ou bien tissent des nappes d'écho à la U2 (leur Oasis a des accents de Where the streets have no name). La basse pourtant funky de Paul claque comme si on était chez les Clash (Little Matchstick Owen). Un groove de batterie hip-hop drague un orgue aurait fait l'aller retour au Kashmir (typiquement sur 24 Hour Party People, bombe à ne manquer sous aucun prétexte).
Le tout sur un chant surréaliste et argotique, aux textes souvent salaces qui jouent surtout sur des accointances de sonorité5. Le langage du peuple. Jurons compris.

Cerise sur le space-cake, la présence sur scène d'un bonhomme patibulaire, dopé jusqu'aux yeux et parfaitement extatique, qui danse (mal mais en agitant des maracas): Mark Berry dit ‘Bez’, muse psychotrope sans laquelle Shaun refuse de monter sur scène sans lui.

S’il ne fallait en retenir qu’un :
Les débuts sont loin d'être prometteurs. Le titre Delightful, réédité sur le cd qui accompagne aujourd'hui la compilation 'Loads More', mérite une écoute pour se rendre compte de l'influence Joy Division / New Order de l'époque. Rien de plus. Nous verrons plus tard le cas Squirrels And G-Man…

[La suite est par là]


  1. Single culte à forte influence 'électronique' telle que Popcorn ou du Jean Michel Jarre, combinant un break de batterie et une boîte à rythme sur une partoche de basse franchement entraînante. Le premier tirage rapidement épuisé est un véritable objet d'admiration en Angleterre ; on estime qu'il a été vendu en un million d'exemplaires en différentes rééditions. [retour]
  2. Forty Five EP, du post-punk dansant mais bien fade avec notamment le titre Delightful aux accents de New Order, puis Freaky Dancin'. [retour]
  3. Multi-instrumentiste et producteur réputé pour ses expériences bruitistes au sein des Velvet Underground. [retour]
  4. Oui c'est le titre complet de l’album ! [retour]
  5. Bien que ce ne soit pas le célèbre Cockney Rhyming Slang, l'argot rimé des londoniens qui remplace gracieusement notre verlan national, les textes de Ryder en rappellent fortement la couleur. [retour]
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1 Djudju

27 août 2007 à 13:36

Moi qui avait entendu plusieurs fois “Hallelujah” sans jamais savoir qui se cachait derrière les cordes et les “potars”… Merci beaucoup pour cette chronique !

2 billy hp

27 août 2007 à 18:52

Et encore, ce n’est que le début !

Ne brulons pas les étapes, Hallelujah, on va y venir…

3 buckshotgwen

28 août 2007 à 15:06

1) Compliment, sacré titre de chronique : s’il y a bien un roi du gonzo mancunien, Shaun pouvait probablement monter sur le trône…
2) Une requête : pour la suite des aventures des Happy Mondays, est-il possible d’avoir des nouvelles de Bez (héros oublié de l’histoire de la musique bien qu’il ne “jouât” que du tambourin) ?
3) Une question : la légende sur ce fameux premier tirage de Blue Monday est -elle vraie ? La pochette designé par Peter Saville (http://www.btinternet.com/~comme6/saville/biography.htm) coûtait en fait plus cher que le prix de vente du vinyle ? Ce qui était dommage car il s’en est vendu un paquet…

4 billy hp

30 août 2007 à 8:36

1) Merci. J’en suis assez content moi même. Puissent Hunter S. Thompson et Bukowski guider ma prose.

2) Bez n’ayant pas fait grand chose, je ne peux guère traiter son influence sur l’Histoire en profondeur (puisque de profondeur, il n’y en a pas). Néanmoins, cette chronique ne l’oubliera pas pour autant…

3) Merci pour le lien, je ne le connaissais pas celui-là. De mes propres recherches, tout le monde reporte toujours la même anecdote. Difficile de dire le contraire donc…

Tout porte à croire que le design de Blue Monday (une pochette en forme de disquette, oui mais, découpée comme une disquette avec une sous couverture grise ou imiter le film !) aurait effectivement coûté bonbon à faire en série.
Voilà le mythe. Rajoutons la dose de réalité :
- Tony Wilson n’a jamais été un fin gestionnaire (plus un homme de communication que de comptabilité) et n’avait probablement pas établi de budget quant à cet objet d’aaaart.
- Blue Monday étant très long pour un single (7minutes dans sa version originale) aurait nécessité un format particulier plus couteux.
- la pochette n’indiquant (Factory oblige) toujours pas de nom de groupe ou de titre, les premières ventes furent difficiles.

Conséquences : la première série de Blue Monday couta une fortune et probablement plus qu’elle ne rapporta ; le format classique découpé fut donc rapidement remplacé par un simple dessin 2D sans relief, et une version radio écourtée fut rééditée.
Le fait que New Order introduisit une grosse d’argent dans l’Haçienda (à perte…) et que Tony Wilson savait “utiliser” les faits à son avantage, travestirent l’histoire du coût du disque en le faisant entrer (en plus de sa qualité musicale indéniable) dans la légende.

5 Thibaut

28 septembre 2007 à 17:59

pas du tambourin, des maracas!!!!!

[…] premier n’est autre que le digne héritier du courant appelé “baggy” ou “madchester” de la toute fin des années 80. On y porte la basse sous le cou pour la bonne raison qu’elle est […]

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