Rentrée 2008 : Achetez de l’info, pas des disques

Se changer la tête pendant l'été est devenu mission impossible. Aucune une sortie originale, puisque  tous les fonds vont dans les tournées de "ceux-qui-comptent" pour assurer la pérennité des ventes. Mais plus désagréable encore, à l'heure de retrouver votre bureau et la lassitude qui l'accompagne, c'est la même chanson qui joue encore. Toujours les mêmes noms qui reviennent. La vraie crise du disque serait-elle une crise de l'originalité ?

James Hetfield : The Day That Never ComesIls sont partout et ils sont déjà connus. L'ébullition de la presse et des radios n'en a que pour les prodigieux résultats de Metallica1, le "grand" retour d'AC/DC2 pour Octobre et les mésaventures canadiennes d'Oasis3… Des noms trop gros pour tenir ensembles sur les couvertures et dans les grilles de rotations. Alors même que la concurrence (médiatique) est difficile ces jours-ci face à Coldplay.
Suite à Viva La Vida, leur album sorti en Juin, l'omniprésence du groupe anglais devient un mur imperméable dépassant le "tout Radiohead" que représentait le premier semestre. On annonce déjà un futur EP pour Décembre, comme pour contrer la menace d'un maxi de Radiohead pour 2009…

Hypnagogic States EPNous voici arrivé à une nouvelle ère de l'information : les projets et probables comptent plus que l'actualité même. The Cure avait fait grand bruit en communiquant dès le printemps sur son nouvel album prévu pour la rentrée puis retardé à fin Octobre, effeuillant des singles gratuits en ligne avant de les regrouper sur Hypnagogic States, un EP escompté si peu rentable que Geffen accepta de reverser les gains à la Croix Rouge. Deux remarques : en ces temps de "crise" ; ne semble-t-il pas abbérant qu'un label choisisse de "sacrifier" une pointure comme The Cure ? Et n'est-ce pas plus affolant encore que les médias aient déjà baissé les bras concernant ce disque pour lui préférer d'autres dépêches, moins tangibles encore ?
Ainsi les avancées mi-avouées, mi-promo-communiquées, des productions de Klaxons, Killers, MGMT et autres Arctic Monkeys auprès de prétendus collaborateurs de choix4 continue d'alimenter les colonnes, quand ce ne sont pas les sempiternels espoirs de reformation de Led Zeppelin.

Alors qui va nous délivrer des grosses étiquettes ? Pourquoi la révélation allemande Get Well SoonDeath Magnetic LP passe entre les mailles des filets et comment n'a-t-on pas plus parlé du dernier Elbow, The Seldom Seen Kid, pourtant sorti depuis mars dernier et récemment primé au Mercury Prize ? Comment se fait-il que Metallica ne s'étonne même plus des fuites sur le net, trouvant qu'ils avaient simplement eu de la chance jusque là, ni que Warner Bros n'a pas engagé de procès suite à la vente prématurée du disque par une boutique française ? Tout pour le buzz ? Les fuites et scandales seraient devenus des instruments de promo comme d'autres ?
C'est sûrement Coldplay qui illustre (à son insu) le mieux la réponse à ces mystères du show-business 2008 : Jerome Soligny affirmait récemment dans Rock & Folk l'accord (ou l'injonction ?) tacite d'EMI de refuser toute interview du groupe qui ne s'accompagnerait d'une couverture. EMI ayant perdu nombre de ses poulains l'année passée mise désormais tout sur un artiste unique qui doit porter la charge médiatique et financière des autres… Avant de quitter l'écurie à son tour ? Car à quoi bon sortir aussi vite des titres récemment rejetés du tracklisting de Viva La Vida, sinon précipiter un contrat devenu pénible ?

Le marché de la musique devient une sorte de bagne où de nombreux groupes s'échinent à tourner pour garantir des ventes qui vont alimenter l'investissement en communication d'un seul, supposé alimenter toute la pyramide. Un pour tous, tous pour un. A quand le prison break ?


  1. 490 000 exemplaires de Death Magnetic sur les trois premiers jours malgré des fuites sur les plateformes de téléchargements peer-to-peer presque dix jours avant sa sortie. [retour]
  2. L'album Black Ice, le premier depuis 8 ans. [retour]
  3. Noel Gallagher a été projeté de la scène par un fan lors du récent concert de promotion à Toronto. A la suite de cet accident, blessé aux côtes, le leader d'Oasis reporta certaines dates. [retour]
  4. On évoquaient les noms des Chemical Brothers, à tort, pour MGMT, et de Josh "Queen Of The Stone Age" Homme pour les rockeurs de Sheffield. [retour]
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1 oliver twist

1 octobre 2008 à 22:29

Ne sommes nous pas tous coupables (mal bien chrétien) de consommer mercantilement des valeurs sures et par la même enrichir une industrie malveillante et déséspérée? Ou peut on simplement se satisfaire que de grands artistes gagnent bien leur vie? C’est toujours mieux que des trafiquants d’armes…koike les multinationales tentaculaires ventousent aussi bien l’argent de l’industrie culturelle que celle du crime…Toute la problématique de l’achat d’un bien culturel ou la satisfaction n’intervient qu’à postériori et la notoriété jour le rôle de “désangoisseur” ou d’impression de moins vriller son achat, ce qui est un leurre puisque acheter un Metallica ou un Cure ou un Radiohead peut provoquer une déception…Mais que diable prenons des risques soyons intelligents et ne subissons pas les bulldozers du marketing!

2 Billy HP

2 octobre 2008 à 13:19

Je suis un peu frileux quant à la vision Gibsonienne ou Dickienne des multinationales faisant dans le crime et les CD, mais sur cette notion de “désangoisseur” je te rejoins parfaitement.
En somme nous achetons des “marques” pour nous (r)assurer que le produit est bon, et c’est le même comportement qui dicte nos achats culturels.
La solution ne viendra sûrement qu’au moment où l’on se sera débarrassé de ce préjugé idiot, qu’un qu’un disque doit valoir son prix, parce que ce prix n’est pas si mécaniquement évaluable que ça. C’était, à mon humble avis, la démonstration réussie de In Rainbows l’année dernière : le prix d’un bien artistique (concert, album, morceau, artworks…) transcende les simples équations économiques habituelles Prix de Vente = Cout de Prod x Coef de Marge. L’art n’est pas si quantifiable. Il n’existe, comme dirait le poète, “que dans l’oeil de son spectateur”.
Mais quel entreprise (label ou major) acceptera un tel postulat ?

3 oliver twist

3 octobre 2008 à 12:19

peut être existe-t-il une troisième voie entre celle de la culture financée par l’état (scènes nationales, lyrique, etc) et le tout marché oligopolisé par la bande des 4 majorettes qui ne raisonnent qu’équations économiques et seuils de rentabilité. La troisième voie pourraient être un chemin dérivé des portails communautaires et se matérialiser par des coopératives de production, édition, distribution, promotion comme cela commence à se faire avec le projet mila paris www.milaparis.com, ou les friches artistiques. L’économie sociale et solidaire se développe, à petits pas mais surement, à nous tous de la catalyser! Le tout et de mutualiser pour être plus fort et non de guerroyer et d’individualiser car la on affaiblit.

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