Regeneration Tour et Jeunes gens modernes : la nouvelle vague à l’âme

Si l'histoire est un cycle, alors on ne doit pas s'étonner de ce retour à la mode de la culture new wave ; après avoir prôné le rock garage depuis le début des années 00 (Libertines), le punk rock puis le post punk avec l'avènement de la vague new yorkaise (Strokes en tête puis Editors et Interpol), c'est la suite logique.
Êtes vous prêts ?

Il n'y a qu'à tendre l'oreille sur les sonorités du moment, les synthétiseurs plats du dernier M83, les voix enrobées de chorus de Sébastien Tellier, etc. Mais des indices plus marquants viennent confirmer ces soupçons. A commencer par l'exposition Des Jeunes Gens Mödernes chez Agnès B. La galerie de Paris 4e affichera jusqu'au 17 mai 2008 des cartons entiers de photos, affiches et autres restes (T-shirt, instruments, matos divers) de l'époqueAffiche de l’exposition “Des Jeunes Gens Modernes” : Post punk, cold wave et culture növö en France, 1978-1983 pour que personne n'oublie jamais, comme c'est le devoir de tout monument aux morts.

L'époque justement, de quand parlons nous ? Car si tout le monde situe l'explosion du punk à 771, le courant new wave lui est plus flou dans les mémoires. Ou au contraire, on le confond avec la fin de son règne et la synthépop. Justement, Agnès B. sous-titre son expo "" donnant ainsi les clés de la compréhension. Car c'est tout cela que regroupe la culture növö romantique. Dès la scène arty de N.Y., il y eut autant de punk rockeur (Ramones, Wayne County) que de punk novateurs (Talking Head, Television, Blondie). Les dérives post punk des deux côtés de l'atlantique apportèrent un lot d'influences variées qui poussèrent le punk dans des orties où l'on ne l'attendait pas : gothique (cold wave), électronique (synthpop), reggae (ska)… Tout devint possible avec le punk ; pourtant à l'arrivée, tout semblait compliqué. Le new wave fut l'âge de la révélation. L'adaptation à ce nouveau monde passa par l'adoption de ses technologies (l'ordinateur roi, la télé comme objet d'admiration, le fluo et les néons) et de ses codes. Entre utopie moderniste et réalisme, les néo romantiques offrirent à leurs semblables une musique et un look qui se voulait le reflet de cet univers. Enfants désabusés d'une crise économique, sans guerre à haïr. Restait la force de l'auto-contemplation.

Pendant ces cinq années là, Taxi Girls à l’époque (photo de Catherine Faux)on exploita au mieux ce qu'avaient ouvert les précurseurs (Modern Lovers, Bowie, Iggy Pop…) dès le début de la décennie en consommant l'énergie mise à jour par le punk. Les séquelles de la fin des années 80 elles seront la fin de la course, épuisée, d'un modernisme effréné qui n'avait plus rien de punk, plus de naturel à chasser, seulement des restes de dandysme et des prétentions. Ce que l'expo2 Des Jeunes Gens Modernes présente, est ce coeur actif dans ce qu'il a donné à la France comme héritage. Il n'est pas trop tard pour découvrir la période la plus fertile de l'hexagone dans le rock. Dont sortirent des surprises comme Taxi Girl et Marquis de Sade, mais aussi les Rita Mitsouko et Daho… Bel effort donc.

A l'opposé de cet exposé culturel, se trouve le Regeneration Tour. Cette tournée (montée par une agence) va promener au travers des Etats Unis les derniers groupes de rock pas encore reformés, les groupes oubliés de la première moitié des années 80. Et quels groupes : Naked Eyes, la rescapée des Go-Go's : Belinda Carlisle, Always Been Crazy plus connu (ou pas) comme A.B.C., Dead Or Alive qui marqua surtout par son leader, Pete Burns, androgyne et adepte de la chirurgie esthétique à outrance, A Flock of Seagulls dont on se souviendra comme un groupe de garçons coiffeurs, et tout de même The Human League3 qui firent en leur temps des premières parties remarquées pour Bowie Regeneration Tour par la Red Entertainment Agencyet Iggy Pop. Oubliés ? Pas tant que ça. Ces braves gens sont majoritairement passés par diverses émissions de télé-réalité voir, pour miss Carlisle, en couverture de Playboy… Star d'un jour, etc.

Hélas, nous autres européens raterons (ou avons encore un peu de sursis) cette célébration de ce qui allait mettre fin à un courant visionnaire pour tourner à la caricature. Synthépop déviante. Synthétiseurs et coupes de cheveux idiotes. Tout ce qui allait briller sur les radios et télévisions dans la seconde partie des 80s. Car pendant que Cure et Depeche Mode profitaient enfin de leurs spotlights, chez nous se préparaient dans l'ombre les futurs François Feldman, Début De Soirée et autres Partenaire Particulier. N'oublions jamais.


  1. Ce qui est déjà une forme d'oubli des New York Dolls, Stooges et autres clients habituels du CBGB's pour ne se limiter qu'au punk anglais. [retour]
  2. Egalement joliment "résumée" dans un livre des éditions Naïve. [retour]
  3. Et qui aujourd'hui refusent d'avoir un site web en clamant qu'ils ne sont pas assez gros pour que cela est un intérêt ou quelconque mérite. On vous disait qu'ils étaient ancrés dans le réalisme ! [retour]

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