Revival post-punk, deuxième temps : maintenant cela devient confus

Alors que de plus en plus de groupes citent The Pop Group comme influence plutôt que Joy Division, on sent que le revival post-punk atteint son climax. Et que l'industrie en a pleinement conscience : The Rapture et Radio 4 récupérés par la pub, ostensible signe de popularisation d'une mode… La prochaine étape ? Ce pourrait être l'expérimental art-punk…

Depuis l'année passée on a tout de même vu revenir sur le devant de la scène, voire dans les bacs pour les moins grabataires : Wire, les Sex Pistols, The Damned, Siouxsie en solo, Mick Jones et Tony James (respectivement ex The Clash et ex Generation X) avec le supergroupe Carbon/Silicon. Dans une période de ventes maigres, les punks d'hier seraient-ils donc bankables ? The Buzzcocks en 2008Loin d'être fédérateur mais pas si improbable à en croire les labels.
Preuve en est les rééditions qui affluent pour noël (ultime tentative de vendre du disque en masse) incluent cette année les deux premiers efforts de Mission of Burma1 les deux premiers de Buzzcocks et les Peel Sessions de Magazine, leurs anciens confrères de Manchester2 déjà réédités l'année dernière par ailleurs. Pas de jaloux donc. Tous deux s'apprêtent à se reformer (séparément) et entamer une tournée début 2009.

Pourtant ce n'est pas peut être pas ce post-punk là vers lequel nous nous dirigeons. Car si on admet (bien que ce soit fort difficile à croire) que The Wombats et Klaxons sont le prolongement de Joy DivisionJe vous avais prévenu que c'était une hypothèse dure à admettre…, le revival "post" combiné à la vague dance-punk se met à lorgner vers plus sombre et plus déconstruit encore : Franz Ferdinand évoquait régulièrement le groupe punk d'avant garde Wire avant de suivre un versant plus électronique, John Lydon PiLThe Rapture s'inspirait de Gang Of Four, et Bloc Party cite volontiers le Pop Group quand ce n'est pas Public Image Ltd3 dont Radio 4 tire carrément son nom.

The Pop Group, le gang gauchiste de Mark Stewart exécutait ses revendications sur des morceaux de funk tout à fait décadent, lorgnant sur le free jazz plus que sur le punk rock, avant de se séparer au bout de deux albums. Mais vous allez en entendre reparler. Un homme opposé au copyright qui touchera au hip-hop autant qu'au reggae ou au punk, centralisant l'énergie de Bristol pour permettre l'élaboration d'une scène locale (d'où naitra le trip-hop), ne pouvait que motiver la réalisation d'un documentaire. Ce sera le cas avec ON/OFF de Tøni Schifer qui retracera la carrière de l'apprenti sorcier postmoderne, du Pop Group, donc, à son plus récent projet The Mafia, en tirant des traits vers ceux qu'il a su inspirer, de Nick Cave (période Birthday Party) à Adrian Sheerwood.Mark Stewart and the maffia
Dans la même veine, on annonce une tournée et un nouvel album d'A Certain Ratio, la grande fierté de feu Tony Wilson du label Factory. Pionnier du style mélangeant funk post-moderne et punk, le groupe fan de Brian Eno est considéré comme ayant ouvert la voix pour un punk plus tolérant envers le… disco ! L'ennemi juré du punk. Pourtant, n'est-ce pas exactement la voix suivi par The Rapture ?

Ian Curtis étant à la mode, cela pourrait justifier que nombre de ses (nouvelles) ouailles en viennent à parler de Throbbing Gristle, dont le leader Genesis P-Orridge était un proche. Mais que le NME étiquette sans vergogne toute une catégorie de groupes de ce revival "Art Wave", dont Franz Ferdinand et Bloc Party peut donner à réfléchir. Alors si cette direction est prolongée, il convient de se remettre à écouter Flowers Of Romance ou Second Annual Report pour se préparer à la musique de demain…


  1. Groupe post-punk de Boston ayant eu (notamment par le titre That's When I Reach For My Revolver) une forte influence sur le rock independant américain des années 80 (REM, Fugazi, Pixies…). [retour]
  2. Le premier, mené par Pete Shelley, était un pionnier du mouvement punk anglais de 1976 ; le second fondé par le démissionnaire Howard Devot, devint dès les derniers jours de 1977 un des instigateurs du post-punk. [retour]
  3. A leurs dépend, si l'on pense à l'incident ayant eu lieu entre Okereke et John Lydon, fondateur de PIL, au Summercase festival. [retour]

Laisser un commentaire