Plus personne ne veut vendre de disque
Cela devient n'importe quoi. Tout le monde parle du téléchargement de Radiohead, tout le monde trouve cela génial, mais tout le monde dit que c'est un acte de terrorisme pour l'industrie du disque. Pfff. Et les Spice Girls qui sortent un best of, c'est pas du terrorisme ça ?
Un peu de calme. Tout le monde s'emballe là.
La presse ne sait plus si elle doit encenser une telle attitude (ce que voudrait son lectorat) ou soutenir son confrère et néanmoins 'fournisseur' qu'est l'industrie du disque. Le net fourmille de forum où s'enflamment ceux qui veulent que
Radiohead1 prenne une torche et mène le lynchage de Capitol2. Pourtant la révolution n'aura pas lieu : Radiohead retournera, d'une manière ou d'une autre, chez EMI.
Alors ces troupes se retirent, ces spartiates de la musique libre qui n'ont pas pu mourir dignement qui croyaient aux lendemains qui chantent (gratis), sans réaliser qu'on commence un peu partout à imiter Radiohead. Pour le meilleur et pour le pire…
On se souvient de Prince qui avait offert son dernier album pour tout exemplaire acheté du Sunday Mail et donné à l'entrée de ses concerts.
On a déjà évoqué également Oasis et deTrent Reznor (Nine Inch Nails) criant à qui veut l'entendre qu'ils allaient suivre l'exemple, comme si la médiatisation d'une telle décision était aussi importante que la décision elle-même (sorte de double manipulation médiatique en un sens).
Mais on a moins parlé de Paul McCartney qui avait commencé les choses au printemps en décidant de court-circuiter son label historique pour faire distribuer son dernier album par… Starbuck's Café ! Enfin, Hear Music, le label créé par (et essentiellement pour) la marque de cafés qui rachète lentement l'Angleterre3. Ni des Spice Girls qui vont fourguer leur compilation via les boutiques de lingerie Victoria's Secret4.
Mais on atteint une toute autre limite avec Richard Ashcroft qui a balancé au New Musical Express un titre (cadeau, décidément) à télécharger pour marquer la reformation de The Verve. Titre qui s'avère en fait être une des récentes répètes du groupe livrée brut. Mouais. Si le marketing se met en place avant même que le groupe ait des chansons, où va-ton ?
Clôturons sur Oasis, encore eux, qui ont finalement changé leur pied d'étrier en offrant un 45 tours5 de leur dernier single à quiconque viendrait acheter le DVD documentaire les concernant dans le magasin HMV de market street à Manchester…
A quand le prochain Smashing Pumpkins offert avec une citrouille achetée pour halloween et le single des Klaxons chez votre garagiste préféré ?
Si le disque est mort, on ne pourra pas dire que ce n'est pas aussi de la faute de ceux qui le font. Retrouvez l'intégrale de Joy Division au rayon surgelés.
- Dont on n'a toujours pas confirmé chez quel label ils allaient resigné. Les informations tendraient à penser que cela pourrait être ATO, le label de Dave Matthews, ou un retour chez Parlophone… [retour]
- Capitol Records est "la" filière américaine de la major britannique E.M.I. On lui doit les artistes les plus influents des Pink Floyd aux Beatles (en groupe ou seuls), les Beach Boys, Bowie, Queen, les Red Hot, Coldplay, les Dandy Warhols, et la liste continue encore et encore. [retour]
- Balladez vous et vous le verrez, il est désormais plus facile de trouver un Starbuck's à Londres qu'un Fish'n'Chips ! [retour]
- La ligne de lingerie qui organise des défilés de mode très médiatiques et fait dans la pub "porno-soft". [retour]
- Un disque ! Un 'vrai' disque à l'ancienne, pas un de ces CD que plus personne ne veut, non madame… [retour]



1 Phae
26 octobre 2007 à 18:25Le dernier album de Smashing Pumpkins avant qu’ils ne se séparent ” Machina ” avait été donné gratuitement en telechargement sur le net si mes souvenirs sont bons ^^
2 billy hp
29 octobre 2007 à 11:43Remarque ô combien judicieuse cher Phae ! On tend trop souvent à oublier qu’il y eut des précédents aux récents remous.
Billy Corgan avait en effet sabordé le navire Smashing Pumpkins en faisant du Machina Tour une tournée d’adieu, déjà égratignée par le départ prématuré de la bassiste D’Arcy, avant de poignarder sa maison de prod en distribuant un dernier album (issu des sessions de Machina) en rares édition de CD à quelques proches avec comme instruction de le placer en ligne, libre de téléchargement.
Il fut (bien)nommé Machina II, avec la mention “Friends & Enemies of Modern Music”…
Pourquoi n’en a-t-on plus souvent parlé ? Et bien un peu à cause du résultat très mitigé (du très bon comme le Glass Theme aux expérimentations bancales, tel l’indus White Spider) qui le fit passer pour un pack de bonus et de remixs plutôt que pour un véritable album. Mais surtout parce qu’à l’époque (Novembre 2000), le haut débit balbutiait et qu’on parlait plus du “problème” des copies/gravures de CD que du téléchargement peer to peer…
Merci encore Phae de nous l’avoir rappelé.
3 Djudju
19 novembre 2007 à 17:45Hop, un autre rebond un peu à la bourre:
la quasi-integralité des albums des Brian Jonestown Massacre a toujours été télechargeable gratuitement depuis leur site officiel. Moins médiatisés car moins “Labellisés”, ils ont toujours clamé haut et fort leur indépendance, l’assumant de la sorte. Keep Music Evil.
4 billy hp
19 novembre 2007 à 19:24Tout à fait vrai. Merci sieur Djudju
On en parle pas assez (bien que déjà évoqué dans ces pages) mais Anton Newcombe joue complètement ce jeu de séparation entre musique et artiste d’un côté et industrie du disque de l’autre. Probablement plus que Radiohead encore.
Vous retrouverez son site web ici http://www.brianjonestownmassacre.com/ ; bonne écoute !