Pixies : Du sang sur les cactus 8

Un matin du printemps 1990, Kim Deal découvre que les Pixies habitent désormais tous la vallée de San Fernando. Des répétitions ont lieu afin de préparer le nouvel album au Cherokee studio de Los Angeles. Se rendant sur place, elle sera accueilli par le groupe, Ken Goes, et un avocat. La séance de mise au point de Charles offre un constat simple : The Bredeers est un ennemi des Pixies, et Kim aura le choix entre suivre Mr Thompson ou le quitter.

Gil Norton est déjà là. Restait à enregistrer. Saine ambiance de groupeKim se plaindra en vain : les morceaux prévus pour ces sessions sont intégralement composés par Black Francis. Aucune chanson de Deal ne sera admise, pas plus que de modifications de sa partition. Et cela se sent. Black enregistre les choeurs lui même en overdub ; les chansons évoquent un univers qui n'appartient qu'à Francis : science fiction, surf, western… Une volonté audacieuse de mélanger les deux va même tourner à l'épique sur des morceaux de bravoure (Rock Music, quasi instrumentale) et parfois à l'incongru par des efforts de voix ou de production inattendus (Stormy Weather, Havalina). Epique et prétentieux comme un space opera.
L'album gagne du terrain, mélangeant les genres avec succès puisque chaque titre est un single en puissance. La surf music des années 60 parsème des cordes métalliques et des trémolos plein l'album, entre douceur aquatique (Havalina, Ana) et rock 'n' roll indomptables (Velouria et la reprise Cecilia Ann des Surftones), se partageant les influences avec les débuts simili punk de la new wave que Francis revisite à sa manière : du B52's pour Is She Weird, un hommage aux Talking Heads sur Digging for Fire et d'autres productions barrées s'étalent notemment sur The Happening (et sa performance de flow1) et Down To The Well, rescapé de la Purple Tape dans une version exemptée de Kim (intro squeezée, choeurs perdus) et noyée dans un mix de goudron et de miel.

Bossanova sorti en Aout 1990Réalisé en quatre mains par Black /Norton, Bossanova (puisque c'est son titre) joue à fond la carte cinématographique : theremin ondulant pour les parties extra-terrestre, reverb et tremolo partout pour le surf, on est en terrain connu. Les guitares s'éclaircissent, lorgnants parfois sur les tonalités de Dick Dale2 ou de Link Wray34, se détachant bien de la rythmique tout en se pelotonnant derrière la voix. Sur les morceaux les plus énergiques, elles deviennent des flingues empoignées au moindre coup de sang (Allison, Velouria), donnant vie à un power pop vif et cinglant qui fera le bonheur des dix années à venir5.

Pourtant l'album a de quoi surprendre, voire étonner par son tracklisting du plus rugueux au plus souple. Ainsi que la disparition de la touche de folie du son Pixies des débuts définitivement rayée, Joey ne mettant que des touches de couleurs. Mais Black compte sur l'univers fantasmagorique qu'il rédige pour faire tourner les têtes. Avec un certain succès, puisque si tous auront noté cet amollissement, rares seront les détracteurs de l'album.

Et après être passé entre trois studios de L.A. et le célèbre Hansa Tonstudio de Berlin (Bowie, Iggy Pop) pour le mixage, l'album sortit en Aout 1990. C’est au pied du mur qu’on sait vraiment…Le premier Breeders, lui, était déjà dans les bacs fin Mai. Pod est l'opposé parfait de Bossanova : le premier a coûté un dixième du second, déroule un son rapeux comme la prise directe d'un film amateur, des composition cassées/recollées, le double chant Tanya/Kim surnaturel, un ensemble entre morceaux plombés catapultés en l'air ou femme-torche frénétique dans une station essence. Salué par tous ceux qui jouent des power chords crasseux dont Nirvana6.

Pour Black, c'est une guerre ouverte. Guerre froide contre Kim avec qui il instaure un silence complet, mais plus chaude contre 4AD à qui Charles va compliquer voire saboter la tâche7. La tournée 90 reproduit la même ambiance que la précédente. De bonnes surprises (le final act du Reading Festival) et d’autres beaucoup moins (Francis donnant des concerts solo acoustiques ici et là ; Kim annonçant on stage "ce concert est le dernier").Epuisement ; énervement ; annulation de la tournée américaine. Rebelote. Re-congés. Re-tournée solo de Charles. Rumeurs…

S'il ne fallait en retenir qu'un :
Si la part la plus influent en est le rock surf/punk, Bossanova marque globalement plus par son côté rock doucereux dont le digne flambeau est le boitillant The Happening et son final pro-UFO.

[La suite est par là]


  1. Flow : (Litt. : flot) technique de chant parlé-enchaîné sans coupure (ou presque) parfaitement articulé, mise au point dans le dub et par les premiers rappeurs. [retour]
  2. Compositeur du hit Misirlou célèbre par sa reprise dans Pulp Fiction. [retour]
  3. Guitariste rockabilly puis country du tournant des années 50 qui jouait un rock and roll teinté de boogie et perçait ses amplis pour obtenir un son fuzz. Si peu de ses titres sont restés célèbres, son influence s'est [retour]
  4. ressenti sur les Who, The Fall ou T. Rex. [retour]
  5. C'est ce surf rock (qui substituera le skate à la planche) dont raffoleront une vague de groupes dont les Cardigans, Wannadies, Fountains of Wayne et bien sûr Weezer. [retour]
  6. Dont les Breeders feront la première partie dans quelques années. [retour]
  7. Le clip au ralenti de Velouria exigé pour pouvoir passer au Top of the Pop sera un double échec : vidéo nullissime et passage télé refusé. [retour]
haut

Fil RSS des commentaires · TrackBack URL

Ajouter un commentaire

haut