Pixies : Du sang sur les cactus 7
1988 prend fin dans le calme. Le calme avant la tempête. Fin Novembre, le groupe quitte le studio pour un hiver reposant. Doolittle entre en mixage dans un studio du Connecticut, et la (coûteuse) production se met en place.
Black Francis voudrait appeler l'album "Whore". Une allusion biblique de plus, pour lui qui y voit la Putain de Babylone. 4AD n'y voit qu'une mine d'ennuis et réussit à le faire fléchir devant l'artwork de l'album (un singe auréolé), jugeant que cela aurait pu avoir des connotations anti-catholique. Il est vrai que toutes ses paroles, elles, ne prônent que la piété et
l'abstinence… Ce sera donc Doolittle1 ! Nombres de compositions de Kim sont écartés du track listing final et serviront de faces B. Déçue Kim laisse toute la bride entre les mains de Charles et se console auprès de Tanya Donelli, sa consœur des Throwing Muses avec qui elle partage des jams endiablés auquels se joint parfois David Lovering.
Lorsque l'album sort en Avril 89, le groupe vient de passer par une nouvelle séance chez John Peel où il a notamment craché une curieuse version de Wave Of Mutilation beach-boyisée, Into The White et un extrait de la Purple Tape de plus, Down To The Well. Interviewé au passage quant à la philosophie du groupe, Black Francis rétorque que « cela a bien existé mais n’a plus de raison d’être ». Dès lors, 1989 devient une tournée massive2 en deux parties aux noms incendiaires : "Sex and Death tour" pour le vieux continent et "Fuck Or Fight Tour" pour l'Amérique du Nord. Le vieux van devient un tour bus rempli de techniciens et roadies où Black Francis fume dans un coin et miss Deal boit dans un autre. Des concerts remplis et des festivals endiablés en Europe, puissants et effrontés à la fois3 caractérisent la première partie de ce voyage d'un bloc à l'autre.
Hasard de l'histoire, alors qu'un dégel instaure des démocraties en Amérique latine et en Europe de l'est, c'est un peu l'inverse qui se passe au sein du quartet de Boston : Francis donne des ordres à tout va, ajoute de l'écho sur sa voix, et fait son numéro tous les soirs. Les anecdotes s'accumulent, ajoutant la dope (Francis ayant des visions, Kim trop ivre pour jouer) et les accidents (Joey se brisant la main en tentant de démolir sa Gibson sur scène) à aux performances entre hystérie et amateurisme dont le groupe fait étalage chaque soir en plantant ses propres morceaux.
Acclamé par Robert Smith, les Pixies en viennent tout de même à ouvrir son Prayer Tour4. Hélas, suite au crash d'un vol d'United Airlines, Charles refuse catégoriquement de voyager en avion, compliquant drastiquement la logistique. Ken Goes se voit contraint d'annuler certaines dates et d'en reporter d'autres, avant de carrément jeter l'éponge devant l'épuisement de l'équipe.
Pour maintenir l'attention autour du groupe, Elektra arme le single Monkey Gone To Heaven d’un clip (barbant)5, qu’MTV, perplexe, ne diffusera pas.
Ce qui n'empêchera pas Doolittle d'être sacré album de l'année par la presse rock des deux continents. A peine la tournée terminée, le groupe se sépare pour un congé de six mois, sans fêter cela ni même évoquer une suite.
Début 90. Francis voyage, promenant une cadillac jaune cocu aux quatre coins du monde, donne des concerts solo dans les clubs, et finit par déménager pour Los Angeles où vit sa mère depuis des années. Le champ libre, Kim rappelle Tanya et la bassiste Josephine Wiggs6 et enregistre une démo de ses compositions qu'elle fait parvenir à 4AD. Watts-Russel s'emballe et convoque Albini pour un enregistrement complet, avant de reprendre ses esprits et d'exiger la discrétion, envoyant la conspiration dans un studio écossais. Reprenant le nom sous lequel les jumelles Deal jouaient dans les roadhouse des camionneurs du midwest, The Breeders (re)naît.
S'il ne fallait en retenir qu'un :
Ce sont les versions trouvables de Gouge Away qui représente le mieux quant à ces tournées inégales (mais cultes). Pourtant c'est Into The White qui définit le tournant pris par les Pixies : la basse omniprésente de Kim, et une sale couche de rock and roll.
- Une allusion aux paroles de Mr Grieves (litt. Monsieur Chagrin) qui cite le nom de Jimmy Doolittle, pilote de l'escouade de bombardiers qui anéantirent Tokyo en 1942, ou du Dr. Doolittle, médecin capable de converser avec les animaux dans les romans pour enfants du même nom. [retour]
- On recensera cent dates effectives en six mois sur la route ! [retour]
- Les Pixies entrèrent dans la légendes en jouant leurs sets de cette tournée par ordre alphabétique, anti-alphabétique, voir à l'envers, commençant par le rappel, avant de remonter lentement la setlist. [retour]
- Promouvant aux states l'aboutissement gothique de la new wave Disintegration [retour]
- Contre la volonté de Francis qui considère les clips comme du sous-cinéma… à raison, dans ce cas. [retour]
- Du groupe indie Perfect Disaster avec lequel les Pixies ont joué durant la tournée estivale. [retour]