Pixies : Du sang sur les cactus 5
Eté 88 cette fois-ci. Alors que Surfer Rosa sort enfin aux Etats Unis, ce cocktail survitaminé au bon goût de piment vient se placer en tête des charts en Europe.
Des années plus tard, cet album deviendra LA référence pour un tas de groupes qui y verront une nouvelle manière d’utiliser des guitares, et de mêler de la folie furieuse dans de la pop. Un culte.
Gigantic, choisi comme premier single, est jugé trop long, et début Mai les Pixies repassent en studio pour en réenregistrer une version épurée à l'intention des radios. C'est Gil Norton1 qui dirigera le quatuor en studio pour rendre le morceau plus accessible. Adoucies, les guitares n'apparaissent qu'au 'bon' moment, la basse tombe plus juste, et on y perd en surprise ce qu'on gagne en propreté. Et en temps, puisque Gigantic est écourté de quarante secondes ! Mais retoucher le morceau ne dérangeait pas les Pixies ; c'est l'idée que ce soit un morceau de Kim qui les représente qui fera grimacer Francis.
Dès le lendemain de l'enregistrement, les Pixies étaient invités par John Peel pour leur première session à la BBC2, qui va renforcer (s'il en était besoin) les ventes déjà faramineuses. En Europe toujours. Côté Amérique, l'album (en import uniquement) peine à faire son trou et le retour des Bostoniens à leur berceau laisse froid. La laborieuse tournée nord américaine permet quand même à Francis Black d'écrire de nouveaux morceaux, arrangés en groupe, qu'ils testeront sur scène avant d'en enregistrer en maquette.
Alors qu'ils reviennent pour le dernier trimestre soutenir Surfer Rosa dans le nord de l'Europe, les Pixies sont sous les meilleurs auspices : reconnus par la presse, soutenus par les radios et salués par quelques pointures du rock3. Et début octobre, les nouveaux morceaux seront joués à la demande de John Peel, pour la seconde session de l'année ! Autant dire que 4AD fait de l’or en barre. Et c’est sans surprise que fin 1988, les Pixies sont récupérés par le géant Elektra pour être enfin correctement distribué aux states. La liesse est de mise. Excepté pour l'ex-Miss John Murphy dont la récente procédure de divorce gâche la sortie du single Gigantic en Août 88. Et bien sûr, pour Francis qui grimace toujours encore un peu.
Outre le succès personnel, cette signature est porteuse d'un fier symbole : après celle de R.E.M. l'année précédente chez Warner, l'accession des Pixies au banc des majors représente l'ouverture de l'industrie vers ce rock différent des recettes classiques, jusqu'alors réduit aux radios de
campus4. En quelque sorte, l'indie rock5, signait en 1988 son acte de naissance officiel, brandissant la coupe pour laquelle avait combattu toute la génération post punk et new wave.
Et la pixiemania grimpe encore d'un cran lorsque les quatre du Massachusetts retournent à la BBC début Octobre, offrant autant de nouveaux titres aux haut-parleurs anglais : There Goes My Gun, propulsé en tout juste 1′30″ comme on jette un couteau, Dead, démembré et rageur, Tame définitive comme un viol, et Manta Ray aux effluves de cire à surf. Les fées montrent les dents, se font korrigan. Peel jubile, on se rapproche de son groupe favori, The Fall6.
Seul impair de l'affaire, en deux visites radiophoniques, aucune version de Gigantic ne fut enregistrée. Charles n'a pas la digestion facile.
S'il ne fallait en retenir qu'un :
Oui, Gigantic est un grand titre. N'en doutons jamais. Nul doute qu'il en a motivé plus d'un (et plus d'une) à prendre une basse. C'est hélas le grand oublié de leur patrimoine. Vous savez pourquoi.
- Producteur de pop anglais, notamment du premier album des Throwing Muses, d'Echo & The Bunnymen, Wet Wet Wet, et plus tard Counting Crows. [retour]
- Dont on se souviendra surtout par la reprise drôlement féroce du blues Wild Honey Pie des Beatles et un nouveau morceau nommé Hey. [retour]
- Parmi les fans de la première heure on compte rien de moins que David Bowie (alors en pleine période rock revival avec Tin Machine, mais qui reprendra Cactus des années plus tard sur Heathen, Bono de U2, et bientôt Robert Smith. [retour]
- Qui lui donnent son appellation de college rock. [retour]
- Pour independant, puisque distribué sur des labels indépendants et par opposition au rock des majors allant des Rolling Stones à Prince en passant par le rock FM de Madonna. En France on utilise plutôt le terme Rock Alternatif. [retour]
- Groupe méconnu mais emblématique du post punk anglais mené par le génie autoritaire Mark E. Smith, principalement connu pour sa gigantesque discographie (près d'un album studio par an depuis 1979). [retour]
- 9 juin 2008
- Chroniques
- Tags : indie rock, peel, pixies, rock independant


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