Pixies : Du sang sur les cactus 2
Eté 86. Les prolifiques répétitions qui suivent la formation des Pixies permettent au groupe de se lancer rapidement dans le périlleux exercice de la scène. D’abord lamentablement échoué en Juillet à Cambridge, ils décrochent quand même la première partie des Throwing Muses au Rat Club.
Il ne le savent pas encore mais c'est dans ce club que les Pixies ont véritablement tout commencé.
Habituellement, les glapissement aigües de Charles et les prestations des Pixies, un groupe sans look à une époque où le noir, le maquillage et les cheveux crêpés sont le minimum, laissent froid l'auditoire. Mais Gary Smith, le producteur des Muses présent ce soir là au Rat Club1, est littéralement renversé par leur performance, convaincu qu'il ne pourra pas dormir s'il les laisse filer.
Avant peu, il les convainc de le suivre aux Fort Apache Studios pour y enregistrer leur première démo.
Celle que l'histoire surnommera The Purple Tape2 fut bouclée en trois jours. Trois jours seulement, mais trois jours complets. Trois jours de travail acharné, non-stop, les Pixies dormant sur place et mangeant auprès de Gary Smith à la console, se relayant pour enregistrer les voix dans un appentis proche du hangar qui abritait le studio… Trois jours aboutissant à dix-sept titres sur la bobine, d'un résultat vertigineux d’éclectisme !
C'est le retour des guitares sur une décennie de synthés. Il y a là du rock chicanos (Isle De Encanta) ou sous peyotl (I’m Amazed), un twist cocaïné (Broken Face) digne d'Elvis Costello, du country & western pris d'une crise d'hystérie (Build High), un folk écrit pour faire plaisir à maman (Here Comes Your Man),
et même un soul-jazz bruyant (Subbacultcha) avec une walkin' basse qui ne déplairait pas à Henry Mancini mais qu'une guitare vrille au foret à béton. Et encore une foison d'autres surprises. A noter tout de même, deux objets exotiques au milieu de ce tutti frutti : Down To The Well, un new wave saccadé que la voix criarde de Black Francis transforme en lambeaux, et Lady in The Radiator Song, doux morceau d’ambiance emprunté à Eraserhead de David Lynch3, reprise ici en un déferlement de rage.
Pourtant les Bostoniens ne sont pas des foudres de techniques. A l'image des Ramones qu'ils affectionnent, les Pixies envoient des chansons aussi courtes que si leur vie en dépendait, incroyablement énergiques et rafraîchissantes comme un mojito. C'est parfois violent, parfois dansant, toujours surprenant. Inclassable sous une seule étiquette tellement on a l’impression de changer de radio entre chaque morceau. Seul reste le son, signature du groupe qui mélange sans transition la douce voix de Kim à celle furieuse de Charles, une basse et une batterie dynamiques à deux guitares décapantes, et ce sentiment que vous êtes ligotés les yeux grands ouverts dans un manège à sensation qui roule à 200…
La démo mise en boîte, il faut la distribuer. Déjà responsable de la signature des Throwing Muses sur le fabuleux label anglais 4AD, Gary Smith titille son directeur, Ivo Watts-Russel, et s'active à faire tourner la cassette dans toutes les mains de la scène de Boston. Kim expédie la Purple Tape à toute une flopée de labels indépendants dont Slash Records4, SST5 ou Homestead Records6 qui répondront tous par la négative.
C'est finalement par Kristin Hersh que la cassette arrivera aux oreilles de Ken Goes, la chanteuse l'imposant en voiture à son manager. La prise de conscience fut immédiate. L’impression d’avoir ouvert la boîte de Pandore. Et d'être tombé amoureux du diable qui y vivait. Ken les signa illico.
Sous l'insistance de ce dernier, Ivo Watts-Russel cède en mai 1987 et accepte ce (second, après les Muses) groupe américain.Ainsi, moins d'un an après leur formation, les Pixies sont signés. Par un label britannique spécialisé dans les musiques atmosphériques et gothiques de Bauhaus, Dead Can Dance et Cocteau Twins ou le punk brutal et instinctif de The Birthday Party. Tout ce que les Pixies n'étaient pas. Mais le mélange de genre n'était pas chose à déranger les Bostoniens.
Et les Pixies étaient prêts à tout. Pour réussir.
S'il ne fallait en retenir qu'un :
The Purple Tape contient essentiellement des titres qui réapparaitront sur les LPs des Pixies. Exceptions faites de Rock A My Soul et Build High. Si le premier est un rock'n'roll entrecoupé rappelant Carl Perkins avec la guitare de Deep Purple, Build High lui condense en une minute trente tout le son latino fou des Pixies, avec Charles délirant de fièvre et Joey poursuivi par un coyote.
- De son vrai nom The Rathskeller, ce club mythique de Boston a accueilli dans ses sous-sols de 1974 à 1997, la vague punk, des Ramones au Dead Kennedys, autant que la scène new wave, des Cars à Talking Heads. [retour]
- Litt : La Cassette Violette. Surnommé ainsi après que Joey Santiago ait écrit PIXIES en très gros sur la jaquette de la cassette au feutre violet. [retour]
- Réalisateur / scénariste de Lost Highway, Mulholand Drive, Twin Peaks et, donc, Eraserhead dont Charles, qui a suivi des cours de cinéma, est un afficionado. [retour]
- Label punk de L.A. qui diffusa Violent Femmes, The Germs et Gun Club à la grande époque, et qui fera les beaux jours de L7, Faith No More et Rammstein la décennie suivante. [retour]
- Le label d'où naquit le hardcore : Black Flag, Hüsker Dü, les Minutemen… [retour]
- Premier label de Sonic Youth, Big Black, Dinosaur Jr. ainsi que Nick Cave & The Bad Seeds. [retour]
- 21 mai 2008
- Chroniques
- Tags : 4ad, hardcore, independant, labels, pixies


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