Pixies : Du sang sur les cactus 10

Frank Black n'apportera pas grand chose à ce qu'avait laissé le dernier Pixies et il faudra encore attendre Teenager of the Year, pour son single Headache. Quelques titres appréciables jailliront à l'occasion d'une carrière hésitant entre country et garage rock. Ironie du sort, Last Splash, lui, contient un hit mondial, Canonball, ce que les 'Boston four' n'auront jamais connu ; les Breeders feront la première partie de Nirvana avant de perdre de la vitesse pour cause de désintox. Mais des Pixies, nous n'entendrons plus qu'un silence pesant.

Le silence étouffant d’un groupe dont le nom revient dans toutes les bouches des 90s :
Radiohead, Placebo, Nirvana (qui en sera même taxé de pillage), Smashing Pumpkins, Blur, et même P.J. Harvey. Il y aura bien cette tendance powerpop tels Weezer, Nada Surf ou Foo Fighters et des groupes plus décalés comme dEUS, Yo La Tengo ou Girls In Hawaii… Ce genre de silence après la tempête qui crée un mythe. Pixies : les Boston Four du rock alternatifNon, personne n’est mort dans un accident de voiture ni ne s’est suicidé au sein des Pixies et pourtant, c’est indéniablement LE groupe rock derrière les années 90. Ils ont juste vécu leur carrière endiablée comme roule une de leur chanson : à toute vitesse avant de s’arrêter net et de casser le rythme…
Elektra et 4AD feront tout leur possible pour rassembler les pièces éparses estampillées Pixies et les vendre à intervalle régulier tout au long de cette décennie : Pixies At The BBC d’abord, puis l’ensemble des B-Sides avant de ressortir la mythique Purple Tape en CD. Joey Santiago 'aidera' un temps Frank Black sur ses premiers albums en qualité d’appariteur avant de monter l'éphémère The Martinis avec sa femme. Passons sur le destin de David Lovering qui deviendra prestidigitateur. Kim mettra un moment à repousser les bouteilles et sa soeur entamera une cure en prison. Charles divorcera et entamera une thérapie. Mieux vaut garder le silence.

Pourtant, après avoir conchié l’idée dans toutes ses interviews, l’oublié Frank Black, devenu obèse et chauve, se remit à jouer des titres des Pixies en live, publie les vieilles démo des débuts et quelques remixs (Frank Black Francis) avant de finir par évoquer la reformation des Pixies en 2003.
Pixies reformation 2004, Frank & Joey Rappelés pour la première fois (pour certains) en treize ans, tous manifeste nt un intérêt et en Novembre, le groupe répète à nouveau. Contrats et formalités. S’en suit une interminable année (deux fois reconduite) de concerts aux quatre coins, à jouer tous leurs classiques sans véritable engouement, souvent au ralenti, mais généralement tout sourire. Quelques éclats pour des problèmes personnels (le décès paternel de Lovering et l'alcoolisme en découlant) émaillent à l'occasion une camaraderie qu'on ne leur connaissait pas. Presque pas de titres de Bossanova, peu de Trompe La Mort, et un emprunt au répertoire de Frank Black. Performance tout de même, un concert acoustique pour le festival de Newport sur le littoral. A se demander ce qui est arrivé aux personnalités si fortes du tournant des nineties. Mais on ne peut réprimer un sourire en entendant Bam Thwok, nouveau morceau enregistré pour Shrek 2 et finalement vendu en ligne. Oui, c'est un peu pour l'argent, mais cela sent aussi la facilité, celle qui vous pousse à manger un burger plutot que de cuisiner. On en sort un peu lourd et satisfait sur le moment ; puis vient la certitude qu'il ne faut rien attendre de mieux dans l'avenir de ce côté là.

Pixies reformation 2004Kim refusera tout net un nouvel enregistrement, profitant même de la tournée pour composer le futur Breeders Mountain Battles. Vexé Charles sortira seul les titres qu'il avait prévu pour la reformation sous le nom retrouvé de Black Francis (!) dès Bluefinger. Ce coup de fouet a relancé les deux (quatre ?) carrières autant qu'il a permis à toute une génération de découvrir ces oubliés étrangement une seule fois invoqués en dix ans par le film Fight Club. Et vingt années après la petite annonce culte, on se remet à croire qu'il est possible de faire du rock différemment, et pas seulement du neuf avec du vieux. Juste en cumulant des instruments simples et la bonne volonté de plusieurs gamins. Et de viser les étoiles.
Car si Charles Thompson a toujours assuré avoir été survolé par une "grosse soucoupe rouge" l'année de sa naissance, il avoue ne jamais avoir été en contact avec eux. Un type normal qui pour contrer sa peur sur scène se répète simplement "Je ne suis qu'un gros type avec une guitare et je ne veux pas être là".

S'il ne fallait en retenir qu'un :
Bam Thwok égaye mais est dispensable. Par contre on saluera d'un coup de chapeau la (seule) reprise d'un titre estampillé Frank Black par les Pixies : All Around The World1 en version country sur les DVD lives de la tournée 2005-2006.


  1. Issu des sessions de Honeycomb, et rien à voir avec le quasi-éponyme All Over The World de Bossanova. [retour]

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