Pixies : Du sang sur les cactus 1
En Mars 1987, un college band américain enregistre sa première démo. Dix-sept titres particulièrement courts et explosifs sur une cassette audio violette. Pendant quatre ans, on dispersera ces titres tout au long de (seulement) quatre albums et demi, posant des jalons pour que d’autres puissent donner ses lettres de noblesses à ce que l’on allait appeler le rock alternatif.
Ce big bang retentissant de l’histoire du rock, ce renouveau a un nom : c’est l’âge d’or des Pixies.
Seconde partie des années 80. Le monde entier porte des 501, mâche du Holywood et chante La Isla Bonita de Madonna. Aux Etats-Unis, le rock est à bout de souffle. Galvaudé, on l'expose dans les stades, mais c'est de la pop qui coule des enceintes. La new wave prend le virage électronique et le post punk a dérapé trop loin de ses origines. Pire : le metal passe à la télé. Comme du vulgaire U2. Du rock, il ne reste plus que la vague hardcore qui, répliquant le chemin déjà suivi par le punk en Angleterre, commence à incorporer de nouvelles influences, et (aux antipodes) les travailleurs de force de R.EM. que d'innombrables 'garage bands' d'étudiants prennent en modèle. Mais tout ce contexte n'a aucun intérêt pour les Pixies.
Bien qu'il s'intéresse à la musique depuis qu'il est gamin, la discographie de Charles Thompson1 est quelque peu confuse. Du folk pour une bonne part, de Donovan à Peter, Paul And Mary, et du rock des années soixante, des Kinks aux Beach Boys. Un peu de Doors, un peu de John Mayall. Tout ce qu'il trouve dans les bacs de soldes ou à la bibliothèque. Parfois un Ramones. Tardivement, Iggy Pop. Il fallut attendre la fac pour qu'on lui fasse écouter Hüsker Dü, Sonic Youth et Violent Femmes. Pourtant le fameux campus de Amherst au Massachusetts, à une centaine de bornes de Harvard, compte quelques personnes branchées musique à commencer par Jay Mascis et Lou Barlow, futurs fondateurs de Dinosaur Jr, et un étudiant philippin nommé Joey Santiago qui aime l'album blanc des Beatles, le Velvet Underground, ACDC et David Bowie.
Joey connaît juste assez ses gammes pour prendre le rôle de la lead guitar alors que son gros copain Charles s’improvise chanteur guitariste avec plus ou moins de succès. De retour d'un voyage linguistique à Puerto Rico passé à boire et fumer de l'herbe sur la plage, Charles convainc son compère de monter leur propre groupe après avoir scrupuleusement étudié comment font les "vrais" groupes. La petite annonce"Groupe cherche bassiste. Influences : Hüsker Dü et Peter, Paul & Mary. SVP - Pas de pros" qu'ils passèrent pour compléter leur groupe et pour laquelle se pointera une demoiselle.
Franche et pétillante, Kim Deal avouera sans vergogne être plutôt guitariste et ne pas avoir de basse, mais elle n'avouera pas qu'elle n'a aucune idée de qui sont Hüsker Dü. De Dayton, Ohio, on fera venir par avion la basse de la sœur jumelle de Kim, et la frangine elle-même dans un deuxième temps pour l'asseoir derrière la batterie. Mauvais choix. C'est finalement David Lovering, ingénieur et prestidigitateur (!) exalté rencontré lors du mariage de Kim, qui prendra le tabouret.
Le groupe construit des chansons courtes et épurées autour des mélodies de Charles, mélangeant toutes ses influences sans jamais chercher à les imiter. Ainsi, au travers des Violent Femmes, Charles a accepté l'idée que le punk peut être appliqué à une guitare acoustique, mais ne souhaitera jamais une orchestration baroque ; il a pris goût au mur de son insurmontable de Hüsker Dü mais sans vouloir sonner comme un groupe hardcore ; Sonic Youth a donné à Santiago ses dissonances mais, hormis Vamos, aucun Pixies ne lorgne directement vers l'expérimentation sonore brute. D'ailleurs ils n'entendent rien à la post-production ; malgré la proximité des Cars, Modern Lovers
et autres, Charles n'a que faire de la new wave. A la rigueur, plutôt le post punk de Mission Of Burma ou Pere Ubu, et tout ce qui peut avoir un esprit foncièrement artistique, voyant en son groupe une démarche (naïve mais concrète) de faire de l'art, ajoutant Lynch mais aussi Buñuel et Dali à son melting pot. Et avec les premiers concert, ce flot nourricier continuera, empruntant par exemple sa voix aigüe aux Throwing Muses2 et un certain second degré à Camper Van Beethoven.
Les contours se définissent. Charles se renomme Black Francis qui, à l’instar de Billy Idol et Iggy Pop, sonne plus rock et plus fun à ses oreilles. Kim quant à elle se camoufle derrière le nom de son ex-mari et signera les futurs albums Mrs John Murphy. Joey déniche le nom "Pixies" dans un dictionnaire, et vamos !
S'il ne fallait en retenir qu'un :
Avec le temps, certaines des démos de Charles ont émergé sur le net ou en bootlegs, et parmi les rares titres qui ne sont pas parvenu jusqu'aux sessions du premier maxi, nul doute que Keeping In Time aurait connu un digne succès. Un jour peut être.
- En entier : Charles Michael Kitridge Thompson IV ! [retour]
- Groupe de Rhodes Island émigré à Boston mené par les chanteuses guitaristes Kristin Hersh et Tanya Donelly dont les chansons entrecoupées mêlaient des mélodies folk à des structures post punk à une époque où l'on mélangeait toute ce pop rock sous l'appellation College Rock. [retour]
- 19 mai 2008
- Chroniques
- Tags : college rock, frank black, pixies, throwing muses



1 oliver twist
19 mai 2008 à 21:44on entendait à l’époque pixies le plus grand groupe du Monde!, là ou tout le génie de l’alchimie entre plusieurs esprits a pris naissance et a donné quelque chose entendu nulle part ailleurs, l’archétype de l’artiste créateur avec un grand C, celui qui est en rupture et dont les milliers suivront sans jamais parvenir à lui arriver à un quart de micron de mollet de fourmi, merci Black Francis pour avoir mis entre parenthèse ton ego durant toutes ces années et être parvenu à asséner ces joyaux avec tes comparses. Bravissimo tu as rejoint depeche mode, led zeppelin, et pink floyd aux pays d’odin…l’art pour l’art et non l’art pour le lard…
2 pat33
17 décembre 2009 à 20:33j’ai eu l’occasion de voir des centaines de concert mais 3 sorte du lot
les ramones ( pau 1992 ) iggy pop 1993 et les pixies 1991 sur une superbe intro de ” rock music “, ( les 2 medoquine de bordeaux ) , alors je dirais si l’envie vous prend n’hesiter pas revenez et continuer on s’en lasse pas meme presque 20 ans apres .
car le rock s’innocule dans le sang et ont l’a pour toujours .