One Hot Minute : A la recherche du temps perdu 2
Le groupe est en effet profondément marqué par la perte d’amis ou d’idoles proches : on écrira Tearjerker pour la mémoire de Kurt Cobain1 et Transcending pour River Phoenix. Mais plus que la douleur, il y a un poison dans le fruit.
La cocaïne qui accompagnait les délires nudistes (avec chaussette) n’avait pas encore commencé à attaquer la dentition de Frusciante2 que la seringue avait pris sa place dans le groupe. Véritable cinquième membre du groupe à l’époque, elle accompagne les séances d’écriture d’Anthony Kiedis, guide l’écriture des solos de Dave, et calme les visions de cauchemars et de remords qui hantent leurs nuits à tous. Et
pourtant le groupe n’en est pas à sa première rencontre avec la bête. Elle a déjà emporté le premier guitariste (Hillel Slovak), Frusciante en reprenait la voix, Kiedis avait déjà suivi une désintoxication 5 ans plus tôt et son propre père dealait auprès d’acteurs hollywoodiens.
Il avait fallu balancer tout ça et faire face à toute la noirceur qui habitait chacun pour composer One Hot Minute. Il faudra près d’un an et demi pour l’enregistrer, c’est à dire digérer et diluer le poison dans le sang.
Pratiquement, l’album s’ouvre sur la dope de Warped (« ma tendance à la dépendance me fait du mal… »), continue sur ses ravages (Aeroplane) et vous entraîne dans les Coffee Shop d’Iggy Pop en passant le voyage irresponsable (Deep Kick) d’Anthony et Flea encore ados dans Londres. Le reste ? Souvenirs d’enfants et angoisses paranoïdes adolescentes. Evocation de premier baiser et de dernier souffle. Tout le lot sent la mort et l’expiation. Un cri primal salvateur qui laisse la gorge blessée. Ce n’est pas un album concept en ceci que les chansons ne racontent pas une histoire, mais il reste quelque chose de commun quand même. Comme le dépôt au fond d’une cuiller laisserait des traces de chacun de ses usages… La citation des Butthole Surfers reprise sur Deep Kick (« it’s better to regret something you did than something you didn’t do »3) achève de signer cet acte de repentir.
La thérapie finie, les Chilis sorte la galette avec appréhension. Soyons clair, tout le business pariait alors sur la disparition définitive des Red Hot du circuit. Les journalistes pourriront le résultat qui ne ressemblait en rien aux précédents efforts. Ni cocottes, ni slapping, ne comptez pas sur nous… Curieusement le public, lui, se rua sur l’album sans hésiter. La tournée fera sensation permettant des impros plus expérimentales encore que les précédentes. La dope deviendra un mauvais souvenir et tout le monde sera content.
Sans plus de merci, Navarro sera viré du groupe peu après pour des « problèmes de drogue » (encore…). Il avouera par la suite n’avoir jamais senti être intégré au groupe. Peut être juste un véhicule au travers de cette vallée de larmes. Frusciante, plus mort que vivant reviendra chercher ses frères, ayant fait lui-même l’expérience de cette lente mort. Les répétitions suivantes accoucheront d’un album extraordinaire de maturité, Californication. A raison, celui-ci recevra toutes les bonnes critiques d’une presse rédemptrice, de même que les suivants.
Mais un phénomène curieux frappe depuis le groupe :
Le Greatests Hits sorti en 2003 ne porte qu’un seul titre (My Friends) de One Hot Minute. Où sont passés les singles Warped et Aeroplane ? Pire, les tournées de Californication; et plus récentes4 ne conservent aucun morceau de cette époque ! Rien.
Frusciante argumente n’avoir jamais écouté l’album et ne pas avoir le même jeu de guitare que Navarro. Mais quand même…
Cette amnésie serait-elle le souvenir aujourd’hui dérangeant de cette époque trouble où les avant-bras les démangeaient ? On ne revient pas sur sa thérapie, quel que soit le divan. Et si les Red Hot vont mieux aujourd’hui et sont assez créatifs pour satisfaire les radios, il n’empêche que quand on évoque leur nom, je pense plus à l’explosion de Transcending ou les deux notes dissonantes d’intro de One Hot Minute qu’à l’intro de By The Way. Moi, je me souviens très bien.
- Avec qui les Red Hot avait fait une tournée en 92. [retour]
- Selon la légende, celui-ci profitera de son éloignement pour d'abord vivre une vie de junkie à plein temps, puis par se faire opérer et réparer les dégâts dentaires de la poudre blanche. [retour]
- Approx. : « Il vaut mieux avoir des remords que des regrets » [retour]
- Idem sur le Live in Hyde Park… [retour]
- 16 février 2007
- Critiques
- Tags : cocaine, heroine, nirvana, red hot chili peppers



1 Le Mitch
18 février 2007 à 9:41Haaa,
Toujours aussi prenant de lire ces articles. Mais zut, cela donne envie d’écouter l’intégrale des RHCP ! Tiens et si j’essayai via pandora.com
2 billy hp
2 mai 2007 à 9:57Mis à jour (photos et tags..)
3 Stef
16 novembre 2009 à 16:20Il faut noter quand même que Kiedis n’a pas arrêté l’héroïne à cette période…(toujours cloué dans un hôtel miteux à se mettre la tronche)
Cet album a été principalement composé par Flea, c’est en quelque sorte son album - même si Dave est loin d’être manchot - la basse est la ligne directive.
Après la tournée Flea a voulu arrêter le groupe pour la première fois de l’histoire des Peppers, en partie à cause des problèmes de drogue (Kiedis est une calamité et Navarro commençait sérieusement à virer…) et la seule motivation qu’il avait c’était de continuer à jouer uniquement si John revenait, la suite est plus connue.
Pour résumer un peu, cet album n’est pas un bon album pour le groupe (désunifié à cause des trips de Kiedis) mais c’est une mine d’or musicale !
On évoque beaucoup la drogue au sein du groupe mais je pense qu’on oublie que les compos/séances studios etc…sont faites en dehors des trips pour la bonne raison qu’en plein trips ils sont incapables de faire quoi que ce soit d’autres que de se refaire un fix !