OK Coldplay ? 2

Aujourd’hui que la britpop est un souvenir, U2 devenu une ombre de lui-même, Blur un projet perpétuellement repoussé, et Travis toujours pas considéré comme un grand, que va faire Coldplay ? Et bien ils pourraient bien viser la place de Radiohead, sur son piédestal d’expérimentateur pop-rock !

Coldplay a tellement une image (irritante d'ailleurs) de groupe gentil, propre, simple et radiophonisable, qu'on ne les imagine pas se mettre à bidouiller des logiciels, des machines ni taper sur des tuyaux ou enregistrer les grincements d'une porte passés sous vocoder. Et pourtant cela pourrait arriver :
Brian Eno Glamrocker Entrés en studio au fond de l’Espagne avec Brian Eno pour enregistrer leur prochain album, on peut s’attendre à tout.

Eno. Trois lettre. L’esprit frappeur qui hante le son depuis 35 ans, se faufilant tour à tour dans les premiers synthétiseurs de Roxy Music1, puis les strates oscilloscopiques d’un Genesis, tous deux dans les années 70, avant de créer à lui tout seul un genre complet de musique électronique : l’ambient.

Le britannique avait également sorti une poignée d’albums glam pas piqués des hannetons à frou-frou et gomina (l’excellent Here Come The Warm Jets qui rajoute la dose d’expérimentations qui manquait dans le paysage anglais entre T-Rex et Gary Glitter) et a collaboré à la carrière des Talking Heads, groupe qui a vraiment contribué à l’explosion new wave en ajoutant du funk et même de la world music dans leur musique.
Eno Car c'est bien sous cette casquette de production qu'on se souviendra le plus d'Eno. En plus des Heads, il avait déjà coproduit trois des plus gros albums de U22, encore eux, mais aussi l’autre géant expérimentateur John Cale et bien sûr la trilogie berlinoise de la fin des 70s de David Bowie…

Alors que pourrait bien donner Coldplay entre les mains de ce docteur Mabuse ? Un mélange plus sonique et synthétique, avec une postproduction omniprésente, véritable audio-paysage dans le fond et boucles rythmiques devant ; ce qui n’est pas impossible puisque le producteur hip hop Timbaland a rejoint l’équipe en studio et que Chris Martin semble écrire des textes plus libres, plus « visuels ».
Ou bien un groupe de glam rock? Coldplay annonçait récemment que Prospekt, titre supposé de leur prochain album, sonnerait plus rock et plus sombre avec moins de piano que de guitares, alors peut être… Coldplay recentEnfin des incursions de world ne sont pas à rejeter non plus, reconnaissant que l’Espagne avait influencé leur son, notamment depuis une série de répétitions dans des anciennes églises. Vraiment, tout est possible.

Et le groupe le sait, s’affligeant une redoutable précision artistique, comme en sélectionnant les chansons en nombre réduit et selon leur homogénéité et non leur probable succès pour conserver l’intégrité de l’album. Aucune date de sortie n'est estimée pour l'heure. On se donne le temps. Une telle perspicacité ajoutée à l’avant-gardisme de Brian Eno pourrait bien donner le jour à un album culte. Rock et fragile, novateur mais populaire à la fois, comme Zooropa avant lui, ou Violator. Le OK Computer des années 2000 peut être. Pourquoi pas.


  1. Le groupe culte de Bryan Ferry qui le premier visait à introduire une esthétique précieuse et artistique aussi bien dans sa musique (qui influencera un certain néo romantisme de la new wave) que dans son look, définissant les canons du glam et à travers lui du punk. [retour]
  2. The Unforgettable Fire en 1984, The Joshua Tree en 1987, et Achtung Baby en 1991. [retour]
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1 buckshotgwen

25 octobre 2007 à 19:32

Ah la claque, Eno qui produit Coldplay !
Voilà qui promet bien des nuits blanches aux critiques musicales de la presse indépendante qui adorent cracher sur l’homme aux doigts sparadrapés. En espérant qu’on ait justement droit au gros son façon “Heroes” de Bowie ou “The Real Thing” de U2 voire “Needles in the camel’s eyes” dudit Eno…

Ce qui m’a vraiment plongé dans un abîme de perplexité c’est justement la possibilité d’un disque aussi puissant qu’OK Computer. Tout mon système de valeur s’efondrerait ;-) Mais pourquoi enlever le piano ? Il est bien le piano… même chez les Stones période Let It Bleed ou Exile On Main Street il était bien.

2 sylvain

1 novembre 2007 à 12:43

Coldplay capable d’un OK Computer des années 2000 sous la houlette de Eno ?
Hum, ça ne se calcule pas ainsi un OK Computer !
Un Achtung Baby oui.
Un lifting oui.
Mais OK Computer c’est plus que ça : la conjonction de paramètres historiques, esthétiques, personnels et politiques, générationnels… franchement ! Ce disque c’est le disque d’une génération voire le disque d’une certaine mort du rock à l’aube de la fin du XXe siècle.
Bref, mais j’apprécie Coldplay même s’il n’a été aussi faux de les comparer à Radiohead puisque Coldplay c’est les Phil Collins et les U2 lisses de notre génération, le truc que même tes parents kiffent, total confort, alors que pour Radiohead tu peux te brosser pour le mettre dans le poste de la voiture de papa. J’apprécie Coldplay car j’apprécie leur mélodie et leur sentimentalisme à la U2, hein faut pas se la jouer puriste et précher que pour les groupes à risques, et donc j’attends avec impatience ce qu’ils vont donner avec Eno.

3 billy hp

2 novembre 2007 à 15:09

Cher Sylvain, tu as raison. Cent fois. Il faut bien plus que ça pour faire un Ok Computer. Je dirais même “on ne peut pas faire un Ok Computer.” C’est le résultat d’un trait de génie combiné à une production (sonore et artistique) extraordinaire qui réussit à toucher du doigt la réalité d’une époque avant que celle-ci reconnaisse un messie et se dépêche de le rattraper (peut on seulement rattraper Radiohead ?).
Mon expression “le Ok Computer de cette décennie” était un abus de langage. Mais je pense qu’un groupe qui a prouvé son génie de la composition, qui sait parfois faire montre d’un talent d’interprétation touchant, qui a la volonté de tenter des trucs plutôt que de refaire la même sauce trois albums durant et qui s’en va le prouver dans les mains d’un plus-que-génie, un inventeur comme Brian Eno, est sur le point de donner le jour à un album majeur.
Ou non.
Cet article n’évoque pas la possibilité d’un échec cuisant. D’un album insipide aux épérimentations pompeuses, un Coldplay/Music for Airports chiant comme la pluie sur Belfort. Mais cela peut arriver. Cependant cela aura tenté. Un album inaudible mais pas inutile. David Bowie se serait-il penché sur l’indus (Outside) s’il n’avait pas fait l’horrible rockalternatif de Tin Machine avant ? Nous verrons le résultat, et tu seras libre de me jeter la pierre si Prospekt est une plantade minable. Et si c’est le cas je serais heureux que Coldplay-le-mauvais sorte enfin au grand jour, pour qu’on arrête définitivement de croire en un Coldplay-le-beau…

Une dernière remarque quant à ta remarque sur les “parents qui kiffent”. Le rock est universel et ne demande pas d’âge spécifique. Je ne suis pas choqué de voir des vieux (sic !) dans les concerts d’Arctic Monkeys ou de Sonic Youth, car ils viennent y chercher ce qu’ils aimaient déjà à l’époque des Pixies ou des Stooges. Et puis un vieux qui aimait Nirvana m’a un jour fait découvrir Neil Young et approfondi ma connaissance des Doors. Il ne m’en a pas voulu de ne pas connaitre et ne m’a pas reproché de les écouter. Je ne lui en ai pas voulu d’écouter Kurt…

4 sylvain

3 novembre 2007 à 0:09

Ah, j’ai exploité ton “abus de langage” bien sûr… juste histoire de dérouler une réflexion complémentaire hein ;-)

Coldplay a raison de tenter un truc avec Eno, c’est juste que cela sonne calculé comme démarche et je voulais juste mettre en lumière que c’était un peu “calculé”, voilà, comme Placebo se disant “je vais aller voir Tikovoi pour jeune”, ce genre de démarchage de chirurgie plastique, on se demande s’il va en naître de la magie, on doute, mais pourquoi, je souhaite que ça marche bien sûr, tout est bon à prendre et je préfère tripper sur un Coldplay et dire qu’ils ont fait un bon truc que dire l’inverse. Wait & see, et s’ils se plantent cela leur sera peut être profitable plus tard, oui. Croisons les doigts pour un Coldplay-le-beau, comme ça je ne te jetterai pas de pierre en plus ;-)

Et vive “les parents qui kiffent” of course (car tu vois si on ne fait plus d’abus de langage ou de propos réducteurs comme cela de temps en temps comment le commentateur peut-il rebondir ?)

5 billy hp

3 novembre 2007 à 0:24

Une démarche calculée, ça y ressemble. Finalement, autant que mes abus de langages et tes “propos réducteurs” et autres “réflexions complémentaires”…
C’est fait pour faire bouger les choses avec la volonté que ça fasse réagir, et une part d’autenticité parce qu’on croit tout de même à nos propos et eux à leur musique.
Je ne prendrais pas ta pierre parce que tu ne me la lancera pas, et nous aurons tous deux (et quelques autres lecteurs que j’imagine silencieux) les oreilles braquées vers le prochain Coldplay…

6 sylvain

10 décembre 2007 à 15:14

Lu dans le Rockmag de l’été dernier : le leader d’Embrace qui est pote avec Chris Martin a déclaré àun journaliste du Daily Star que les nouveaux morceaux de Coldplay seraient effectivement “très expérimentaux”, “à couper le souffle”, “avec des bons gross riffs, mais des trucs plein d’âme et d’émotion aussi”. Donc “qu’elles que soient vos attentes sur leur musique, balancez-les par la fenêtre”. On ne sait pas s’il faut lui faire confiance mais voilà c’est dit. Et moi ma petite théorie fumeuse sur la question c’est en fait que ça se trouve dans ce nouvel album la séparation entre Chris et Gwyneth est plus importante que le boulot de Brian Eno. Car voilà ce qui est expérimental c’est que le petit Chris il croit peut-être plus (enfin, à son âge) au grand amour et à Dieu, etc. Du coup il envoie tout bouler, il prend des risques, il s’immole dans sa musique. Rhaaaaaaaaaaaa !!!

7 billy hp

10 décembre 2007 à 15:27

Bigre, tu es donc au courant des potins du chaud-biznèmsse ?
Quel journaliste de fond avons nous ici, lucky us !

Blagues à part, je pense bien sûr qu’une telle séparation (if any - car je ne savait pas) a dû jouer sur le moral du bonhomme et donc sur son écriture, mais comme le groupe se veut 100% Democratic avec unanimité obligatoire et tout pour trancher les questions, je doute que cela fasse tout.
Par conte la vie en studio avec le père Eno est une autre paire de manche et je ne serais aps étonné que cela ait penché dans la balance du son, des compos, et du moral du groupe tout entier. Les Talking Heads en ayant déjà fait les frais…

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