OK Coldplay ? 1

Il n’a fallu qu’une poignée de maxis et un premier album pour que Coldplay devienne un des groupes référents du nouveau millénaire. Subtile et léger à la fois, le quartet s’est attiré les faveurs d’un public sans cesse plus large malgré (ou grâce à ?) un léger glissement de registre. Analyse de ce cheminement.

A l’origine, un groupe moelleux qui puise ses influences dans le renouveau du rock alternatif anglais un peu tristounet mais tellement touchant qui alors prenait le pas sur la britpop. J’ai nommé Radiohead en tête de file, ses effets spatiaux et son piano droit, The Verve pour la touche ‘hoouu hoouu hoou yeeeah’, le mélange acoustique et électrique sur basse pop de Travis, etc… Une sauce douce et efficace non dénuée de profondeur car derrière cette pop se cache une chanson folk héritée de Tim Buckley ou Neil Young.

ParachutesAinsi Parachutes1 est bourré de chansonnettes faciles à chanter mais pas naïves pour un poil : la guitare qui égrène Spies a dans son tremolo des accents de R.E.M., et la guitare monocorde de Yellow pourrait être un Pixies ralenti par excès de chocolat. Fine et forte la musique de Coldplay.
A rajouter à cela, comme Radiohead, R.E.M. et les Pixies, Coldplay cultive une indépendance vis-à-vis des majors en co-produisant tous ses albums, votant toutes les décisions à l’unanimité et en gardant la main sur le choix des design et artworks. Pop dans le son, pas dans l’attitude.

RushLe second album, A Rush Of Blood To The Head, s’est écrit autour de In My Place, avec sa lourde cymbale crash et une guitare plus confiante qui appuie le style Coldplay. Une pop qui caresse dans le sens du poil mais pas sans avoir pleine conscience de tout ce qu’elle engendre. Une musique espace, matière, et idée. Contestataire sur Politik2, pressée sur Clocks3, et insinuante sur Daylight4, Coldplay cherche dans son patrimoine de nouvelles influences (notamment Beatlesiennes avec du Lennon sur The Scientist, et les accents de sitar Harrisonnienne de Daylight), quitte l’aise d’un grand studio, et s’enferme dans un petit pour les cracher dans l’urgence.

X&YLe troisième opus était attendu au tournant, d’autant plus que Chris Martin affirmait s’inspirer de plus en plus de du rappeur producteur Jay-Z et de Kraftwerk ! C’est pourtant vrai, les nappes astrales (Square One) qui enrobent les chansons de X&Y, une batterie plus machinale (Speed Of Sound) et une basse dance (White Shadows), le groupe fait un pas vers quelque chose de plus électronique. Dont acte dans le tube Talk qui reprend intégralement une mélodie de Kraftwerk5, rendant hommage aux premiers pas de la musique synthétique et à un certain progressif de la fin des 70s avec ses voix chorales éthérées à la Kate Bush (les montées de Chris de Fix You).

Dix huit mois passés dans huit différents studios ont parlé : X&Y fait un succès émérite, vendant plus d’albums à sa sortie que le dernier U2…

[La suite est par là]


  1. Sorti en 2000 chez Parlophone, le label de Duran Duran, Blur, Supergrass et Radiohead. [retour]
  2. Dont la monotonie brutale piano/batterie/guitare rappelle fortement Sing de Blur. [retour]
  3. Dont la guitare delay, tel un U2 de stadium, vient sonar-iser le thème et rocker les refrains. [retour]
  4. Métronomique et pourtant hypnotisant, comme Echo & The Bunnymen à son époque. Coldplay allant jusqu’à revendiquer cette inspiration et inviter Ian McCulloch à produire l’album. [retour]
  5. Computerliebe sur l'album Computer World ou Computerwelt de 1981. [retour]
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1 buckshotgwen

22 octobre 2007 à 17:09

Marrant cet article à contre courant de la pensée pop actuelle qui voudrait que Coldplay soit seulement un groupe de chouineurs sponsorisés par Greenpeace. Je te renvoie d’ailleurs à l’analyse hilarante de Chuck Klosterman sur le sujet dans son dernier livre : Sexe, Drogues et Pop Corn (http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/%5Bblogid%5D/sexe-drogues-et-pop-corn-ou-le-nouveau-nouveau-testament-mais-en-mieux).
Toutefois, même si toutes ce critiques m’ont poussé à me repasser en boucle tout le catalogue de Coldplay depuis depuis deux semaines, je ne peux m’empêcher de penser que la spatialisation du son est inversement proportionnelle à l’émotion qui se dégage de leur chansons. Autant Parachutes avait ce petit côté “musique de chambre sur le fil du rasoir”, autant “X & Y” verse parfois dans le syndrome de la coquille vide selon moi (Talk)… Tout ça pour dire que “A Rush Of Blood To The Head” est leur chef d’oeuvre, là où l’équilibre demeure parfait !

2 buckshotgwen

22 octobre 2007 à 17:10

Désolé le lien ne passe pas… sur google, il s’agit de la page de “bibliobs” :-)

3 Billy HP

23 octobre 2007 à 18:15

Ma foi je n’ai jamais considéré Coldplay comme un petit groupe de pop bien gentillet qui jouait là où on lui disait (et ce qu’on lui disait).
C’est un groupe sincère (plus que bon nombre d’autres) et qui est plus rock à mes yeux qu’Oasis. Le premier est franc honnête et créatif là où le second remâche le même refrain (déjà craché par Lennon) en se la jouant rockeur (prise de coke et attitude exaspérante).
Ils ne sont pas de ceux qui s’affadissent avec le temps et tentent des choses, même si ces choses ne cherchent pas à révolutionner le monde de la musique ou à secouer ses fans dans tous les sens.
Ainsi on ne les imagine pas se dire “tiens, et si on faisait du reggae pour voir ?” ni essayer de rattraper la mode nu-rave en foutant un clavier kitch-criard par dessus.

Coldplay fait de la pop, du pop rock, l’assume et le réussit bien. Ce qui ne les empêche pas de vouloir se dépasser.

4 Billy HP

23 octobre 2007 à 18:17

En fait à te relire je me suis demandé si ce commentaire répondait à cet article ou bien à sa suite… ? Je guette ta prochaine remarque pour creuser l’affaire à l’aide de ta lumière buck.

5 buckshotgwen

25 octobre 2007 à 19:15

Tenant les deux premiers albums d’Oasis en très haute estime, je ne vais pas m’embarquer dans un débat sans fin pour savoir qui des Galagher ou de Coldplay est le plus rock (rock’n roll star VS. speed of sound). C’es sûr qu’à mettre les gens dans des cases on finit par perdre de vue l’attitude et l’impact, mais j’avoue que deux frangins qui engrossent des stars déchues (Patsy Kensit, les All Saints) ça me paraît plus “dans l’esprit” qu’une romance hollywoodienne fruitée (”Apple” pour ceux qui suivent). Reste donc la musique… Coldplay en écrit des fameuses, souvent ! Oasis moins, encore plus souvent !

De là à parler de dépassement… mouais. Ils ont justement le mérite de rester dans leur cadre, celui de la pop - ah mince, on avait dit pas de polémique - dans tout ce qu’elle peut avoir de plus ambitieux et touchant. A ce sujet, je n’ai jamais bien compris la comparaison avec Radiohead si ce n’est la tessiture de voix des chanteurs. On a les ambitions qu’on peut et Chris Martin fait de la bonne pop. C’est déjà pas si mal.

Cela étant dit, je t’avoue que ta réponse m’a bien fait rire car en écrivant le premier commentaire, je me suis dit qu’il irait beaucoup mieux sur la suite de l’article. Il était alors trop tard pour faire machine arrière. rendez-vous là-bas donc.

6 billy hp

26 octobre 2007 à 7:53

Rien à redire, monsieur Gwen. Je respecte toute opinion. Encore plus lorsqu’elle est bien dites.
Coldplay est pop. Plus qu’Oasis, dans le son c’est un fait.

Et considérant moi même que Morning Glory vaut bien dix albums des Beatles (n’en jetez plus, j’ai déjà largement payé cette préférence) et que Definitely Maybe laisse une meilleure claque au visage que les deux premiers Stones (mais aïe vous dis-je !), je ne pèse que plus douloureusement mes mots lorsque je me vois contraint de trouver les deux frangins aussi caricaturaux qu’une minute de ‘This Is Spinal Tap’ qui suivrait un documentaire sur Iron Maiden…

Reste que Coldplay, qui m’avait fait sourire à la première écoute de Yellow m’a pris en traître en me collant des frissons à la première écoute de Parachute. Depuis, je reste constamment sujet à cette alternance “déception-pop” et “frissons-bluffé” et considère Colplay avec plus d’humilité.
Et c’est peut être là la comparaison avec Radiohead qui tu cherches à saisir : cette émotion qui passe à travers la musique malgré (?) tout ce déploiement musical. Electro-expérimentalo-rock pour l’un. Tout simplement pop pour l’autre.

7 sylvain

1 novembre 2007 à 13:12

Ah au delà de toutes ces considérations Coldplay / Oasis, Coldplay / Radiohead, ce que je retiens de votre échange c’est ces propos de Gwen : “je ne peux m’empêcher de penser que la spatialisation du son est inversement proportionnelle à l’émotion qui se dégage de leur chansons. Autant Parachutes avait ce petit côté “musique de chambre sur le fil du rasoir”, autant “X & Y” verse parfois dans le syndrome de la coquille vide selon moi”. J’avoue que je suis d’accord. Pour moi l’évolution du groupe est là : dans cette surspatialisation du son, cette enrobage, ce mielleux, cette crême qui effectivement transforme un simple et honnête groupe de pop assez folk dans l’émotion en un groupe de stade où l’émotion se doit d’être king size, universaliste et donc n’est plus, plus vraiment. Parce que lorsqu’on se fait progressivement happer par X&Y on a vraiment l’impression que c’est à notre corps défendant, grâce aux incitations sucrées et enveloppantes d’un travail de production qui est là pour draguer à mort, pour parler au subconscient comme l’environnement magique d’une grande surface bien achalandée… Est-ce que je m’égare ?

8 billy hp

2 novembre 2007 à 14:49

T’égarer probablement pas, mais mélanger deux tendances (déviances ?) en une, peut être. Laisse moi te citer deux (contre)exemples à cette spatialisation dénuée d’émotion : Spiritualized et My Bloody Valentine.
Deux groupes qui battaillent en tout sens (peut être un peu trop) pour avoir un son, un mur de son, qui devient un objectif en soi et non plus un ’simple’ vecteur pour une chanson. Ce n’en est pas moins intéressant et la tentation de pousser ce phénomène, cette recherche, jusqu’en live quitte à donner un côté son et lumière au lieu d’un concert de rock ne me semble pas une erreur. Archive joue aussi ce jeu et le réussit plutôt bien.
Par contre je suis d’accord, Coldplay me semblait plus touchant en fredonnant We Never Change que Talk, mais peut-on encore faire de la guitare acoustique intimiste devant 5000 personnes ? Peut être. Radiohead choisit de plus petites salles pour pouvoir “tenter” un peu d’intime ; Coldplay accepte les stades et avance son son vers du wall of sound… Je n’y vois pas (personnellement) pas une volonté de draguer en cherchant le mainstream (sinon pourquoi reprendre Kraftwerk ?).
Qu’un groupe ait envie de développer quelquechose et que ce quelquechose soit populaire à un moment est un heureux concours de circonstances (Amélie Poulain pour le cinéma représente assez cette tendance). Il ne faut pas le confondre avec la volonté d’être populaire quitte à modifier son son (ce que fait U2 à mes yeux). Et vouloir absolument rester underground est au dogme au moins aussi vain s’il ne sert pas une cause directement (comme le faiut l’indus).
Qu’en dis tu ?

9 sylvain

3 novembre 2007 à 0:35

Ah, est ce que chez My Bloody Valentine le mur du son est vecteur d’émotion ou émotion en soi, c’est dur à déterminer !!! (je ne parle pas de Spiritualized : j’ai peu écouté et ce que j’ai écouté m’a peu plu) J’aurais tendance à dire que c’est les deux à la fois, indissociables, signifiant signifié et c’est pour ça que c’est un truc de malade ! D’ailleurs Kevin Shields a grillé quelques neurones dans cette quête. Il s’est jeté là-dedans à corps perdu. Chez Coldplay c’est pas pareil : c’est un travail de l’ordre de la coquetterie le mur du son, un truc en option comme lorsqu’on achète une voiture avec ou sans ABS, ou qu’on commande un plat, avec ou sans crême fraîche. Y’a la chanson d’un côté et son habillement de l’autre. Ce n’est pas un tout. Et justement ce travail de production c’est aussi la cuillere de miel (de vaseline, hum) pour propulser le truc à l’échelle d’un stade (et qu’importe dans ce cas l’hameçon Kraftwerkien ou pas, qu’importe aussi le débat mainstream/underground que je trouve moi aussi stérile car j’aime bien bouffer à tous les râteliers). C’est juste que la démarche n’est pas la même qu’avec My Bloody Valentine. Et justement moi je pense que (plus ou moins consciemment et ça veut pas dire que ce soit mal de faire ça) Coldplay fait ça pour être populaire, pour être aimé, pour “embrasser” la plus large audience possible. Et why not hein ! Mais cela ne se joue pas seulement au niveau du mur du son. Ca me fait penser à ce que disait récemment dans Chronicart le mec des Fiery Furnaces. Je cite : “nous pensons que certains groupes, comme Coldplay par exemple, écrivent, scientifiquement, des paroles pour être compris par les non anglophones. Peut-être que c’est juste moi qui suis condescendant, parce que je n’arrive pas à concevoir que des paroles puissent être aussi mauvaises. Ce qui est sûr, c’est que leurs chansons peuvent être vite ingurgitées par une grande partie de la planète, y compris celle qui ne parle pas vraiment l’anglais.” Il dit ça bizarrement mais je comprends ce qu’il veut dire. La nana enchane, de manière plus compréhensible : “U2 fait pareil, écrire des choses spirituelles avec des mots très simples, comme des sermons, censés rendre les gens plus heureux.” Là le journaliste les relance : “Ce que veut Coldplay c’est parler au plus grand nombre.” Le mec reprend : “Je ne juge pas leurs intentions, je me demande juste à quoi ils pensent. Est-ce qu’ils se disent : “Quand nous ferons ce concert en Malaisie, est-ce que les gens pourront chanter avec nous ?” Je trouve les propos des Fiery Furnaces très symptômatiques de ce qu’on était en train de dire sur le son de Coldplay, non ? D’ailleurs, Editors que je trouve très très Coldplay dans l’esprit (très U2 aussi, très Simple Minds aussi), je les ai questionné à ce propos et leurs réponses sont confondantes d’esquive et de naïveté. Si tu veux lire ça voici le lien

http://parlhot.over-blog.com/5-archive-8-2007.html

A+
(argh un commentaire si long ça use !)

10 billy hp

4 novembre 2007 à 11:23

Encore un bel échange dans ce combat, et les deux opposants commence à tomber l’un dans les bras de l’autre, de fatigue.
Tes propos sont bien ciblés et font mouches : Coldplay cultive un son et un univers accessible, populaire (paroles, chansons, sonorité…) ce qui peut ne pas être conscient et n’est de toute façon pas grave en soi. Le résultat est du coup un peu plus “doux”, mielleux, ou vaselinesque selon tes dires (une image qui n’est pas sans me rappeler le SuPod, version “fondement” de l’i-Pod que vous trouverez sur Dailymotion vous même) et ainsi il convient à certains et déçoit d’autres.
C’est acqui.
Maintenant je veux savoir si la collaboration avec Eno va ou non transcender cela, car son univers à lui est franchement miel (verveine même) mais très loin d’être populaire… Wait and See.

11 buckshotgwen

6 novembre 2007 à 17:38

Désolé de revenir à la charge sur ce post, encore une fois, mais l’arrivée impromptue de MBV et Spiritualized dans le débat m’ont un peu dérouté. Ces deux groupes (mythiques, mystiques, mirrifiques, fan ?) ont toujours selon moi échappé à toutes les comparaisons.

Qu’on aime ou non leurs disques, ces deux groupes ont toujours cultivé une musique profondément anti-pop. Volontairement pour MBV avec un Kevin Shields bien décidé à refaire Phil Spector façon noisy ou involontairement avec Jason Spaceman taquinant dieu entre deux “fixes”. Pourtant, s’il y a bien une chose que ces deux groupes ne sont pas, c’est pop. Quant à la spatialisation, n’y a-t-il un glissement de sens de l’espace vers le “space” (pour dire trip) ?

Tout ça pour mettre de nouveau mon grain de sel dans ce débat passionnant…

12 sylvain

6 novembre 2007 à 19:40

Je suis d’accord avec ton grain de sel Gwen !

[…] m’être écharpé virtuellement (et gentiment) avec Billy HP et d’autres sur le cas Coldplay dans le cadre […]

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