Les femmes et les enfants du rock d’abord 2
Faire mieux que les mecs, c'était un leitmotiv… C'est devenu un chant guerrier !
Les filles, Doc Marten's au pied et Fender stratocaster en cartouchière, s'en vont faire sauter les derniers tabous, gueulant comme des mortiers et soutenues par de gros riffs.
Tout le mouvement punk/grunge du début des 90s des « Riot Grrrl »1 allait encore plus loin dans la revendication d'un féminisme rock hyperactif. Quatre psychopathes menstruées fondèrent le terrible L.72 et une asso pro avortement « Rock for Choice ».
Le féminisme. Un combat qu'on avait perdu de vue depuis les années hippies ré-initié dans les textes et démarches de Kim Gordon (Sonic Youth) et quelques artistes de la scène underground (Lydia Lunch) dès les 80s.
On a même touché du doigt le must de la fureur au féminin chez une certaine Skin. Que ceux qui ont vu Skunk Anansie en live sans bouger les pieds du sol me jettent le premier set de batterie sur la tête ! Et avec elle arrive la question que tout le monde se
demande depuis longtemps sans oser la poser de peur d'être grossier : les rockeuses, toutes des lesbiennes ?
Et ben non, trop simple encore une fois (vous devriez vraiment vous méfier des préjugés tout faits, vous savez) !
Skin reconnaît aimablement, Madonna en fait des caisses, Joan Jett est mouillée mais refuse de commenter, Patti Smith sortait avec un bisexuel et la récente scène électro ne s'est pas gênée pour nous parler en profondeur de la sueur qui coule entre le dos et les draps (la harpie bisexuelle electroclash, Peaches, en cheftaine de file). Mais cela s'arrête là. Miss Kittin n'est pas lesbienne (bien que ses fans en seraient contentes), et Björk non plus, même si elle smash les photographes comme d'autres les guitares sur des amplis.
Pourtant toute cette attitude, ce n'était pas le message de la mère Patti. Celle-là même s'était mariée (avec Fred Sonic Smith des MC5 quand même) en mettant pour un temps sa carrière de côté et dont l'œuvre déborde de bons sentiments. Si l'on regarde en arrière on découvre une toute autre frange. La Babel-Babe n'a jamais encouragé cette forme de sexisme renversée.
C'est du côté de Debbie Harry (Blondie) qu'on va retrouver l'idée originale : Les files aussi !
Blondie affichait un post punk fluet et vif et une demoiselle de bon goût (même si dopée jusqu'aux yeux) en robe et cheveux blonds Marilyn. Debbie ne passait pas devant le groupe mais se mettait à son niveau. Kate Bush, en pleine ère punk, dépose un piano devant la porte des garçons et ensorcelle de sa voix revenue du paradis du rock progressif. Les pros applaudissent et les filles se retrouvent un peu ; on est plus obligé d'être un torchon imbibé pour faire du rock. Patti mettait pantalon et bretelles pour rappeler qu'une fille pouvait faire la même chose qu'un p'tit gars et aussi bien, pas pour casser ce qu'elle était : une femme.
Et cela ne signifie pas (jamais !) qu'une fille perd sa féminité en
rockant, ni qu'elles doivent tout jouer sur le physique… trop facile ça, n'est-ce pas miss Gwen Stefani ? La miss de No Doubt savait se maquiller aussi bien que sauter et hurler on stage, mais elle a fini par céder à la tentation pop en mettant ses seins devant sa voix sur ses albums (R'n'Biesque) solos.
Et la génération 90 avait failli rater ce crédo pourtant simple.
Pour ne citer que deux sauveuses : Tori Amos ressortait des piano et des voix transcendantes dès 91 alors que Polly Jean Harvey enregistrait sur son quatre pistes des morsures de rock rauque à faire trembler les chairs. Les deux chantent les histoires de femmes, racontent l'éducation religieuse et la méfiance enseignée des garçons, la pression des soutiens-gorge et la douloureuse attente du retour de son homme et affirment vouloir devenir de bonnes mères. La première jouera aussi avec Cannibal Corpse3 et la seconde avec Thom York de Radiohead… Si c'est pas rock ça, qu'est ce que c'est ?
Du coup, s'il faut bien reconnaître que le rock c'est à 80% des poilus qui cassent des cordes, on a trop tendance à négliger que les filles ont su être là où il fallait pour remonter le niveau quand il commençait à tomber dans le déjà-vu. A bas les chiffres, on doit toujours se rappeler que celles qui ont tenté de faire aussi bien ont excellé à l'exercice, et que des voix comme celle d'Amy Lee (Evanescence) l'emporteront toujours sur des Bruce Dickinson (Iron Maiden)
Et même si ce sera toujours plus fort d'être provoc quand on est une femme qui se rase la tête ou qui écrase sa pédale de distorsion, celles qui font la même chose en jupe et cheveux longs, le sourire de gamine aux coins des lèvres carmines, auront définitivement quelque chose de plus.
