Le Rock a-t-il un sexe ? 1

Et si oui, alors quels sont ses moeurs ?

L'été est propice à ce genre de réflexion. La question peut semble relever de la masturbation intellectuelle, mais regardons d'un peu plus je vous prie. Si je vous rappelle que les premiers rockeurs portaient des jeans moulants, un T-shirt blanc 100% coton et une veste de cuir, que les mods étaient très concernés par leur apparence vestimentaire, que les punks affectionnaient la compagnie d'une chaîne de moto, et que les métaleux old-school ont toujours aimé les clous et les rivets, le port de la moustache et les fuseaux moulants en latex, vous voyez où je veux en venir ?

Bon alors, bien évidement vous vous dites : "Le Rock, c'est un truc de mec (et de vrai mec !) qui chantent pour épater des gonzesses et les traîner dans leur lit de motel à la fin du concert…"
Pas faux. Un point pour vous. Papa Elvis a reconnu publiquement que c'était encore ce qu'il avait trouvé de mieux pour en arriver là. Mais -car il y a un mais- en est-il de même pour tous les Freddy Mercury, Brian Molko, et autres David Bowie ?

Remercions avant toute chose l'excellent billet de Coco-du-bois-joli (dont je vous recommande la lecture sur pederama.net) qui a ouvert pour nous les livres d'Histoire en prenant soin toutefois de ne pas se cailler le vernis à ongles. Penchons-nous plus avant.

Les suscités sont des cas flagrants :
David Bowie, qui posait en robe à l'époque de The Man Who Sold The World et jouait les androgynes sur scène pendant sa période Ziggy Stardust, avait reconnu dans Playboy1 sa bisexualité, de même qu'il avait connu sa première épouse parce qu'ils "couchaient tous deux avec le même mec".The Man Who Sold the World
Brian Molko, lui, a dans un premier temps fondé l'image de son groupe, Placebo, sur cette provocation sexuelle : lui est bi, le bassiste-guitariste de talent Stefan Olsdal est gay, et le troisième larron derrière sa batterie est bien évidemment "straight".

Ces deux premiers cas évoquent donc la bisexualité sous un angle mi-provoc' mi-hédoniste. On dit récréatif. Nombreux sont ceux qui ont suivi cette voie : Lou Reed et son ami travelo, Madonna et ses frasques saphiques, Iggy Pop et j'en passe.

De nos jours très à la mode dans les milieux branchouilles2, être bi c'est être in. Mais à l'époque du glam, c'était tout de même plus proche d'un état d'esprit open-minded tolérance hippy que de débauches épicuriennes et trendy.3 Pete Townshend4 en est un bon exemple : suite aux rumeurs qui couraient il a reconnu au magazine Rolling Stones avoir eu des expériences "avec des partenaires du même sexe"5 tout en affirmant avoir toujours été et rester hétérosexuel.
Alors, si tout est si évident, pourquoi avoir mis vingt cinq ans à le reconnaître ?

Un milieu macho et débridé mais éhonté, serait-ce là le lot de nos rockstars ? Faut-il considérer que tous ces rebelles sont autant de gays refoulés ? Non ce serait trop simple.

Le cas Freddie Mercury vient troubler le jeu : le leader de Queen ne reconnaîtra jamais son homosexualité (même après avoir avoué être atteint du SIDA !). Pourtant tout est là.
Si Bowie avait fait avancer la cause gay en rendant "populaire" un tel concept, c'est Mercury qui a défini plus que quiconque le look gay classique : moustache de forçat, pantalon moulant, cheveux courts, fourrures et idées longues… Un cliché qu'endosseront (plus ou moins) facilement après lui Rob Halford dans la catégorie métal, Bob Mould d'Hüsker Dü pour les punks hardcore et Boy Georges dans la catégorie pop.

Alors si les bi du rock assument le côté plaisir, pourquoi les gay se cache-t-ils ?Elton John early

Elton John, co-initiateur du mouvement glam si propice aux paillettes et à l'androgynie, et maître de l'excentricité vestimentaire (mention spéciale perruque et lunettes) l'avait bien vite reconnu lui. Alors quid ? Et pourquoi a-t-il lui aussi cédé à la tentation d'épouser6 une femme?

Que faut-il y comprendre, nom d'une pipe ?


  1. En 1976 [retour]
  2. La presse hype de Technikart à Nova en passant même par Libération ne cesse de vous en parler [retour]
  3. Je n'ai a priori rien contre la bisexualité, je réprouve seulement l'abus de pub qu'il en est fait, et le côté vain de l'absolutisme des "Naaan ? tu n'as pas encore essayé ?". La sexualité peut être un jeu mais pas réduit à une simple mode à mes yeux. Fin du débat - ce site n'étant pas l'endroit pour évoquer ce point. [retour]
  4. Guitariste chanteur de The Who. [retour]
  5. Il y a quand même plus simple pour dire gay ou homo, non ? Ceci étant un assez bon symbole de la réticence du grand rock à reconnaitre son curieux rapport avec la sexualité… [retour]
  6. Renate Blauel en 1984, pour finalement divorcer quatre ans plus tard [retour]
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