Le Fait de la Musique…
Souvent cité comme un des grands évènements de la vie culturel, la célébrissime Fête de la Musique est devenue quelque peu… différente ces dernières années.
Retour sur les faits.
A l'origine créée par l'arrivée des socialistes au pouvoir (1982 en fait) comme célébration populaire de la musique par et pour le grand public, la fête en question offrait à chacun le droit de s'exposer gratuitement pour le plaisir des artistes autant que celui du public. Les "professionnels de la profession" étant alors encouragés à faire de même en se produisant à l'oeil. Ce qui était l'occasion pour les écoles de présenter les progrès de leurs élèves et chorales devint la date idéale pour tous les groupes de rock amateurs pour sortir les amplis en plein air et tenter les fameuses reprises de Boys Don't Cry, Gloria ou With Or Without You.
Et puis le ton se durcit avec l'arrivée des labels indépendants, et voilà que tout plein de groupes s'exposent toutes guitares dehors jusqu'à des heures indues, reprenant Nirvana et/ou Oasis entre quelques morceaux perso, à deux pas de MCs qui s'égosillent à soutenir leur DJ, trop content de ne pas être réduit ce soir à simplement passer des disques dans un bar quelconque.
Vingt cinq ans plus tard, l'esprit amateur qui hantait les rues de ce premier jour d'été a disparu. Toutes les scènes sont réglementées, inscrites auprès de la mairie à l'avance, programmées, électricité comptabilisée et coupée à heure précise. On stocke les groupes par "scène" (comprenez une plateforme aimablement installée par les services municipaux là où on se contentaient avant de se brancher devant un magasin de chaussures ou un salon de coiffure) à raison d'un par demi heure +10% de temps pour les changements de matos, on les réunit par tendance (métal et rock dans le même sac, permettant ainsi de noyer un groupe de blues-rock dans un torrent de ska-festif dispensé à une poignée de mètres de là, dans la même rue !) et laisse le public suivre des itinéraires conseillés.
Ajoutez à cela les vendeurs de saucisses/kebabs/frites et les innombrables canettes de
bières/bouteilles de vin trimballées par les badauds et le tableau se noirci comme la pavé des rues que foulent les masses, au pas et pressés les uns derrières les autres.
Que s'est-il passé ?
Que sont devenus les petits groupes de soul qui jouaient -mal mais avec conviction- Hit The Road, Jack et Freedom ? Où sont les jeunes ados trop contents de jouer devant leurs copains les reprises de ceux là même qui remplissent leur iPod : White Stripes, Artic Monkeys et Razorlight ? Pourquoi tous ces semi-pro avec lightshow de projos, costume de scène préparé avec soins pendant les soldes et répertoire 100% compo ? Pourquoi sommes nous envahis de militants de musiques traditionnelles du Berry ou de l'Ouganda et pas par des néo-folkeux, guitare acoustique sous le bras et chants protestataires anti-majorité-présidentielle à la bouche ?
C'est notre faute.
Nous avons arrêté d'acheter les CDs des autoproduits et des labels parce qu'ils ne permettaient pas le téléchargement alors que Napster si. Parce que nous écoutons du Myspace et pas du live. Ou parce que nous n'allons plus en concert voir des groupes débutants, nous restons chez nous devant la Nouvelle Star ou prenons des billets des mois à l'avance pour un artiste hors de prix dans un stade ou un zénith.
Les salles, parlons-en. Il y a longtemps que voir un groupe jouer dans un café est digne d'un apparition de la Vierge ; les bars payent désormais (et pas assez) des DJs pour jouer les succès des autres et (éventuellement) faire leur propre show de mix si vraiment l'ambiance cosy-lounge le permet. Motif ? Trop de bruit bien sûr. Les citadins veulent dormir tranquilles en rentrant de leurs huit heures +sup d'abrutissement, et qui pourrait leur en vouloir ? Le soucis c'est que les salles de concerts qui accueillaient les groupes locaux en première partie d'artistes français incapables de remplir des zéniths ont été contraintes de fermer pour tapage nocturne, laissant les artistes à Paris et la ville aux boites de nuit (qui ne ferment pas, elles).
Seule bonne nouvelle, pour compenser, les régions bataillent pour monter leur propre festival (de plus en plus chaque année) avec artistes étrangers et nationaux et un peu de locaux en saupoudrage. Le problème ? Cher à monter, ils exigent de gros bénéfs pour tenir, et on y retrouvent toujours un peu les mêmes : ceux qui ont vraiment besoin de com' tels que les vieux de la vieille, les révélations de l'année des Victoires de la Musique qui profitent de leur prix pour récolter l'argent si difficilement semé, et les indéboulonnables Stars Académiciennes télévisuelles.
Dur dur dans tout ça de trouver le futur groupe rock innovateur, celui qui va montrer la voie aux cent cinquante autres pour les cinq ans à venir, celui qui va révolutionner l'utilisation de la guitare ou remettre le mélodica au goût du jour, celui qui va donner un coup de vieux à Radiohead ou dépoussiérer les Pink Floyd…
La Fête de la Musique a vingt-cinq ans. A cet âge là, elle devrait être plus énergique que jamais et vouloir changer le monde alors qu'elle ne se contente que de décrocher son diplôme sans mention et de trouver un petit stage non rémunéré. Rock is dead.



1 Puck
25 juin 2007 à 20:10Rock might be dead, but Puck’s not dead
Voilà pour la formule d’intro…
Je profite de ce billet sur la sclérose de la Teuf de la Zikmu (je parle Djeunzzz) pour évoquer quelques éléments qui étaient pour moi la fête de la musique à Cahors, charmante bourgade du Lot. Ma première fête de la musique je l’ai faite à 7 ans, j’avais un an de clavecin et je me suis collé sur un perron avec ma mère et mon orgue à pile pour jouer les deux seuls morceaux que je connaissais par coeur…
Plus tard j’ai les cheveux longs et je suis fans des Beatles et de l’esprit de la fête de la musique, alors pendant 10 ans avec des copains chevelus aussi on va monter une sono et proposer aux gens de jouer faux, de jouer fort mais de jouer avec nous… Et ça marche, toujours sans autorisation, juste pour le plaisir…
Aujourd’hui je vis à Paris et j’ai pu voir que quelques poches de résistance de l’esprit de la fête de la musique… Place Vendôme, plusieurs groupes vocaux profitaient de l’accoustique et de l’abri de la pluie pour faire un petit récital de fin d’année. Pas de sono, pas de cachet… Juste des gens qui montraient leur travail… Du bonheur…
Mais pour réssuciter cette fête et si on se posait place du Cap, place de la Com, place des Quinconces, place de la Tête d’Or, place Miterrand ou dans les rues avoisinantes… Avec juste une guitare, un tambourin ou un orgue botempi… ou même rien, et on chante, on joue, on danse…
Cette fête c’est une bonne idée, il faut la faire vivre…
Je suis presque revendicatif et je remercie encore toute l’équipe du site, Billy en tête, pour me permettre de lancer ce cri…
Musiciens (ou pas) de tous les pays unissez vous…
Puck’s not dead but still drunked…
2 billy hp
26 juin 2007 à 10:04Cela fait plaisir de lire ça. Cela fait chaud au coeur.
C’est tellement douloureux de voir que tant de gens croient désormais que la musique ne se pratique que sur 2 platines à galettes ou après des semaines de travail (même pas acharné) dans un château parisien conjugué avec la danse, le look, et les histoires d’amour mollassones…
L’esprit rock c’est jouer parce qu’on le sent et qu’on aime ça ; pas parce qu’on est enfin ultra doué (marketté ?) pour cela. Pour rappel Phil Collins (excellent chanteur) fut batteur les 2/3 de sa vie avant de faire une carrière au micro, les Ramones ont révolutionné un certain rock en ne connaissant qu’une seule position d’accord de gratte…
Jouer, faites vous plaisir, faites nous rêver/rire/danser/bouger électriquement/pleurer/sentir qu’on est vivant. Ne vous occupez pas du reste. Surtout ce jour là.
Vous tous, rendez vous l’an prochain… Ou pourquoi pas demain ?
3 Phae
26 juin 2007 à 11:26Ahahahahah
je me suis meme fait jeter d’une scene neo metalleuse kyoesque ( quoi ?! oui ma choré etait pourrie !! vive kyo ) parce que je ” genait “…
Trop rock n roll les mecs…
4 Jc
27 juin 2007 à 22:11Mon dieu, la fête de la musique.
Il me semble que l’apogée en esprit et en intérêt c’était dans les années 90-95.
La dernière à laquelle j’ai assisté c’est il y a 3 ou 4 ans. Annecy était bondé de badauds bouffants et collants de sueur à l’image du goudron surchauffé.
Depuis, mais peut être aussi depuis toujours, je préfère la musique dans un fauteuil.
Et après tout pourquoi n’aurions nous pas ce que l’on mérite ! Faute de politique de création artistique populaire, faute de ne plus accepter le prix des choses, faute de laisser subsister un régime d’assurance chômage inique et indigne, on n’a plus que le prix de consolation : une création cotée au CAC40.
5 celine
10 juillet 2007 à 12:02Que dire de plus après tout cela… Je suis entièrement d’accord, il n’y a plus de petit groupe mais que des scène énorme où il faut être inscrit et un minimum de reconnaissance…
Et pourtant, cette année je suis allée à la rue de l’Université (Montpellier) et bien j’ai été surprise car il y avait que des petits groupes de trois pas plus et c’était vraiment bien!! J’ai passé ma soirée à cet endroit et à la place Albert 1er où il y avait également un groupe trop bien (La Bronca) mais cette fois ci sur une grande scène, en effet ce groupe est pas mal connu…
Il est dommage et regrettable de ne pas pouvoir s’exprimer quelque soit notre niveau et notre reconnaissance…
Je pense malheureusement que cela ne va aller qu’en empirant (vu que maintenant nous sommes à la clubber génération!)…