Le Développement Durable existe-t-il en matière de rock ?
Encore une question débile, mais bien ancrée dans l'actualité.
Non je ne parlerais pas des cds rechapés ou de guitare en bois aggloméré mais du rock lui même. Une musique dont le développement répondrait aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.
Alors, vous y croyez vous à l'évolution du rock ?
Quand le rock s'est créé, Elvis jurait ses grands dieux qu'il ne pensait pas que ça durerait longtemps, mais il affirmait que ce qui le remplacerait serait un "gros truc". Depuis, la guitare électrique est devenu la base du rock, on a inventé le synthétiseur et le Compact Disc… L'avènement du rap et de l'electro ont bousculé les codes, le punk les a détruit, et l'indus en crée constamment de nouveau.
Pourtant on retrouve tout le temps quatre accords en boucle, et le reggae lui n'a que les trois même accords dans sa palette… On relance les modes en rajoutant un peu de saxo ou de synthé dès que tout le monde a digéré son rejet hystérique de ces instruments. Les plus fins ressortent même une
guitare acoustique de l'étui pour nous refaire Dylan quand tout le monde ne jure que par la pédale de disto. Alors il est où le développement ?
Internet a accéléré tout le système, comme un moteur de Dodge qui serait branché sur un pacemaker.1 Les courants se font et se défont avant même que les majors aient le temps de suivre. Le bouche à oreilles fourni le buzz suffisant pour faire vivre (ou du moins jouer) toute une scène avant qu'on se rende compte qu'elle existe. Et bien sûr, les modes reviennent, repartent, et re-reviennent (comme le come back 80s qu'on se tape aujourd'hui)
Donc, point de vue "besoins" on a régulièrement ce qu'on veut, et même le reste…
La grande question du développement durable serait alors : puisqu'on peut désormais faire et refaire ce qu'on veut, comment ne pas a priori défaire ce dont nos futurs générations auront besoin ?
Que préserver ? Quand est-ce qu'on dépasse les limites ? Est ce que rejouer du garage-rock aujourd'hui c'est être à la traîne des White Stripes ou bien être le prochain maillon en avance sur la chaîne d'évolution du punk-rock ?
Allez savoir. En attendant, quand U2 refait exactement ce qu'ils faisaient il y a 20 ans, comme s'ils n'avaient jamais évolué d'un poil, il me reste un goût fade dans la bouche. Comme quand on boit un le cola de chez Ikea alors qu'on voulait un vrai Coca…
Du coup, je conclurais comme cela : le rock peut tout se permettre. D'un côté il fait avancer les choses, de l'autre il devient pop. Et entre les deux, pour peu qu'il reste sincère avec lui-même, il reste avant tout du Rock.
- C'est comme cela que se sont fait connaître Artic Monkeys, Arcade Fire et tant d'autres désormais, et Myspace crée des scènes là où ne voyait qu'un groupe seul. [retour]



1 Puck
1 mai 2007 à 8:45Avec cet article m’est venu deux questions, (donc c’est un bon article puisqu’il m’interroge et m’interpelle…), la première question est celle des étiquettes, de ces mots qu’on colle sur une musique pour la ranger dans une case et pour pouvoir la comprendre sans avoir trop peur de tout ce que ça représente… J’ai jamais compris ce besoin, même si j’use et j’abuse de ce système (j’ai jamais dit que j’étais logique…)
L’autre question que m’a posé cet article c’est celle de la nouveauté, à toutes les époques, on a pensé avoir tout vu, tout découvert, que rien de nouveau n’aller arriver… Et puis on prend une grosse baffe par un visionnaire qui voit les choses comme un barjot… C’est vrai en musique, c’est aussi vrai en sciences, en littérature, au cinéma, en cuisine, en sport… bref dans tous les domaines de l’activité humaine. Le Rock est vivant, il ne peut mourir car il porte en lui les germes de la contestation et donc ceux même de sa propre survie… (Je sais ça ne veut pas dire grand chose, mais j’ai trouvé que ça faisait classe…)
Pour conclure merci pour cet article intelligent et bien construit…
Puck’s not dead… (or not…)
2 Brandon
3 mai 2007 à 9:47Tout cela est fondé et je retrouve ici cet antagonisme entre “Avant-garde” et “Classicisme”…
En matière de Rock, si l’on adule les pionniers, les découvreurs de nouveaux sons et de nouveaux styles, on aime cependant, et tout autant, le Rock classique : bien riffé, avec des couplets balancés par la basse, un pont à coups de caisse claire, un chorus sur une gamme blues qui torture la lead guitare, et un texte rebel et anti-conformiste qui fait un peu sourire le chanteur sur le devant de la scène… je pense qu’on écoutera encore AC/DC dans vingt ans.
Et pour répondre à votre question : “Que préserver ?”. Hum, je crois qu’aucun dogmatisme ne peut contraindre l’art, encore moins la musique et jamais le Rock, à conserver une quelconque forme. Il y a des archétypes du Rock hérités du blues et de la country qui ont survécus jusqu’à aujourd’hui. Quand on pense que ceux-là tirent leurs origines de la musique populaire d’Europe centrale, d’Irlande, d’Afrique noire… on peut légitimement penser que tous ces “archaïsmes” survivront sous une forme ou une autre dans les prochains avatars du Rock.
Ils survivront, malgré nous, malgré les critiques, malgré les maisons de disque…
Sur la controverse (pas nouvelle) entre « Avant-garde » et « Classicisme » : http://en.wikipedia.org/wiki/Gluck#Operatic_reforms
3 buckshotgwen
24 août 2007 à 16:58Très bon article… avec un point de départ qui me rappelle que je dois malheureusement me cogner un article sur le développement durable justement, pour mon travail !
La question du développement durable appliquée à la chose rock pose celle de la pérénité (voire la préservation) de ses formes originelles. Et là j’avoue que si l’enveloppe a changé régulièrement au fil des décennies, force est de constater que le retour du garage, des guitares ou d’un esprit “pop” montre les limites de cette évolution. Alors soit c’est le principe même qui est immuable (le fameux nombre d’accords limités), soit le côté séminal du rockabilly est indépassable (d’accord avec Brandon donc).
Le retour du garage tend également à prouver - comme le punk avant - que plus c’est simple plus ça fonctionne… D’ailleurs pour ce qui est du débat entre les avant-garde et les classiques, on peut se dire que tout ça est un peu vain. Il n’y a qu’à voir un groupe comme Suicide qui n’a jamais rien fait d’autre que de jouer du rockabilly avec des synthés tout en symbolisant l’underground et le rock en même temps. Je me demande d’ailleurs à cet instant si des groupes comme Sonic Youth ou Radiohead participent au développement durable du rock finalement ?
4 billy hp
28 août 2007 à 12:45Oh Monsieur Buckshot, comme vous soulevez plaisamment la nappe. Voilà une attitude que j’aime à lire ici !
Je reprend vos termes malgré les poils qui se dressent sur mon épine dorsale “Je me demande d’ailleurs à cet instant si des groupes comme Sonic Youth ou Radiohead participent au développement durable du rock finalement ?”.
Brrr!
Bon alors il n’y a nul doute pour moi que ces groupes (et bien autant Suicide) ont ajouter quelque chose à la musique et lui ont donné une direction nouvelle, pas toujours vers ce qu’on pourrait croire ni ce qu’ils auraient voulu.
Mais comme vous avez si promptement excité ma verve, je m’en vais vous coudre un billet sur le sujet.
Merci de me donner du grain à moudre, des cordes à casser, de la tôle à froisser. Je rentre mes dents et fonce prendre la plume…
A suivre donc.
5 Vincent
30 décembre 2007 à 18:21Les mecs vous avez tout faux, après “Nirvana”, les seuls rock stars valides qui ont fait une jonction symbolique, se sont les “Daft Punk”… l’avenir je vous laisse aisément le deviner.
6 billy hp
6 janvier 2008 à 20:09Après Nirvana probablement, encore que Radiohead me semble un maillon très fort. Avant, il y en a tant, des Velvet Underground aux Pixies en passant par les [Happy Mondays]. Daft Punk est indéniablement de ceux là, et je rajouterais Massive Attack, base du trip-hop et précurseur en nombreux domaine…
Pour ce qui est de l’avenir, que la flamme continue de brûler encore longtemps et ce sera déjà très bien !
7 buckshotgwen
8 janvier 2008 à 15:46Vincent,
N’y-a-il pas confusion entre “rock stars” et pionniers ou icones ? Je trouve assez drôle que ceux que tu cites comme seules stars valables depuis Nirvana soit les Daft. Ceux-ci ont toujours refusé justement la starisation avec leurs masques (les photos floues avant le jackpot) et revendiqé un concept plus qu’une personnalité propre. Un concept d’humains parmi les machines certes, mais pas deux humains incarnés (Thomas et Guy Manuel) derrière leurs samplers, à l’inverse des Chemical Brothers à la même époque.
De même, Nirvana est un groupe fondamental et bouleversant, mais ce n’étaient surement pas des rock stars. Il n’y a qu’à se regarder l’Unplugged ou tous leurs clips en boucle pour bien voir que Kurt rêvait de tout sauf d’être une star (l’éthique grunge rappelant ici celle du punk).
En écrivant tout ça, j’en finis par me demander s’il existe toujours des rock stars. Radiohead la joue trop “low profile”, Massive Attack n’existe plus, U2 est vieux, DJ Shadow n’a jamais dépassé l’underground, Doherty a du mal à faire suivre les chansons… Coldplay (on y revient Billy) ? Il y a soit la révolution musicale, soit la flmaboyance mais désormais rarement la juxtaposition des deux. A moins que les Strokes ou Franz Ferdinand… (Oui je sais ma mauvaise foi n’a aucune limite ;-))
8 billy hp
10 janvier 2008 à 0:41Bien vu Monsieur au nom de tireur de pipe à la foire !
Star et rockeur, c’est deux boulots différents.
Trop souvent d’ailleurs on mets les rockeurs connus et appréciés dans la boîte étiquetée ‘pop’ et ils deviennent des “popstars”. Les rockstars sont ceux qui sont restés (souvent volontairement) au ban du grand public, mais en cultivant volontiers une attitude si primesautière (comprenez destroy hein) que les médias ne peuvent guère passer outre leurs frasques alcoolo-drugo-violentes…
Donc rock = une musique et star = une médiatisation.
Ceci posé les stars sont faciles à trouver, les rockeurs c’est déjà plus difficile, mais les rockstars… Oui Pete D., Iggy P., des gens comme ça. Mark Lanegan ou Bobby Gillespie d’une certaine manière, mais en moins “Tabloid”…
Sinon bien sûr Coldplay, Strokes, et auters Franz F. mais ce côté ‘poli et propre’ est aussi désagréable aux fans de rock que le côté sex’n'drugs’n'RnR est insupportables aux non-rockeurs…
Pour la flamboyance, je n’ose même pas aborder le sujet. Il nous mènerait à des “Faut-il être mort d’une OD pour être un bon rockeur ?” ou “Un rockeur joue-t-il d’abord du flingue ou de la Gibson ?” et je n’y guère.