La production musicale : grosses guitares ou gros sous ? 3
Si tout marche bien, c'est à dire si le groupe plait et qu'il ne split pas, si le manager et le label ont bien fait leur boulot, ce qui fait déjà de nombreux si, alors on devrait rapidement voir arriver un homme de plus dans l'équation. L’équivalent de tout ce marché à l’échelon supérieur, en la personne du représentant d’une major.
Une major c’est un label comme un autre à ceci près qu’il prend des risques1 plus gros. On les appelle ainsi parce qu'à elles quatre2, ces maisons de disques se partagent environ 70% du marché mondial du disque, soit en signant directement certains artistes soit en contrôlant différents sous-labels.
Le risque pris consiste en un surplus de fric injecté dans la promotion, accès à la télé et diffusion massive3 sur les radios, plus de disques pressés pour un coût total inaccessible pour un label classique. En échange, la major rétribue le label original pour lui avoir cédé le groupe.
Résultat : des résultats plus importants à se partager et un gain de popularité notable pour le groupe. Les différents calculs4 tendent à prouver que le groupe n’a pas forcément gagné plus en changeant mais sa notoriété, elle, est drastiquement changée. Ah oui, les contraintes, elles, sont toujours là et bien souvent renforcées.
Alors pourquoi en veut on toujours aux majors si ce ne sont que des labels comme les autres et donc un acteur indispensable du marché de la musique ? Et bien justement parce que ce surplus d’argent créé ne se fait qu'au profit de quelques acteurs5 dans lesquels les musiciens ne sont pas vraiment.
Et pourtant, à la base de tout cela se trouve leur musique. Même en retirant la pub, l’image, la diffusion permanente, le merchandising, le son phénoménal du CD et de la post prod’, les douze violons qui les accompagnent sur scène et les séances de dédicaces, en enlevant tout cela on trouve une chanson. Qu’un type a écrite un jour sur sa guitare et qui a convaincu (avant tout) son groupe que cela valait le coup de la bosser un peu, puis un label, puis un producteur, puis un distributeur…
Alors le jour où la musique pourra rester la même sans qu’on rémunère tous ces acteurs là, ils joueront une toute autre comédie. Et quelque chose me dit que cela collera avec le jour où le gars à la guitare préfèrera donner sa musique plutôt que de la vendre, jour où il gagnera moins d’argent, mais plus que son producteur n'en perdra.
- Jamais artistiques, financiers uniquement, et encore pas beaucoup et le moins souvent possible. [retour]
- Du plus gros au plus léger, en terme de volume de vente : Universal Music Group, Sony-BMG, EMI Group et enfin Warner Music Group. [retour]
- Dites ‘heavy rotation’. [retour]
- Sur la base du même nombre de disques vendus. [retour]
- Essentiellement le circuit de distribution et celui de la production. [retour]
- 12 novembre 2007
- Articles
- Tags : industrie, label, manager, producteur




1 aristidekurt
13 novembre 2007 à 20:41J’ajouterais sans faire d’économie de coiffeur ou de bar la fameuse rente capitalistique des majors qui biaise le système depuis longtemps et qui condamne l’équité, la justice économique et artistique et qui engraisse quelques hyènes aux dents plus belles et plus blanches que le dentier de ma grand-mère!
A bon entendeur, vive la multiplicité de l’offre (artistique) et mort aux barons aristodiscographiques.
2 billy hp
14 novembre 2007 à 12:20Un propos qui ne laisse que le choix : guillotine ou bucher monsieur kurt ?
Tes hyènes me semblent très loup du chaperon rouge. “C’est pour mieux te manger.” disaient ils à Capitol.
Quant à la rente, elle me fait penser aux marchands du temple du gros livre…
3 aristidekurt
14 novembre 2007 à 22:49grand débat finalement, la musique pourra -t-elle un jour être réconcilié avec l’enfer du business ou ne pourra -t-elle jamais se rédempter? (est ce français se rédempter sieur HP?…). Au moins je me dit que les chefs de produits majorettisés ne pourront jamais ressentir l’âme rock avec un très grand A, l’odeur de pisse pourrie, les guitares metal qui vous hachent, les fonds de cave (de cale?) et les punkettes vulgos à souhaits?
Déjà les troubadours au moyen age étaient maudits, nos archanges rock aujourd’hui n’en sont toujours pas moins corbeaux de la subversion, c’est ce qui les rend éternels…
4 Billy HP
15 novembre 2007 à 11:41Oh la vile flatterie déguisée que voilà ! On me demande à moi de valider l’utilisation d’un mot en bon français !
Bon alors la réponse est non ça ne se dit pas “se rédempter” ; on doit “demander” sa rédemption en trois exemplaire et attendre le retour par courrier de l’académie française. Donc : on s’en tamponne.
Retour à noter sujet : le rock n’a pas a s’agenouiller ou se réconcilier avec quoi que se soit. C’ets une culture qui s’est forgée par révolte, pas par compromission. Et pourtant je n’appelle pas la guerre. Mais pour offrir une comparaison, je vous parlerais des tags (hé ho les vieux, pour vous, il s’agit de graffitis, ok ?). Un tag est beau ou pas ou inutile mais on ne peut pas lui demander d’être fait sur un beau papier à entête. Il se doit d’êter sur un mur. C’est une part même de son art. C’est comme espérer un message cohérent et réfléchi dans l’art brut ! None sense ! Voyons !
Donc le rock existe d’emblée comme sous culture ou contre culture (ho hé les vieux, je compte sur vous pour expliquer aux jeunes ce que ces termes signifient en terme de Sociologie, ok ?) et ne peut pas être accessible, par essence.
Je ne demande pas que les majors arrêtent de tourner, je continue à défendre l’idée que les artistes ne sont pas des commerciaux et qu’il faut bien que quelqu’un fasse ce boulot. Les labels étant de loin les plus efficaces pour cela. Mais qu’on arrête de traiter le rock comme une vulgaire marchandise. L’esprit de créativité et de rebellion ne peut pas être un objet de consommation courante. On a déjà tué le livre et la littérature comme ça. When you gonna learn ?…
5 Bogoris
5 juillet 2008 à 14:52“le jour où le gars à la guitare préférera donner sa musique plutôt que de la vendre, jour où il gagnera moins d’argent” -> hum, pas si sûr…
6 Billy HP
5 juillet 2008 à 15:05Pardon mais la logique la plus évidente pose ceci : en vendant on encaisse une somme ; en donnant pas. Sur ce simple constat il faut accepter de ne pas (ou moins) gagner d’argent pour éventuellement en gagner (autrement, à l’image d’un investissement) plus tard.
Pourriez vous précisez votre doute Bogoris, ou bien devons nous concevoir ce commentaire comme ayant pour seul but de faire un peu de pub à votre propre site ?
7 Danijela
18 septembre 2008 à 14:57Merci pour ce tutoriel!
8 Johann
4 août 2009 à 14:25Se que j’aimerais savoir c’est le pourcentage de fric que touchent tout ces acteur qui entrent en compte dans la composition d’un cd et le prix que touchent les artistes sur chacun de leurs albums.
9 Boyouss
19 août 2009 à 15:31Hum…
Bien sympa l’idée de donner sa musique… je suis plutot pour… mais on mange comment après? L’amour & l’eau fraiche, ca ne nourrit pas trop l’estomac…
L’économie de la musique est a re-penser, car l’inéquité de repartition des gains est… systémique.
Matrix 2, L’architecte: “Comme tu l’as sans doute déja déduit, l’anomalie est systémique, créant des fluctuations dans la plus basique des équations.”
Combien ont deja fait ce constat?=Combien d’artistes en auto-prod?
La structure commerciale “Major” est-elle apte a relever les nouveaux défis commerciaux lié a l’essor d’internet?
10 Vouze
3 novembre 2009 à 11:39Boyouss > un musicien gagne beaucoup plus sur scène que des ventes de sa musique. Cold Play done sa musique sur Internet, et même Prince a donné son CD avec un magazine en Angleterre : résultat, Prince a fait 21 concerts plein à craquer à Londres, battant tous les records pour cette région.
Remarque que la plupart des artistes anglais contre l’HADOPI à l’anglaise, sont tous des artistes auto-produit ou qui vont le devenir : Robbie Williams, Tom Jones, Pink Floyd, Kate Nash, Annie Lennox et j’en passe ( http://en.wikipedia.org/wiki/Featured_Artists%27_Coalition ). Preuve que cette loi est avant tout là pour appuyer la position dominante des majors.
Je recommande deux livres à lire pour comprendre les bouleversements économiques majeurs induits par Internet, bien au delà de l’idée de simplet qui consiste à croire qu’il n’y a que du piratage sur Internet :
- La longue traîne (The Long Tail)
- Free (ou “Gratuit : le futur d’un prix radical”)
Tous deux sont de Chris Anderson
Avant Internet, tout était limité : les radios étaient limitées par la largeur de la bande FM, les télés par le nombre de chaînes, les rayons des magasins de livre, de CD, de DVD sont toujours limités.
Avec Internet, Amazon, Youtube, Rhapsody, iTune, webradios, etc… ont un catalogue sans limite. L’offre dans tous les domaines augmentent chaque année : chanson, livre, films. Mais le pire, c’est que 98% de ce qui est proposé, se vend au moins une fois. Le problème des Majors n’est pas le piratage, mais l’étalement des goûts des consommateurs !
Le dernier disque multi-platine de l’histoire du disque, c’est Nsync*, un boys band américain en 2000, qui l’a fait. Depuis les ventes des “meilleurs” titres ne cesse de baisser, mais les ventes numériques progressent dans leur ensemble.
Les jeunes français, selon le Monde, délaissent la télé pour Internet, et y trouve un choix de musique beaucoup plus vaste que dans les média classiques.
Eh oui, le piratage n’est pas le problème !
11 boyouss
22 novembre 2009 à 17:21Vouze > Article super interessant, j’étais pas du tout au courant de cette tendance, et ca me plait bien!
Mais je tiens a faire remarquer que lorsque tu dis: “un musicien gagne beaucoup plus sur scène que des ventes de sa musique” , les artistes dont tu parles sont: “Cold Play, Prince, Robbie Williams, Tom Jones, Pink Floyd, Kate Nash, Annie Lennox”, qui sont quand même des artistes internationaux ayant pas mal de public…
Il y a une nuance entre Yannick Noah, qui remplit des stades de foot, et les artistes locaux/régionaux, qui sont deja moins nombreux a pouvoir vivre de leurs tournées.
J’aime bien l’idée d’offrir sa musique sur CD gratuitement (c’est d’ailleurs ce qu’on fait en ce moment avec notre label), mais a notre echelle je ne sais pas encore si on va pouvoir envisager de remplir le frigo en faisant des concerts!
Partageons notre musique, faites tourner les adresses!
http://www.myspace.com/sortilegemusic