La production musicale : grosses guitares ou gros sous ? 1
Depuis quelques temps, tout le monde fusille les maisons de disque sans bien comprendre pourquoi elles portent une cible dans le dos. Il semblait utile de revenir sur le qui-fait-quoi de ce milieu complexe qu'est la production musicale pour mieux comprendre le problème.
Ouvrons les boîtiers de nos CD.
Manager, producteur, ingé son, label et major… Tout un monde. Reprenons à la base : un groupe compose sa musique, généralement dans un garage, et fait quelques concerts, généralement dans des bars. Arrive alors un moment où l'envie de faire partager cette musique ou d'en vivre va pousser le groupe à chercher, au choix, à enregistrer sa musique
pour la diffuser, ou bien à jouer dans des salles plus grandes.
Un musicien est soit un ‘performer’ ou un ‘songwriter’ mais en aucun cas un commercial. Arrive alors un acteur indispensable : le manager1. Celui qui vend le groupe, lui organise et lui assure une carrière dans un milieu, un secteur. L’industrie du disque.
Les deux trajets, en général parallèles, sont intéressants et se passent sensiblement pareils : le manager fait marcher ses relations et/ou enfonce les portes pour trouver de plus grandes salles où se produire ou un studio d’enregistrement.
Dans le premier cas, on va rapidement se confronter à un soucis : combien de personnes un petit groupe peut-il faire venir par son seul talent ? Pas de grande salle sans grand public. Les solutions passent par des concerts regroupant plusieurs groupes (faire la première partie2 ou partager l'affiche) ou des concerts peu onéreux, ce qui revient
au même : pas grand-chose à empocher après le partage, que ce soit niveau pépettes ou niveau public. C’est là qu'intervient le ‘tourneur’, sorte de manager qui prend en charge la recherche de date, de salles, et de groupes.
Ah, si j’étais célèbre, j’aurais plus de monde à mes concerts. Bon d’accord, répond le manager, je vais te faire enregistrer un disque…
Ce qui nous amène au deuxième cas, le groupe entrant dans un studio accompagné de deux nouveaux acteurs : l’ingénieur du son et le réalisateur artistique. L’ingénieur3 a pour mission de gérer la prise de son des enregistrements. Tout le monde joue en même temps ou chaque instrument séparément, douze micros dans la pièce ou un par musicien, autant de
décisions qui seront appliquées par l’ingénieur mais qui seront souvent prises par un conseiller artistique.
Les anglais parlent de ‘record producer’ car c’est lui qui va assumer la production sonore, épaulant le groupe lors des sessions d’enregistrement : lâche toi et n’hésite pas à crier, plus de guitares là, le pont est trop long essayez de l’enchainer directement…
C’est souvent lui qui choisira les prises qui finiront sur l’album, définira le mixage final, une partie des arrangements (une montée de violons rajoutée derrière cette transition pour en accentuer le lyrisme ici, une voix qui perdure à l’infini le fade out grâce à un effet de chorus…) et peut être même lui qui a sélectionné leur studio selon des critères artistiques et techniques pour correspondre au mieux au son du groupe… ou pour l’y créer. Reste à faire quelque chose de ce son.
- Les francophiles absolutistes parleront d'agent mais ce terme reste plutôt cantonné au cinéma… [retour]
- Ce que les anglophones appellent le 'support', un mot transparent. [retour]
- Quand vous regarderez dans vos booklets cherchez à Sound Engineer… [retour]
- 5 novembre 2007
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- Tags : industrie, label, manager, producteur



1 sylvain
7 novembre 2007 à 15:31Bel article didactique. Ton intro me rappelle le passage d’un livre que je lisais y’a pas plus tard qu’hier soir… et je me ferais un plaisir de citer le passage en question très très prochainement !
2 sylvain
12 novembre 2007 à 20:56La citation dont je parlais est extraite du livre “Argument son” du critique d’art allemand Diedrich Diederichsen. Et en fait ce n’est pas une citation mais un extrait que je vous livre ici.
Le voilà : “Pourquoi un tel manque d’amour envers l’industrie du disque ? Y compris chez des auteurs comme moi, par exemple. Si l’on écarte toutes les considérations de fond anticapitalistes et critiques la visant en tant qu’industrie culturelle (autant de considérations qu’il faudrait d’ailleurs avoir à l’encontre des autres industries culturelles), ces gens-là ne font jamais que leur boulot. Et ça leur est bigrment difficile, de nos jours. Les crises n’arrêtent pas. On pourrait avancer la raison psychologique : l’industrie de la musique tiendrait son petit commerce et ferait (ou pas) des bénéfices, précisément, avec un matériau dont beaucoup de gens avaient espéré qu’il se situait au-delà du marché et de la logique d’exploitation.”
Jusque là si vous suivez, rien de bien nouveau dans ce qu’il dit, si ce n’est qu’il dit des choses vraies et qu’il les dit bien. C’est ensuite que ça se corse et que ça innove un peu si je peuis dire.
Voilà : “Mais ce qui pèse d’un pois plus lourd encore que cette désillusion, c’est que personne n’est prêt à vivre avec elle et que du coup (parallèlement à des contre-mesures raisonnables sur le plan économique : labels et commercialisation propres, combat mené contre la culture conventionnelle du copyright), on compense cela par de l’idéologie ou des illusions personnelles.”
Voilà le bin’s ! En gros on n’accepte pas l’industrie de masse de la musique mais en même temps on n’arrive pas trop à faire sans. (Parce que sinon ce serait renier le travail qui a permis à des Radiohead, par exemple, de voir le jour et de prendre ensuite leur liberté.) Du coup face à cette triste réalité de la marchandisation du rêve (le rêve ayant un prix), on s’invente des idéaux de pureté rock, par exemple, on s’imagine rock-critic partir en croisade contre l’époque pourrie afin de réhabiliter un temps de jadis (n’ayant presque jamais existé) où la musique et le rock étaient pures de toute souillure avec le marché, l’industrie, le commerce des hommes. En gros on veut revenir au temps ou tout ceci était juste gravé dans la pierre ou écrit dans la première Bible.
Sous couvert de modernisme, réac’ isn’it ?
3 billy hp
13 novembre 2007 à 11:50Effectivement c’est une jolie démonstration. Je vais me permettre de défendre ma boutique en nuançant toutefois…
“un matériau dont beaucoup de gens avaient espéré qu’il se situait au-delà du marché et de la logique d’exploitation”
-> oui c’est l’essence du problème me semble-t-il. Le “marché de l’art” est un business compliqué par l’idée, la valeur intrinsèquement attribuée à l’art, que celui-ci est supérieur en valeur (pécunière cette fois) à celle des éléments qui le compose.Et justement je pense que ceux qui sont en plein dans la désillusion sont bien ceux qui tente de le vendre comme un produit classique. Entrainant avec eux ceux qui finissent par y croire.
Et je ne suis pas certain que l’on puisse vivre sans. Je pense même que c’est l’avenir de la musique. Pourtant je ne nie pas que cela a toujours été ainsi (depuis Elvis et Sam Phillips) ni ne croient en un providentiel retour à un quelconque Eden. De fait, je ne crois pas être réac, et cet article encore moins, mais je veux bien reconnaitre un certain utopisme.
Merci encore pour cette contribution. N’hésite pas à nous en relire quelques passages de temps en temps.
4 Testos
15 décembre 2007 à 14:57je ne travaille pas dans une maison de disque et pour tout vous dire, j’y ai bien l’intention. En fait je suis étudiant en première année de musicologie, et je m’intéresse beaucoup à cette industrie de la musique. J’aurai juste une question (à bon entendeur): Est-il encore possible aujourd’hui, dans le courant de l’année 2008, d’intégrer une major ou un label indépendant en tant que Directeur Artistique? Je me fait peut-être pleins d’illusions, mais je crois pouvoir y arriver et en tout cas j’en ai la volonté, jusqu’à qu’un professionnel de la musique me remette les pieds sur terre.
Yaura-t-il encore une 2nd apogée dans l’industrie du disque?
J’espère peut-être avoir une réponse et merci d’avance.
5 Billy HP
16 décembre 2007 à 11:06A bon entendeur, cher Testos, je suis bien en peine de répondre à tes questions. Peut être ne suis-je tout simplement pas l’interlocuteur idéal, ne travaillant pas moi-même pour cette industrie. Plutôt en marge pour tout dire.
Ainsi je ne saurais te confirmer que tu puisses rejoindre une major (tout du moins, pas en début de carrière) autrement que comme stagiaire. Un label, c’est différent. Il y en a une multitude, de plus ou moins petite taille qui seront ravis d’accueillir ta bonne volonté. De là à y voir une nouvelle apogée du disque, il y a loin de la coupe aux lèvres…
Pour ma part, ce que je peux dire sans dépasser mes compétences de journaliste, c’est que l’industrie de la musique peut tout à fait reprendre de vives couleurs si elle “accepte” le mp3 comme un support naturel (et non plus comme honteux), reconnait également qu’elle a vécu un âge d’or et qu’il est révolu (ce qui ne signifie pas que ce secteur est mort) et qu’elle remet l’accent sur le spectacle vivant (jamais piratable et souvent cent fois plus fiable du point de vue sonore). A mon sens.
Et ce tout simplement parce que, ce que j’entends autour de moi et mon sentiment profond, c’est que c’est exactement ce que les gens qui aiment la musique attendent.
6 Niclass Narcisse
19 avril 2008 à 10:07La musique est un art, un plaisir à partager. Un auteur, un artiste gagne a être reconnu de son vivant.L’art n’est pas une industrie comme les autres. L’art doit être libéré et libéral pour être accessible. Comment mettre en place une façon de nourrir les artistes, d’assurer le développement des arts??? Je ne vais pas donner ma réponse en 5 lignes.
Toutefois, je trouve scandaleux qu’il faille payer des droits sur des supports qui sont sous notre contrôle personnel comme les mémoires d’ordinateurs, les DVD vierges, etc… En effet, plus du 80% des droits sont encaissés par de très grandes multinationales pour qui l’art n’est qu’une question de $
Un brevet médical est protégé pendant 20 depuis son dépôt Et certains altermondialistes, gauchistes et intellectuels trouvent cette protection scandaleuse mais pour la musique, les textes, les films, la protection est de 70 ans après la mort de l’auteur… qui encaisse? Universal, Sony, Emi, Warner, Walt Disney.
Il faut résister et au moins arriver à une même application que pour des brevets soit une protection de 20 ans après la date de la première publication, édition ou diffusion.
Des Africains doivent en théorie payer des droits sur des musiques créées par leurs ancêtres mais piquées par des voyageurs colons qui les ont enregistrées et donc protégées?
Bientôt, il faudra payer pour rire. Narcisse Niclass Fribourg Suisse
7 Billy HP
23 avril 2008 à 22:03“L’art n’est pas une industrie comme les autres.” -> C’est aussi mon sentiment, mais aller plus loin serait glisser sur une pente politisé de la question. Faut il vraiment que cette activité soit “libéralisé” ou au contraire la considérer comme un service public, aussi nécessaire que l’éducation (puisqu’elle se rapproche de la culture) ?
Nous sommes nombreux à être scandalisé que vous, très cher correspondant hélvétique, quant au fait de devoir payer un disque et repayer pour obtenir le droit de l’écouter aussi sur son lecteur mp3. Et du fait que la musique n’est plus assistée par des sociétés mais exploitées par celles-ci, depuis déjà longtemps. Le souci est que rares sont ceux qui, malgré ce constat, ont réussi à proposer une alternative intéressante. Moi même, je ne cherche ici qu’à exposer la (les ?) réalité(s) de ce secteur, de cette culture sous différentes lumières afin de gagner en clarté.
Ce que je peux dire de mon point de vue, c’est que sur le terrain, rare sont les artistes qui se plaignent de la crise subie par l’industrie en ce moment ; par contre rares sont ceux qui n’ont rien à redire de leurs rapports avec leur label…
N’hésitez pas à nous faire connaître l’avis de la suisse sur la question.
8 oliver twist
25 avril 2008 à 21:12tout simplement passionnant ces démonstrations, le vers est dans le fruit car dans industrie culturelle (le disque) il y a industrie et industrie veut dire accumulation donc destruction de valeur et redirection des moyens de production et des facteurs la ou ils coutent le moins cher pour les faire baisser à l’infini donc équilibre global de l’industrie tiré vers le bas. Le disque c’est un peu le dilemme du prisonnier, si tout le monde coopère, le secteur et l’économie du disque est portée vers le haut mais si chacun favorise sa pomme alors équilibre bas, déclin et mauvaises affaires pour tout le monde!
radiohead en a fait la démonstration : internet leur a permis de se diffuser et tout le monde a joué le jeu, résultat bingo, preuve qu’une autre voie est possible! En réinventant de nouveau modèles économiques (je n’ai pas cette prétention) la musique et la culture en général sortira de l’ornière et attendra les cimes que ce soit pour les artistes, les producteurs/éditeurs (capitalistes) et les diffuseurs.
9 cenéquemoi
10 mai 2008 à 10:54Il est tout à fait possible de vivre sans label…ce n’est pas les majors qui sont responsables mais le publique.Les radios (contrairement au multiple débats qu’ls nous font entendre) n’aide en aucune façon les nouveaux talents…sinon on en entendrions d’avantage (même tout court).
Il faut pour cela essayer fe faire quelques concession, c’est comme la nourriture ou aller chez l’épicier du coin, payer un peu plus cher les indépendants…je produit des indépendant (50/50) mais soyons raisonable, télécharger une musique pour 90 centimes…que reste t-il? ne revenons pas à l’âge de pierre mais au chose simple, moins traficottés de la musique qoui, qui n’oublions pas n’est qu’une chose pour distraire les gens (comme le cinéma …de même on ne peut plus faire des films simple, avec des artistes…lorsque l’on voit les acteurs des années 30 et maintenant, on comprend). Il ne faut pas se prendre la tête et tant pis pour la piscine…Il faut que tout le monde mette de l’eau dans son vin (je ne parle pas des maisons de disques, radios et tv, c peine perdu, c’est comme au temps des rois, cela ne marche qu’en famille), mais que les personnes, le publique encourage les nouveau talents et n’hésite pas à écouter du nouveau (et réclamer).
10 kabore Alain
6 juin 2008 à 21:45je suis du Buurkina Faso je suis artiste msicien je voudrais une maison de production pour ma cassette et n manager qui poura trover des concert pour moi
11 Billy HP
7 juin 2008 à 12:52Je vous comprend Alain, nombre de ceux dont je relate les vies ici ont commencé comme cela. La recherche d’un manager et d’un tourneur…
Hélas, je ne vois pas bien ce que je peux y faire.
12 Narcisse Niclass
2 janvier 2009 à 15:53La question des droits d’auteurs est réglée sur le plan international par les accords de la convention de Berne, pour tous les états qui ont signé cette accord. Presque tous les Etats ont signé cette accord. Mais en fait, les consommateurs des pays bien organisés passent à la caisse et dans d’autres pays, il n’y a pas de vrai encaissement des droits. Est-ce que les disques durs sont taxés au Japon, en Indes, en Chine??? Mais passons sur ces millions.
Par contre, je reviens sur la durée de protection accordée par la notion de Droit d’auteur et droits voisins, 70 ans après la mort du compositeur, de l’écrivain, du créateur, ce n’est pas une durée justifiée par la réalité. Si tout va plus vite, si tout est disponible immédiatement maintenant, une durée de 20 ans après la création de l’oeuvre pourrait se justifier comme pour les brevets. Mais, comme la création artistique fait rêver… accordons des droits durant toute la vie de l’auteur et encore 20 ans après la mort du créateur afin de ses rejetons puissent paresser en pensant avoir du génie comme leur géniteur, père ou mère. Qui va s’attaquer à cette question qui ne favorise que les Majors et les structures d’encaissement des droits? Narcisse Niclass Fribourg Suisse
13 Billy HP
6 janvier 2009 à 15:53C’est un point tout à fait intéressant que vous soulignez là. Quoi qu’un peu politisé à nouveau.
La question des droits transmissibles (post mortem) est souvent la volonté d’extrême gauche (qui y voit un frein à l’avancée sociale de tout un chacun) ou d’extrême ‘droite’ - disons libéral - qui y voit une rigidité à faire sauter pour que le grand marché puisse fonctionner au mieux.
Pourtant il est clair que les enfants de Mick Jagger ne doivent guère avoir acquis de son talent (jusqu’à preuve biologique) et se partageront un joli pacson (vu le nombre qu’ils sont, ce n’est même pas dit) quand il arrêtera de faire des tournées pour rejoindre sa shallow grave…
Et, encore une fois vous avez raison, pendant ce temps c’est toujours ceux qui ré-ré-éditent les best of et greatest hits qui compte les billets.
14 racine unite
7 mai 2009 à 13:28pour l’amour de c’est qui utilise la musique comme moyen de communication
15 Syl21 » HADOPI2 une opinion???
21 juillet 2009 à 10:16[…] http://www.expressway.fr/la-production-musicale-grosses-guitares-ou-gros-sous-1/ […]