Joy Division - Ce que jouent les ombres 5

Martin fait joujou avec ce qu’il appellera son « cadeau des Dieux ». Il introduit des synthés (!), baisse les tonalités (donnant à Ian sa voix d’outre tombe), transforme du punk en liturgie, et achève ainsi la métamorphose.

Au premier plan, Hook se prend pour la lead (l’étrange She’s Lost Control), jouant des passages qui pouvaient sembler funky jusque là (Disorder) ; Zero les transforment en d’hypnotiques boucles d’une insistance agressive. Bernard, potentiomètre de gain à toc, remplit le studio de saturation à la guiseHook play bass des pédales d’effets ; Martin noie le résultat au fin fond du mix, comme un insecte nocturne tournoyant dans une pièce torride. Reste à caler le tabouret de Morris dans une chambre d’écho, une boite à rythme, qui marche une fois sur deux, planquée dans le dos, et ses parties saccadées deviennent des mélopées sépulcrales.

Unknown Pleasures est tout à la fois entrainant par ses rythmes hyper accessibles (le très new wave Insight) et morbide par ses ambiances de film d’horreur (I Remember Nothing) et sa voix extraterrestre (lugubre sur Lost Control, plaintive sur Day Of The Lords, suppliante tout au long de New Dawn Fades).Glamour et glacial. Dites « post-punk ».

En Juin 1979 sort donc un disque noir. Une simple image de faille stylisée au centre. Pas de titre ni de nom. Pourtant les ventes liquident rapidement le maigre pressage de Factory Records. Pendant ce temps là en effet, Joy Division torture le courant électrique sur scène en première partie d'O.M.D.1

Unknown Pleasures CDcoverL’été 79 cogne fort : Joy refait des apparitions télé et des concerts à foison (dont le festival de Leeds), entre quelques sessions studio dont on tirera le single Transmission. Titre fort des débuts, il n'avait pas été choisi pour Unknown Pleasures mais revient ici dans une version mastodonte accompagné de l'inédit Novelty.

A la rentrée, le choix est fait : tous quittent leurs jobs pour se plonger à 100% dans le groupe et partent en tournée à travers le Royaume-Uni aux côtés des Buzzcocks.

Le public est ahuri : ce punk dansant comme de la pop (Ice Age) gifle sévèrement et pille littéralement la vedette des ‘cocks. Un soir, l’audience s’est tout simplement tiré juste après le set de Joy Division… Les deux groupes commencent à se regarder en biais.

S’il ne fallait en retenir qu’un :
Unknown Pleasures est le symbole même du passage du punk à la cold-wave. En ce sens, le chainon manquant en est Shadowplay, punk au ralenti à la voix bowienne, inexorable marche vers un destin, froide mécanique corrodée par les remords.

[La suite est par là]


  1. Orchestral Manoeuvres in the Dark, pionnier de la new wave électronique devenu culte avec son single Enola Gay. [retour]
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1 Phae

19 mai 2007 à 13:53

A noter le 27 septembre la sortie du film ” Control ” sur la vie de Ian Curtis :)

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