Joy Division - Ce que jouent les ombres 3
Suite à une proposition de RCA, Joy Division entre en studio début Mai 78 enregistrer ce que l’histoire appellera Warsaw. Un LP de onze titres qui ne verra jamais le jour non plus. La production voulait fignoler l’enregistrement avec des nappes de synthétiseur qui font hurler le groupe : du punk avec du synthé ? Abomination !
Terry Mason part en guerre contre la RCA1 et s’enlise.
Leur sauveur s’appelle Rob Gretton, éminent DJ local, qui débarque, s’assied au beau milieu du local de répètes et refuse de partir avant d’être devenu leur manager. Ils acceptent et Gretton négocie le rachat de la maquette Warsaw.
Changement radical de stratégie : le groupe décide de presser lui-même le maxi An Ideal For Living à 1000 exemplaires et le distribue lors de la tournée qui suit, notamment au Factory, le club appartenant à Tony Wilson.
Exultant devant ce mélange de rythmes new-wave et de sons punks, le journaliste les invite à jouer Shadowplay dans son émission de télé. Le public n’en croit pas ses yeux : quatre garçons en chemises, pantalons et cheveux courts (mention spéciale à Bernard qui porte même la cravate) domptent un son venu de nulle part.
Ian danse comme un robot ou donne l’impression de courir un 100 mètres sur place pendant que Peter semble chasser une invasion d’insectes sur sa basse à coups répétés de médiators. Seuls Bernard et Stephen restent impassible à ce bruit qui monte, à ce danger que l’on décrit tapis dans les ombres de la ville.
Petit problème : le style du groupe (design de la pochette en écriture gothique et dessins de jeunesses hitlérienne…) fait couler de l’encre.
Le groupe ne répondra pas.
Autant ignorer ceux qui croient que les nazis auraient seulement pu tolérer une telle musique. Les paroles balayent de toute façon tout doute (l’ouverture de Warsaw hurlée par Ian : « Vous oubliez tous Rudolf Hess2 ! », ses refrains martelant son matricule : 31G-350125, ou l’extrait de House of Dolls lut dans No Love Lost). Et pendant ce temps là, Peter écarte les vagues de skinheads3 du premier rang à coups de pied dans la tête.
Mais bien sûr ce n'est pas vraiment ce qu'en retiendront la presse et le grand public.
S’il ne fallait en retenir qu’un :
Par rapport à la demo de Warsaw qui avait enregistrée en Juillet 77, les titres sont plus posés et plus profonds (choeurs, guitares superposées, overdub…) et l'exemple le plus flagrant est sans conteste No Love Lost.
- Un des plus prestigieux et des plus anciens labels appartenant au groupe Sony. [retour]
- Criminel de guerre condamné à Nuremberg en emprisonné à Spandau , il fut 3e homme du Reich après Göring et aida à la rédaction de Mein Kampf. [retour]
- Courant apparu dans les années 60 en opposition au mouvement hippie, il est très fortement rattaché à la musique reggae et rock-steady jamaïcaine. Ce n'est qu'avec la montée du chômage britannique que ses partisans rejoignent le punk pour sa contestation nihiliste. [retour]
- 3 mai 2007
- Chroniques
- Tags : gothique, joy division, new wave, punk, rca, rob gretton, skinhead, tony wilson, warsaw


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