Festivals et concerts : le salle business 3

En France, l'état des choses est tout à fait différent. Si l'on a retrouvé un goût, ou du moins un commerce, pour le spectacle, ce fut surtout ces dernières années pour les comédies musicales… Le monde des festivals, s'il tourne de plus en plus vite, ne semble pas aller mieux pour autant.
Pandémie ou multiplication des pains ?

Fleury Goutte d’or centre BarbaraOn n'a que trop parlé de la crise du disque avant de se rappeler qu'on avait poussé les audiophiles loin des salles, et les salles loin des villes. L'ouverture de nouvelles salles de "diffusion ou de pratique musicale" cette année, dont celui de Fleury/Goutte d'or à Paris, tend à prouver que la volonté du moment est de rattraper ce retard.

Quel retard ? Celui d'un secteur morose, le "spectacle vivant".

Conséquence de la multiplications des festivals, la saison du rock s'est désormais ouverte à (presque) toute l'année avec notamment pléthore de concerts au printemps. Ce qui se voulait un pas vers la décentralisation de la culture, n'a fait que renforcer la concurrence dans un milieu où les gains étaient déjà faibles. Fancy au Printemps de Bourges 2008Pour surnager, les organisateurs jouent le tout pour le tout, en multipliant les scènes, visant un public sans cesse plus large (sinon plus nombreux) quitte à se dénaturer un peu, et tombent ainsi dans le panier de crabes d'une concurrence directe, là où une niche aurait été plus sûre. Majoritairement pessimistes, ils emploient des bénévoles (au mieux des intermittents, et ces ex-emplois jeunes portés disparus) sans cesse renouvelés mais rarement transformés en embauches.
Une première étape vers le triste futur qui les attend à l'ère du On Demand, et ce turn over laisse un amer goût de no futur dans le business de la culture.
Et l'exemple de la Route du Rock ne vient que resserrer les angoisses autour de la gorge de ceux qui ont déjà peur.

Une fois encore la solution n'est peut être pas là où on l'attendrait. Des concerts auto-organisés par les artistes viennent, sinon concurrencer, titiller la donne. D'abord lancé comme un geste résolument indépendantiste par les Libertines qui sortaient les guitares dans le métro londonien et chez des particuliers, l'attitude de refus des salles et de leur commerce transpire aujourd'hui chez Radiohead ou ColdplayRadiohed matinee BBC concert qui organisent via leurs sites web des concerts intimistes dans des boutiques ou des lieux publiques à moindre logistique. Là encore, les groupes prennent le relais des activités jusqu'alors dévolues aux labels et tour managers.

Alors vaut-il mieux faire confiance aux entreprises qui font main-basse sur le marché de la musique sans que cela soit leur fond de commerce1 ou aux artistes dont le travail est de créer de la musique ? Cela dépend probablement de ce que nous attendons de ce marché : du commerce ou de la musique.


  1. Pour rappel Live Nation appartient à Clear Channel qui est sur le marché des médias. [retour]
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[…] [la suite est par là] […]

2 oliver twist

24 août 2008 à 22:19

Je te félicite sir Hp pour la véracité et l’intelligence de tes propos. Pour illustrer ton analyse je préciserai qu’un festival comme celui de Thau qui n’a pas une affiche des plus catastrophique et qui propose une offre éclectique : trip hop, chanson, world music ; et bien cet évènement dispose dans son équipe permanente en tout et pour tout d’un salarié et demi à temps plein, c’est dire toute la santé de l’économie musicale et l’ampleur d’une crise sans précédent. Pour pouvoir sortir de cette impasse il faut sortir des tenants de l’économie de l’offre massive (mainstream comme tu dis) et retravailler une programmation qualitative comme par exemple le fait le festival de Dour en Belgique ou les Transmus de Rennes et surtout parvenir à réintéresser les gens à la culture, chemin qui semble plus difficile tant les cerveaux sont lobotomisés et délavés. Lenoir en prime time sur TF1 que diable! Soyons utopiques!

3 Billy HP

31 août 2008 à 10:09

100% ok.
Dour, Rennes, ces gens là savent jongler et fidéliser.
La qualité avant tout et le reste suivra.

Lenoir oui ; Manoeuvre nan !

Ayons des revendications réalistes…

Eudeline au JT de 20 Heures, vite. Pas Pascal Nègre.
Merci.

4 Billy HP

5 septembre 2008 à 8:48

Trouvé ceci sur le site de M La Music.net, rapporté par Gilles Ferté :

“(…) cette édition 2008 de la Route du Rock se révèle un assez bon cru. La fréquentation (16500 festivaliers cette année) peut sembler fort modeste par rapport aux toutes dernières éditions, elle permet cependant au festival d’être bénéficiaire cette année : en effet les dépenses ont été resserrées, notamment au niveau artistique - pas de grosses têtes d’affiches, on l’a déjà dit ; de plus certains groupes ont accepté de baisser leur cachet - mais pas seulement - il nous est notamment rapporté que les bénévoles ont dû payer leur assurance, soit trois euros par personne, même si ce geste est plus symbolique qu’autre chose.
Du coup, François Floret, le directeur du festival, met fin au suspense en annonçant, dans la gazette distribuée au Fort le dernier soir, qu’il y aura bien une prochaine édition estivale de la Route du Rock (ainsi qu’une “Collection hiver” en février)”

Nous voilà rassurés. Non ? Si ? Pas de tête d’affiche et bénéficiaire c’est déjà pas si mal.
Le point étonnant, c’est que tout le monde semble avoir été un poil déçu par son weekend à St Malo…

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