Festivals et concerts : le salle business 2
A l'autre bout du ring, l'imposant américain Coachella présente un tout autre visage du business. En progression constante, heureux, gonflé comme une baudruche et maquillé comme une voiture volée.
Dopé ? Oui, mais en pleine forme.
Le 'Coachella Valley Music and Arts Festival' déploie chaque année dans le désert californien une messe musicale de trois jours, réussissant l'année dernière à rameuter sous le soleil infernal quelques 50 000 festivaliers par journée devant 95 performances. Et ce malgré la progression de ses concurrents poids-lourds : Bonnaroo, le festival du Tennessee capable d'accueillir 130 000 festivaliers, et le gargantuesque texan South By South West, connu sous le sigle SXSW, qui regroupe 1400 prestations sur 4 jours du mois de mars.
Comment réussir cet exploit commercial ? En ajoutant constamment des têtes d'affiches plus alléchantes et plus mainstream, tout en arrosant (d'eau, gratuite) les audiophiles et traitant comme des princes (des sultans en l'occurrence) les journalistes. Ainsi aux côtés de Turbonegro et The Horrors, on invita Prince et Duffy, sans que personne ne s'interroge de la légitimité artistique de ces réservoirs de son.
Besoin évident d'une telle programmation et de la logistique nécessaire dans un désert aride, l'argent nécessaire est apporté sur un plateau par une grosse compagnie : l'organisateur Goldenvoice, appartenant à la multinationale des média AEG. Et c'est tout le principe des regroupements US. Là où Reading, le plus grand festival britannique, avait changé de nom un temps pour adopter celui de "Carling Weekend" en hommage à son mousseux sponsor, avant de revenir à son patronyme original, les américains n'ont guère de remords à se transformer en produits de marketing entièrement montés par des sociétés organisatrices de spectacles telle Live Nation. Sans trouver de reproche à formuler envers sa prise en main directe des artistes, en remplacement des maisons de disque classiques, comme ce fut le cas pour Madonna et U2.
Il y eut un précédent américain qui voulu éviter ce schéma de diversification et de se vendre complètement. Le Lollapalooza. Festival itinérant voué aux musiques indépendantes ou underground à l'origine, il trouva un excellent développement dans l'ère post grunge du milieu des années 90, profitant de l'insertion de l'argent des majors dans les labels indépendants (tels Geffen) et de l'ouverture du grand public vers les musiques (légèrement) électroniques suite à la mouvance trip-hop. Avant de perdre de l'amplitude avec l'accession de ces groupes dans le mainstream et leur déclin une fois la mode passée… Il fut ranimé ces cinq dernières années avec un succès en dents de scie, mais surtout à grands frais.
Une stratégie qui n'est pas sans rappeler les choix et déconvenues de notre Route du Rock nationale…
- 18 août 2008
- Humeurs
- Tags : festival, live nation


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