Faut-il laisser mourir EMI ? 2

Intéressons nous désormais aux repêchés, ces artistes repris par de nouveaux labels où ils pourront continuer d'enregistrer sous contrat et générer - outre de la musique - une manne financière pour ceux qui les ont rachetés à prix d'or (ou même pas).
Quid de leur passé ?

Que deviendraient leur back catalogue1 ? Les Rolling Stones par exemple sont partagés entre deux grande maisons : jusqu'en 1967 ils pointaient chez Decca Records (soit Universal) et depuisAftermath des Rolling Stones sorti chez DECA Sticky Fingers chez Virgin Records (part de Capitol, c'est à dire de EMI). A noter qu'entre deux, les Stones avaient monté leur propre label (Rolling Stones Records) qui était diffusé par… Atlantic, soit Warner. Vous suivez toujours ? Comme vous l'imaginez, ce catalogue là est l'objet de nombreuses tractations, que les premiers concernés ne négligent pas puisqu'ils ont ouvertement confié leur prochain album2 à Universal…

Donc, on peut s'attendre à ce que les catalogues soient rachetés, bradés même mais pour quel profit ? Une rapide étude démontrera qu'on vend mieux le dernier Geri Halliwell ou Rolling Stones que Ziggy Stardust ou Sergent Pepper's. A nouveau, à quoi bon racheter ce qu'on ne pourra vendre ? Des centaines de grands disques seront bazardés, comme de vulgaires modèles de bagnoles. Une Panhard laissée à l’abandonDes droits de diffusion enterrés, impossible à ressortir. Blood On The Tracks rabaissé au niveau d'Autobianchi ou Panhard !

Preuve de cette démarche tournée uniquement vers le futur délaissant le catalogue passé, la mise en place en Septembre dernier de ScoutR, site communautaire où les groupes sont révélés au public, écoutables et soumis au vote des internautes, avant d'être (éventuellement) signé par Angel Music Group, une filiale de EMI. Ah bon, alors les labels et leur capacité de découverte ne servent plus à rien ? Fini la prise de risque, le coup de poker en misant sur un outsider, aujourd'hui est venue l'ère du tout consensuel. Avec une telle méthode, il n'est pas sûr que le hard rock ou la house music auraient jamais vu le jour…

EMI en est donc à vendre les meubles, à commencer par le siège de Columbia à Hollywood, tour aussi massive que culte. Mais rassurez vous (encore que), une telle maison ne coule jamais tout à fait. Elle se disloque, dissolvant ou se séparant de ses filiales et labels avant de se tourner vers Darwin Capitol records tower vendu pour 50 millions de dollarset de se vendre au le maillon supérieur de la chaine alimentaire du marché du disque.

Ainsi le cas le plus probable aurait été un rapprochement3 avec Warner, le bon dernier des majors, et assembler leurs parts de marché pour concurrencer Sony-BMG (déjà résultante d'une fusion entre les deux susnommées) à défaut d'Universal. Mais compte tenu des difficultés juridiques rencontrées par la fusion de Sony et BMG, jugé un moment comme potentielle atteinte à la libre concurrence par la commission européenne, EMI a choisi une stratégie de sécurisation de son capital par la titrisation. Faisant appel pour cela à Terra Firma qui a racheté la major moribonde (et sa dette) pour environ 4,2 milliards d'euros, et suit depuis à son tour la voix de son maître…

Et à ce niveau là, une chose est certaine : on ne parle plus du tout de musique.


  1. Angliscisme désignant l'ensemble des anciens enregistrements d'un artiste, son patrimoine réduit, par conventions, aux disques ayant plus de deux ans. [retour]
  2. Une BO réalisée pour Shine A Light, un film de Martin Scorsese. [retour]
  3. Comprenez absorption ou fusion, pratiquement dans le sens utilisé par Bret Easton Ellis dans American Psycho. [retour]
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1 Bester Langs

10 mars 2008 à 23:02

Faut-il laisser mourir les chevaux en perdition?
Le ranger que je suis aurait tendance à trancher.
Pan!

2 Billy HP

11 mars 2008 à 9:56

Allez savoir pourquoi, je n’arrive pas à en vouloir à qui n’aime pas les chevaux…

Ces bestioles ont l’audace d’avoir des jambes au lieu de pattes, une robe au lieu d’un pelage, et sont immangeables !

(Tend une cartouche neuve à Bester Langs)

3 arrivetz

5 août 2008 à 20:34

EMI est une firme mythique dont le passé est largement ignoré alors que le groupe constitué le 12 décembre 1936 EMI Pathé-Marconi absorbait à lui tout seul la plus belle production de la planète. La tour prise en photo est celle de Capitol avant d’être celle de Columbia. Dans les années 50, Emi Pathé-Marconi pressait Pathé, Columbia, La Voix de son Maître, Odéon, Témoignage, Pathé-Vox, Swing (disparu en 1951) , Capitol, Metro-Goldwyn-Mayer. Les dizaines de milliers d’artistes qui ont hanté ses catalogues font partie de l’histoire du XXème siècle.
J’ai tenté de faire des recherches sur cette société en France. Ai-je fait les frais de l’esprit de la liquidation et (ou) de la prédation de notre pays, tous les registres du conseil d’administration depuis 1918 (compagnie des machines parlantes Pathé) ont disparu !, ce qui enterre tout témoignage fouillé sur l’histoire de la société, seul un étudiant en 2001 ayant pu heureusement les consulter et en rendre en partie témoignage en 2001.
Des sociétés qui liquident leur passé ne peuvent pas être capables de regarder leur avenir.
Aprés avoir détruit son outil industriel, EMI liquide ses artistes. Il valait mieux jouer la carte identitaire de la grande firme européenne, faire vibrer la corde sensible de l’opinion, se démarquer des autres. J’aime les chevaux et j’aime beaucoup Nipper, le chien de la voix de son maître, que quelques spéculateurs étriqués ont liquidé à force d’inculture et de modernité sans avenir.
En réalité, ils ont tout raté, leurs calculs de supermarché se sont effondrés à leurs pieds. EMI méritait beaucoup mieux.

4 Billy HP

6 août 2008 à 8:16

“Des sociétés qui liquident leur passé ne peuvent pas être capables de regarder leur avenir.” Monsieur, vous avez tout dit.
Une société qui nie avoir été ne peut envisager d’être demain. Ne plus rien tenter qui nous touchera. Plus jamais.

Bel effort de recherche de votre part. Keep digging, vous trouverez peut être un os à la longue…

Merci de votre passage et de votre touche de nostalgie. Je m’en vais appeler Dipepr dehors, voir qui répondra à mon appel.

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