Faut-il laisser mourir EMI ? 1

Il y a quelque chose de pourri au royaume d'EMI Group. Paul McCartney a d'ores et déjà retiré ses billes pour les mettre dans un mug de café, Radiohead aurait filé chez XL Recordings après de vraies-fausses négociations d'avances pour In Rainbows, Coldplay évoque une possible sortie de route et Robbie Williams refuse carrément de leur fournir un nouvel album.
Alors, faut-il se mettre à compter les jours de la grande maison de disque ? Et si oui, quelles conséquences peut-on présager ?

Bien sûr EMI Group est une des quatre "majors", ces maison de disques aussi voraces que multinationales. Mais ce n'est quand même pas le dernier des arrivistes. C'est la fusion de l'inventeur du gramophone (renommé His Master's Voice en hommage Nipper la mascotte tirée du tableau His Master’s Voiceà leur emblème, puis raccourci en HMV) et de la plus ancienne maison de disque recensée (Columbia Records, passé depuis dans les mains de Sony BMG), s'il vous plait. Et depuis 1931, Electric and Musical Industries a emmené sur sa route nombre d'artistes qui ont marqué, voir bousculé, la musique : de Sinatra aux Beach Boys en passant par les Beatles, mais aussi des Sex Pistols à The Birthday Party1 en passant par Iron Maiden. Un héritage devant lequel EMI n'a pas à rougir et qui n'a pas forcément été des plus 'commercial'. Mais la gourmandise et la volonté de s'enterrer dans un système de diffusion figé semble faire désormais payer cher ses belles années à la vieille anglaise.

Belles années qui ne furent peut être pas celles que l'on croit, car si les ventes des Beatles étaient formidables de popularité, l'argent ne rentraient que mieux une fois des outils comme le CD et MTV en place. Ainsi en mars 2006, en pleine guerre contre les peer to peer, EMI annonçait un résultat dépassant 110 millions de livres sterlings, soit une hausse de 20% par rapport à 2005, Les Beatles emblématique succès d’EMIen triplant presque ses ventes de téléchargements (de 46 à 112 millions de livres) pourtant montrées du doigts. A se demander de quelle crise du disque nous parlons.
Mais enfin aujourd'hui, ce n'est plus le profit mais la matière première qui pause soucis. En effet, les rats quittent le navire et EMI, troisième des quatre majors en terme de volume vendu, pourrait bien craindre le pire.

Ne pleurons pas trop, on a déjà largement dénoncé l'aspect culturellement nocif de ces multinationales du disque. Nombre de ses artistes ont également déjà démontré leur inimitié envers EMI : Blur évoquant la 'soupe' recyclée par les producteurs dans B.L.U.R.E.M.I., les Dandy Warhols se moquant de Capitol Records sur le clip de Boys Better, et la bien nommée EMI des Sex Pistols, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Par contre on ne s'est pas assez posé la question de ce que le naufrage de l'une d'elle pourrait donner.

Tout d'abord, si une major fermait ses portes, nul doute que les artistes les plus célèbressex pistols Never Mind The Bollocks contenant EMI en plage finale trouveraient illico repreneurs, changeant de label et éventuellement par là même, de major. Mais que deviendraient ceux qui sont en perte de vitesse ? Qui iraient racheter des artistes qui ne sont pas garantis d'être encore dans le coup ? Il y a à craindre une vilaine perte pour la pluralité culturelle puisqu'on privilégiera d'emblée les artistes les plus consensuels. Il y a quelques jours encore, EMI annonçait la suppression de 14 000 artistes2 de son catalogue. Alors si une major ne peut plus les supporter, qui le pourra ? Messieurs, il va falloir s'habituer aux goûts des autres.

[La suite est par là…]


  1. Le groupe post punk féroce et caverneux mené par Nick Cave avant de fonder The Bad Seeds où il put composer quelques ballades larmoyantes. [retour]
  2. En plus de 1 500 postes, essentiellement des cadres. [retour]
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1 aristidekurt

2 février 2008 à 22:57

tout ça m’inspire qques réflexions…quid de l’intérêt des maisons de disques puisque les artistes peuvent aujourd’hui s’autoproduire et s’autopromouvoir (dixit radiohead) à l’infini?, le public rockophile ou varietophile ou koi ke ce soit phile a accès avec une connexion internet à des millions d’artistes et de titres…Reste la télé, les médias, les icones et les conditionnement qu’elle crée. Mika se vend à plus de 700 000 exemplaires malgré emule et consorts peer to peer illicits…Ultime pouvoir. Les majors ont perdu le pouvoir et malgré les artistes qu’elles ont fait découvrir elles sont condamnées à muter ou à mourir (racheter des tourneurs par exemple). Je souhaite tout de même pour les artistes une volonté politique et citoyenne (responsable) pour sauver les musiciens, les auteurs, de la non-économie, eux qui ont tellement tendu à prouver que leur création est un travail (passionnant mais vrai travail) et non une partie de rigolade ou de défonce (koike…pour certains…) et que ce travail mérite donc une rémunération pour en vivre et non pour bouffer des lentilles tous les midis.
Rockers soyez véhéments!, vous irez toujours plus au paradis que Jerome Kerviel ou Daniel Bouton!

2 billy hp

4 février 2008 à 19:05

Hummm plusieurs remarques à faire s’il tu le permets, Kurtesque visiteur.

L’intéret des maison de disques est pour le moins boostée par cette capacité nouvelle (enfin accrue, puisque l’autoproduction existe dans une autre forme depuis l’explosion punk, qui mit le feu aux poudres des labels indépendant, collectifs, fanzines etc). En effet les labels peuvent désormais repérés et démarcher un groupe très distant (voir l’exemple de Enter Shikari par exemple). Par contre les majors (disons les maisons de disques conventionnelles) jouent eux le jeu de la sécurité : celui-là on peut le signer, cela 3 ans qu’il tourne bien sur myspace avec 1000 visite par jour, on ne devrait pas perdre d’argent (exemple fictif mais repensez au rappeur Kamini)… Ce genre.

Ensuite il faut à nouveau signaler que Radiohead n’a jamais dit à ce jour que tous les groupes devaient/pouvaient utiliser leur méthode. Ils parlent encore et toujours d’un coup unique, conjoncturel, mais insiste sur le fait que les maisons de disques arborent unvisage déçu face au digital tout en se faisant un fric fou sur le dos des artistes par ce biais (ces derniers étant à ce jour majoritairement privé des droits digital, comprenez qu’ils ne touchent que sur les ventes de disques physiques!). Prudence donc avec “l’exemple Radiohead”.

Reste l’ultime pouvoir de la télé, à ce jour bien en forme, et le besoin réel (et physique lui) de faire manger l’artiste qui est intouchable nous sommes d’accord. C’est donc l’époque des think tank, creusages de tête pour y trouver la nouvelle manière de commercer la musique sans abuser l’artiste, producteur et matière première à la fois. Que darwin (ou adam smith) fasse son boulot et on verra ce qu’il reste de cette faune. Je suis convaincu qu’on y perdra plus d’économistes marketeurs que d’artistes (même si, il faut être clair, on ne fera pas d’omelette sans casser des oeufs, et parfois même quelques oeufs d’or).

3 arrivetz

5 août 2008 à 21:28

EMI est une firme mythique dont le passé est largement ignoré alors que le groupe constitué le 12 décembre 1936 EMI Pathé-Marconi absorbait à lui tout seul la plus belle production de la planète. La tour prise en photo est celle de Capitol avant d’être celle de Columbia. Dans les années 50, Emi Pathé-Marconi pressait Pathé, Columbia, La Voix de son Maître, Odéon, Témoignage, Pathé-Vox, Swing (disparu en 1951) , Capitol, Metro-Goldwyn-Mayer. Les dizaines de milliers d’artistes qui ont hanté ses catalogues font partie de l’histoire du XXème siècle.
J’ai tenté de faire des recherches sur cette société en France. Ai-je fait les frais de l’esprit de la liquidation et (ou) de la prédation de notre pays, tous les registres du conseil d’administration depuis 1918 (compagnie des machines parlantes Pathé) ont disparu !, ce qui enterre tout témoignage fouillé sur l’histoire de la société, seul un étudiant en 2001 ayant pu heureusement les consulter et en rendre en partie témoignage en 2001.
Des sociétés qui liquident leur passé ne peuvent pas être capables de regarder leur avenir.
Aprés avoir détruit son outil industriel, EMI liquide ses artistes. Il valait mieux jouer la carte identitaire de la grande firme européenne, faire vibrer la corde sensible de l’opinion, se démarquer des autres. J’aime les chevaux et j’aime beaucoup Nipper, le chien de la voix de son maître, que quelques spéculateurs étriqués ont liquidé à force d’inculture et de modernité sans avenir.
En réalité, ils ont tout raté, leurs calculs de supermarché se sont effondrés à leurs pieds. EMI méritait beaucoup mieux.

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