Facebook, ebay, myspace… Voici le showbusiness 2.0

R.E.M. crée un profil sur Facebook pour présenter son nouvel album. Radiohead vend l'unique exemplaire d'un remix rarissime sur ebay et reverse les fonds à une oeuvre de charité. Trent Reznor distribue son album (4 CD) depuis son propre site et fait des miracles économiques. A se demander si les grands pontes ont arrêté de croire en les labels.

La multiplicités des alternatives offertes par notre merveilleux monde de connexions a mis a disposition de ceux qui le souhaitent tous les outils détenus jusqu'alors (pour des raisons de coût) par les éditeurs. En effet, après le passage des studios au multi-pistes (permettant l'overdub1) et au numérique (permettant à quiconque possède un ordinateur de transformer sa chambre en studio), c'est l'avènement du haut-débit qui est en tain de changer la vie du monde de la musique. Mais cette fois, ce ne sont pas les techniques d'enregistrement qui s'ouvrent à un plus large public, mais celles de marketing.

Le site ninetynights.com ; en bas on peut lire “un projet de R.E.M. et Vincent Moon”Jusqu'ici tout le marché de la musique tenait sur ce point crucial que ceux qui avaient les moyens les utilisaient pour créer la communication et gérer la logistique nécessaire à la vente des supports. Aujourd'hui, les artistes peuvent (presque trop) aisément communiquer sur le web et assurer leur propre promotion.
Ainsi pour la sortie de l'excellent Accelerate, R.E.M. n'a pas seulement créée un profil facebook, mais également deux sites diffusant des vidéos et photos de promo2, sans l'aide de sa maison de disque. Radiohead, qui avait déjà vendu son dernier album en exclusivité via son siteweb, compte désormais ouvrir son propre "réseau social" façon Facebook. Ceci après avoir organisé un concours de remixs de son derniers titre… payant. Les différentes pistes nécessaires au remix étaient en effet en vente à l'unité, et sur iTunes. Ce qui ressemble non seulement à un pas (de géant et pas forcément dans la 'bonne' direction) de plus pour la vente "indépendante" en ligne mais également à l'ouverture d'un nouveau type de produit dérivé. Pire que les sonneries de mobile ou simplement plus moderne que les vinyles ? Le temps nous le dira.

Mais d'ores et déjà, on peut imaginer que les labels susceptible de réclamer plus de promo de la part de leurs artistes, limitant ainsi la charge qu'ils gèrent eux-même. Si certains prennent le temps d'entretenir un blog et de répondre aux messages reçu par leur compte sur tel réseau social, pourquoi n'attendrions nous pas qu'ils postent eux-même une interview sur youtube et partagent des photos récentes sur leur FlickR ? En sens inverse, cette prise en main des outils de communication par les artistes éviteraient peut être les dérives récentes où les groupes et leur major ne suivent pas la même "stratégie" publicitaire ou marketing, comme ce fut le cas le mois dernier entre Art Brut et EMI34.

Trent Reznor de Nine Inch Nails enregistrant Ghosts dans son studioLa vente en ligne elle-même a déjà largement progressé depuis l'effet In Rainbows puisque Nine Inch Nails a définitivement enfoncé le clou (de 9 pouces donc) via son recueil Ghost I-IV. Auto-publié et vendu en ligne5, ce nouvel album aurait généré 800 000 transactions rapportant un total de 1,6 millions de dollars à Trent Reznor. Et Radiohead (encore lui) s'improvise même organisateur de concert à la sauvette, postant sur son site les concerts gratuits qu'il met en place et leurs modalités (adresses, horaire, nombre de places et condition d'accès). Sans oublier la possibilité pour tout créer sa "boutique" merchandising sur ebay…
Le mythe a été repoussé, mais curieusement pas par ceux que l'on imaginait. Myspace était censé pousser d'illustres inconnus vers la célébrité par un bouche à oreille 2.0. C'est finalement les plus célèbres qui détournent l'appareil à leurs fins6. Ainsi l'ère informatique aura ajouté un échelon final à cette évolution, un état au-dessus de la filière habituel de dépendance :
autoproduction / label / major / autoproduction. La boucle est bouclée.

Thom York de Radiohead, electron libre du web Les éditeurs devenant alors une étape transitoire, uniquement, voués à perdre leurs meilleurs éléments (ce qui n'était jusqu'alors réservé qu'aux petits labels, lors de la transmission d'un artiste à une major). Reste à savoir si cette inversion profitera bien aux échelons inférieurs puisque ces acteurs ont désormais conscience de ne plus être l'ultime maillon de cette chaine. Les labels vont-ils ré-envoyer des agents dans les bars et fouiller les profils myspace ? Pourquoi pas. Après tout notre gouvernement a bien mis une personne en poste de l'information en ligne.

Quoi qu'il en soit, la progressive dématérialisation des supports de musique avait facilité la logistique en même temps qu'elle posait un nouveau problème de communication : comment parler (beaucoup et souvent) de quelque chose qu'on ne voit pas ? Le web 2.0 a fourni une réponse.


  1. Technique d'enregistrement des instruments sur plusieurs pistes qui pourront être mixées ultérieurement, permettant de rajouter des instruments ou des arrangements au moment de la production, et offrant une alternative à l'enregistrement "en live". [retour]
  2. D'abord www.ninetynights.com puis www.supernaturalsuperserious.com. [retour]
  3. Cette dernière ayant choisi de sortir un nouveau single sans les consulter. [retour]
  4. Le groupe mécontent quitta la major en réponse. [retour]
  5. Aussi bien en version digitale (dont une partie téléchargeable gratuitement) que physique (plusieurs éditions et coffrets). Une distribution exemplaire. [retour]
  6. En réponse à quoi, Myspace s'allie avec trois des quatre majors pour créer Myspace Music. [retour]

3 commentaires pour “Facebook, ebay, myspace… Voici le showbusiness 2.0”

  1. olivier dit :

    Hypra interesting ce papier, sur une évolution inéluctable d’un produit : le disque et d’une création : “la Musique” qui vit mais dont l’économie fout le camp…La le réseau profite au gros brochets mais profite-t-il aux émergents, aux héros de la mer perdue? Pas si sûr… En tout cas pour compléter l’excellentissime propos de notre sieur HP je renvois à l’article du numéro de printemps de La Scène “du disque au spectacle” ou comment des maisons de disques titaniques tentent de sauver l’embarcation en piratant des tourneurs…Et l’artistique? Il vivra toujours même lorsque ce système d’accumulation aura disparu j’en suis bel et bien sûr!
    Lire également le très bon “Antimanuel d’économie” T1 et T2 de Bernard Maris ou comment les réseaux crée de la coopération et comment la coopération créé un équilibre haut, mais aussi comment les réseaux notamment le peer to peer crée de la valeur monétaire.
    Tout un programme pour nos chers économistes libéraux, et toute une vérité pour nos icônes rock qui pratiquent le réseau!

  2. Billy HP dit :

    La dernière fois c’était Malraux. Ici sir Olivier nous sort tout à la fois La Scène, l’économiste altermondialiste Bernard Maris, et des mots comme “excellentissime” et “hypra”.

    Si j’avais des chaussures à cirer et un égo sur-dimensionné (ce que ma profession de permet guère) nul doute que je viendrais frapper à votre porte monsieur.
    Mais pour l’heure je trouve plus rationnel et plus engageant de conseiller à nos lecteurs de suivre ces conseils de lectures bien avisés.

    Le dernier commentaire (inoxidable nous dit on) était une retranscription du Monde ; ici on est pas si loin du Monde Diplo. Messires, merci de votre participation éclairée.

    Votre humble serviteur.

  3. Ilhem dit :

    Facebook a récemment annoncé que 20 000 profils sont supprimés tous les jours. Vous pensez directement aux faux profils ? Non des gamins de moins de 13 ans :D qui ne respectent pas la limite d’age sur facebook ! Et sur quoi se base Facebook pour les supprimer ? Le réseau social ne le précise pas. On était déjà habitué avec Google qui est souvent soupsonné de mentir sur ses déclarations afin d’améliorer son image, Facebook s’y met aussi.

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