Extension de la lutte des podcasts
Juillet 2007. Ou même Août. Tout était tranquille. On ne savait pas encore. On attendait le dernier Radiohead pour début 2008 dans le meilleur des cas, après de fausses rumeurs éventées qui évoquaient Novembre. On se retrouvait avec un nouvel album des Happy Mondays et un single des Smashing Pumpkins. C'était les seuls surprises. Le mot Torrent était à la mode et le téléchargement dit légal toujours pas.
Aujourd'hui on a plus que soupé des avis de chacun sur la manière dont la musique devait ou non être
vendue, sur l'utilité ou le danger représenté par le téléchargement et/ou le web 2.0. En Mai 2008, alors même que Coldplay offrait son premier single avant de vendre Viva La Vida par paquets de 250 000 le mois suivant, Digital Music News annonçait les résultats d'une étude confirmant que le téléchargement par Peer To Peer représentait 44% du trafic internet. Pourtant la semaine dernière, Bono se sentit obligé de prendre la plume pour avertir la presse de son désaccord avec les termes de son manager quant à la position prise par Radiohead en 2007.
Lors du MIDEM1 de Janvier dernier, Paul McGuinness avait déjà accusé les fournisseurs d'accès de cautionner passivement les téléchargeurs qui abusaient de leur bande passante à des fins illégales (ce en quoi il a raison) et avait alors appelé le gouvernement britannique a prendre ses responsabilités2. Mais plus récemment, le bon manager irlandophile s'en prenait cette fois directement à Radiohead,
lui reprochant d'avoir donné la possibilité à ses fans de voler purement et simplement un album qui aurait dû, en tout état de cause, bénéficier à quelque label ou major.
Bienfaiteur musical (lunettes de soleil en plus), Bono tient à son image de pape de la pop grand public, et ne pouvait laisser cet outrage rejaillir sur lui. Il a donc prévenu le NME qu'il n'était pas tout à fait d'accord avec son manager et trouvait pour sa part "courageux et imaginatif" l'attitude des Oxfordiens.
Les temps sont donc là : il est désormais plus cool d'être pro que anti. Même pour les plus populaires. Alors la révolte, habituellement fait de la jeunesse, serait-elle surfaite pour toucher désormais le mainstream ?
Internet était à l'époque (et je pèse ce mot tant il me semble que c'était il y a une décennie) pris comme un repère de geeks prêts à récupéré des gigabits de musique surcompressée, et de groupes amateurs incapables de trouver un bar pour jouer ou de passer devant un jury téléréel. Aujourd'hui Myspace est un logo omniprésent, on a presque oublié les DRM, iTunes est rattrapé (ou concurrencé) par les majors.
Génération iPod disent-ils ? Bien plus large qu'une génération, l'effet gagne toutes les couches sociales puisqu'on vise désormais les fameuses ménagères consommatrices. On ne lit même plus la phrase
"repéré grâce à myspace" dans les pages de la presse ou des blogs tellement on la reconnait de loin et le streaming3 est en passe d'enterrer les webradios dans les habitude de votre maman. L'univers web a gagné. La preuve en est le clip de Pork And Beans de Weezer qui détourne à son avantage les vidéos les plus vues du site d'hébergement et de partage. Ironie du sort pour qui sait que ce clip est (encore) avant tout destiné aux chaines de télévision désormais désertées au profit de Youtube…
En 1997, l'écrivain Maurice G. Dantec prenait le parti des pirates internautes en offrant cette phrase au Nomenklatura de No One Is Innocent : "Si vous pensez que les hackers ne sont qu'une bande d'anarchistes prêt à tout mettre à feu et à sang parce que ça les amuse, vous vous trompez du tout au tout. Nous sommes bien pires que cela". L'album s'appelait alors Utopia.
- Le Marché International du Disque et de l'Edition Musicale est une sorte de foire commerciale prenant lieu à Cannes, où se rencontre tous ceux qui vivent du marché représenté par le commerce de supports de diffusion d'une matière première qu'ils possèdent mais ne créent pas. [retour]
- Une remarque qui n'a pas encore touché notre propre gouvernement, puisque nous nous apprêtons à poursuivre plutôt les utilisateurs finaux que les responsables des contrefaçons. [retour]
- Possibilité d'écouter un titre de votre choix en direct en ligne, sans téléchargement préalable. [retour]
8 juillet 2008 à 12:18
Incroyable ce renversement des valeurs en effet !
Pas un jour sans qu’une “pointure de l’industrie” ou un groupe “dans le vent” ne balance son petit mp3 de promotion (Coldplay, Sharleen Spiteri, CSS et même Primal Scream) sur un site dédié. Voire livre en pâture son album pour des nefles (NIN, The Charlatans). A croire que plus personne ne s’abonne aux newsletters sans contrepartie digitalisée.
De là à savoir si la généralisation de la musique à l’oeil et légale rendra l’industrie du disques cool, il me semble que le combat est loin d’être gagné. Du moins dans la mesure où, comme tu l’expliquais, cette propagation du “tout web” (et numérique) risque surtout de noyer le poisson… et de dévaloriser encore un peu plus la musique.
NB : Le premier numéro de Volume donnait des chiffres assez intéressants sur la place réelle du téléchargement légal, finalement à relativiser. A mettre aussi en relation avec le regain d’intérêt pour le vinyle qui bénéficie ces derniers temps d’une seconde jeunesse (http://www.time.com/time/printout/0,8816,1702369,00.html).
8 juillet 2008 à 15:38
Tu noteras cependant que les “pointures” ne sont plus toutes des “indés” ; en effet aux yeux (oreilles ?) du grand public, Coldplay et Primal ce n’est pas du tout pareil.
Que N.I.N. donne sont album en ligne ne touchera pas grand monde, une fois remis à l’échelle globale des auditeurs ; alors que la possibilité d’écouter avant sa sortie le nouveau Carla Bruni gratuitement en ligne demain, ou l’accès aux demo des Metallica pendant l’enregistrement de Death Magnetic, auront beaucoup plus de poids dans la pensée collective (respectivement pour le public français et américain).
Je n’ai pas souvenir de ces chiffres dans Volume, mais en général il est reconnu que le téléchargement est en progression constante tout en restant (en terme financier) très relatif. Ce qui n’empêche aps de penser que sa progression logique va engendrer le renversement des habitudes : le volume (financier toujours, et non pas en unité vendues) téléchargé devrait surpasser le volume de supports “physiques” achetés.
Le CD devrait devenir (si on suit les études) un “gadget” pour collectionneur et fétichistes (ou, je me permettrais de rajouter, pour ceux dont l’équipement hi-fi est amplement supérieur en qualité au matériel informatique et qui y donne de l’importance) à l’image du vinyle aujourd’hui…
8 juillet 2008 à 21:48
Passionnants ces controverses, je ne saurais trop vous conseiller l’excellente étude du DEPS par François Moreau éminent spécialiste sur les perspectives de l’économie musicale :
http://www2.culture.gouv.fr/deps/pdf/prospective.pdf mais également la théorie de la longue traine d’Anderson qui dit en gros que le web et donc la meta information inverse les modeles économiques et on va d’une économie de rareté (star system à la johny) à une économie d’abondance avec une demande qui profite à plus d’artistes méconnus et émergents, la star économie s’aténue avec les réseaux hypra étendus. On nous a rabaché que la K7 vierge tuerait la musique et bien c’était faux le marché a globalement progressé…à bon entendeur ou à bon manager…
9 juillet 2008 à 17:06
La longue queue, comme elle est aussi appelée, a des effets intéressants sur le commerce de la musique (renversant le tous “pour le même”, par un “chacun le sien”) sans pour autant supprimer puisqu’on développe la vente de produits différents (le numérique à la place du support, ou l’indie plutôt que le mainstream, etc.) mais qu’on abandonne pas la vente.
Ce fut en un sens déjà le cas avec la vente des cassettes enregistrables et plus tard des CD vierges. Et c’est bien le propre de l’économie d’être en constante évolution/révolution. Le danger existe pour les entreprises qui ne changent pas. Sorte de Darwinisme libéral bien connu, qui touche les librairies papeteries à l’heure ou l’on ne fume plus et ne lit plus la presse, autant que l’industrie du disque qui ne voulait pas du mp3.
Ainsi, avec ce nouveau système, on devrait permettre à plus de “petits” artistes d’être vendus et représentés au plus grand nombre. Ils devraient donc plus facilement trouver acheteur (puisqu’on supprime une part des barrières en générant de l’information et un accès à leur musique) mais en touchant moins que les “grands” artistes qui bénéficiait du mainstream.
Reste à faire la preuve de ce qu’on nous annonce, c’est à dire que ces nouveaux élus pourront vivre autant que les précédents avec ce système.
9 juillet 2008 à 17:17
Nos confrères de Fluctuat Playlist l’ont évoqué intelligemment pour démontrer les effets de la Longue Queue sur la cohésion sociale (culturelle en fait).
C’est là : http://musique.fluctuat.net/blog/30912-mort-et-renaissance-du-top-50.html
De quoi étoffer encore le sujet.