Du mp3 partout, des playlistes nulle part
Alors que le combat pour la sauvegarde du CD dans son habitat naturel fait toujours rage, on a récemment remarqué un phénomène nouveau commercialement : la playliste.
Plus qu'une légitimation du mp3, une incitation à en consommer par paquets.
Vous l'avez remarqué depuis le début, l'expressway soutient cette idée de la musique libérée des contraintes commerciales de format (1 album tous les 2 ans, 12 plages, 54 minutes, 2 singles) exprimant autre chose qu'un ensemble de titres enregistré à une même époque. L'idée étant bien sûr que la musique existe en dehors de ces schémas préconçus dont la vertu commerciale va trop souvent à l'encontre de la musique, en
pesant lourd sur la créativité même des groupes, les forçant à allonger les titres ou combler les albums de chansons bâtardes ne servant qu'à atteindre les 12 plages et les faces B des futurs singles.
Une fois les morceaux libérés, on peut les traiter pour eux même, et mieux les associer dans une toute autre direction. Simple en théorie ; Facile donc à détourner. "Achetez ces titres-là plutôt que les albums ; et d'ailleurs on vous vend la playliste également"
Sur l'expressway, les playlistes visent à vous faire (re)découvrir certains groupe dans une autre lumière. Mais plus généralement, les playlistes sont souvent des énumérations désordonnée de morceaux favoris d'untel ou untel. Après tout, une liste de titres, n'importe qui peut en faire. Mais les ordonner de manière intelligente (ou utile) est autre chose.
On voit donc un phénomène de société se former (encore frêle mais grandissant à n'en pas douter) concernant ces playlistes qui bourgeonnent sur les sites de ventes en ligne. Chacun y allant de sa plume pour vider son réservoir et son iPod sur la table commune. Et vas-y que j'aime machin et que j'aime aussi machine… Amazon a sa Listmania, FNAC également où l'on même trouver quelque Philippe Manoeuvre exhibant ce qui remplit son iPod quand il part en promo… Et c'est là que les choses se mettent à pencher.
Si les Inrocks avaient publié une pétition en faveur du mp3 sous Raffarin, Rock&Folk conserve une orientation "disque" en incitant parfois à acheter tel ou tel album. Et
pourtant on a pu découvrir dans ses derniers numéros l'apparition d'une rubrique1 MP3 qui vous conseille sur ce que doit ab-so-lu-tely contenir votre balladeur numérique sur tel ou tel groupe2.
Bon alors ça y est on se doit d'avoir du mp3 pour être branchouille. Votre serviteur de voie rapide pourrait s'enorgueillir que le mouvement aille dans son sens, mais il trouve cela plutôt décevant. On retrouve là pêle-mêle les "meilleurs" titres de chaque album dans l'ordre chronologique. Résultat un gros répertoire bien chargé qui laisse de côté certaines touches de génie et erreurs de jeunesse si parlante. Et rien de bien neuf comparé aux innombrables best of sur chacun…
Pourquoi faut il toujours qu'on nivelle vers le bas, au lieu d'élever la culture ?



1 billy hp
29 novembre 2007 à 22:30Toutes mes excuses, l’article s’est retrouvé en ligne dans une version inachevée.
C’est désormais résolu.
Mea Culpa
2 buckshotgwen
19 décembre 2007 à 15:27C’est vrai que la “playliste” (en français dans le texte ?) est en train de triompher comme mode de consommation privilégié de la musique numérisée. Déjà, c’est un argument commercial plutôt efficace si l’on considère que les gros téléchargeurs sont également ceux qui sont les plus enclins à vouloir dénicher une pépite introuvable en CD.
De plus, sans support physique, difficile de s’approprier complètement un album, alors on se rabat sur les “singles”. On les arrange, les associe avec ce qui nous passe sous la main dans l’espoir de coller à cette hypothétique humeur du jour (voiture à toit ouvrant, heavy metal pour l’hiver, chasse au dahut psychédélique) qui sert d’intitulé à SA playliste.
Ca me fait penser à la mode du “mashup” ou des “minisodes” qui inondent le web : vite fait, vite mangé. Qui écoutera encore le double blanc des Beatles dans son intégralité d’ici 10 ans ? Pas sûr que Philippe Manoeuvre recommande non plus de se lancer dans les 8 minutes de Little Johnny Jewel avec son l’iPod…
PS : Que penses-tu de la nouvelle mode des “bandes sons” de livres rock (celles des Chroniques de Dylan ou de Lester Bangs) ? Seraient-elles les playlistes du CD ?
3 billy hp
21 décembre 2007 à 15:47D’une certaine manière tu ouvres là un débat intéressant et probablement pas si éloigné de notre sujet multipiste auditif : la mort du livre a été annoncée il y a bien plus longtemps que celle de son petit frère (compact ou vinyle), et ce bien avant qu’internet ne s’en mêle.
On a accusé les photocopieuses comme on a tiré sur les disques vierges au lieu de mettre en cause le fait que si on nous avait appris à lire, on ne nous avait jamais “inculqué” l’envie de lire (qui n’a pas indigestement avalé Balzac ou Flaubert alors qu’ils contiennent des pépites ?).
De la musique, vous savez déjà ce que j’en pense, mais je continue à imaginer que si des ados entendaient dEUS ou Idlewild au lieu de Fall Out Boys et Razorlight on n’en serait pas là.Si on retenait plus facilement des années 80 David Byrne et The Jam on aurait moins cette image gâtée par des Partenaire Particulier et des François Feldman…
Il en est donc du livre comme de la musique, aujourd’hui on essaye de ramener les gens ici ou là. Le bâton et/ou la carotte. Quand on peut pas mettre de radar, on mets des attrapes-nigaud. Pour ma part, je n’ai rien contre les playlistes dans les livres, mais ce n’est pas ça qui rendra meilleur mes bukowski ou moins bon un H. S. Thompson.
CQFD
4 aristidekurt
22 décembre 2007 à 13:40le livre c’est comme le disque, c’est à toi d’y aller et d’y plonger. la démocratie culturelle, l’éducation artistique c’est une belle chimère, il faudrait virer les trois quarts du ministère de la culture et placer iggy pop et al jourgensen ministre et secrétaire d’état. Après les playlists pourkoi pas? Chacun est responsable de bouger son ass et de sortir des euros ou de tuer les droits d’auteur. Moi the most important c’est l’impregnation du riff, la revelation sonore, le reste c’est du calimero!
la meilleure playlist n’est pas chez mac do mais bien sur la voie express. Bravo pour ton site, go on!
Le rock survivra, les supports et les trends eux spliteront…
5 billy hp
27 décembre 2007 à 16:35Merci beaucoup pour ce commentaire qui fait chaud au coeur en cette période hivernal.
“La démocratie culturelle, l’éducation artistique c’est une belle chimère” -> C’est sûrement vrai mais j’aime y croire. Sinon pourquoi tiendrais-je à jour, l’Expressway ?
Parce que je veux qu’un jour, on ne se dise plus “Mais le type qui joue derrière Josh Homme sur mon Songs for the Deaf, il me dit quelque chose…” mais plutôt “Putain, c’est énorme, le producteur de ce groupe c’est le guitariste chanteur des Foo Fighters, et tu sais quoi ? Il était ’simple’ batteur avant.. Oui mais chez Nirvana !!!” Car c’est comme ça qu’on apprend, qu’on découvre et qu’on jouit de cette culture immense qu’est le rock.
Je ne veux plus entendre (comme ce fut le cas pendant longtemps) que le punk est anglais car ce serait oublier les Ramones et les Stooges. Aujourd’hui tous les jeunots le savent mais demain on nous dira que le rock anglais c’est Oasis et on oubliera The Who ce genre de choses. De même, certains confondent new wave avec Synthétiseur 4, la compile ultime ce qui est à la fois navrant et grave.
Je ne suis pas omniscient et par rapport à nombres de ‘rock critics’ auto-proclamés, je n’étais pas présent lorsque tous ces groupes “cultes” mirent leur premier pied sur scène. Mais je me renseigne et surtout, au lieu de perdre du temps à me faire mousser, je partage ce que j’ai vu.
Alors tout cela est pour vous. Encore merci à tous ceux qui en profitent. Meilleurs voeux à tous.
6 aristidekurt
29 décembre 2007 à 16:01mon cher billy,
tu as entièrement raison, ce sont les utopies qui font avancer le monde et les idéalistes qui lui ouvrent les portes, les rockers en font partie, au plus au point, en retraçant leur histoire tu mets ta pierre à l’édifice, édifice qui ne s’appelle pas contestation mais bien conscience et responsabilité personnelle de nos actes et de nos paroles, la
7 aristidekurt
29 décembre 2007 à 16:04…(oups désolé la suite arrive) …la pensée rock est bien plus noble et sans concessions que tout ce qu’on entend par ci et la (sauf oasis ahahah! je plaisante), un peu comme gandhi, ces ptis gars rock qui grattent leur guitare depuis des fonds de cave depuis plus de 50 ans nous font croire à un autre monde, surtout moins con! très bonnes fêtes.
8 billy hp
7 janvier 2008 à 9:17Noble conscience et responsabilité. Vos mots vont droit au coeur cher AK.
J’ai donc pris une décision : l’expressway continuera sa route en 2008.
Libre à vous de marcher sur son bord ou d’embarquer dessus.
Mesdames et messieurs, une utopie est en marche ! Et tenez vous bien, car elle est rock…