Des mots pour le dire, des guitares pour le taire
Le rock est une musique, rythmée et mélodique, offrant une large gamme d'harmonie et de style. La chanson elle est centrée sur des textes et des mélodies simples, chantante et dansante. Avec le temps les deux en sont venu à s'opposer, le premier jouant de complexité quand le second touchait le plus large public. Du moins en France. Les pays anglophones n'ont pas cette vision des chansons à texte. Ni nos préjugés.
France terre d'écueils.
Plus que nos concitoyens, les américains sont familiers du rock. Il y a du rock dansant, du rock méchant, du rock ambiant, du rock pour tous les âges et toutes les classes. Ce qui leur permet d'avoir une frange de rock plus orientée sur ses paroles. Paroles narratives, descriptives d'un environnement social, touchantes de véracité. La chanson sur fond de rock a fait là-bas un beau chemin. Des complaintes de la country (Johnny Cash, Hank Williams) aux crooners (Frank Sinatra, Bing Crosby) en passant par les protests songs du folk (Bob Dylan, Leonard Cohen) et les girl-groups (Shangri-Las, The Supremes), toutes ont eu quelque chose à dire et raconter. Ce qui fait d'elles des empreintes, des souvenirs collectifs, et de leurs auteurs des proches. Exemples marquants, Elvis reste un conducteur de camion dans l'imaginaire des routiers et est souvent considéré comme "un des leurs" par les ouvriers et employés tant les situations qu'il décrit sont empreintes de réalisme (réécoutez Nebraska).
La où l'Amérique joue sur toute la palette du rock pour porter ses paroles, l'Angleterre joue la carte de l'unité malgré (ou par dessus) tout. Si le rock reste donc un peu abrupte, les textes eux démontrent que cette société est unie. Le trublion Pete Doherty est réputé pour sa plume croquant les facettes de l'albion malgré un rock et une attitude trop subversive pour les masses. On a également largement acclamé (à raison) le talent narratif de Alex Turner pour ses portraits de la jeunesse anglaise dans les chansons des Arctic Monkeys.
Historiquement, cette tendance est déjà présente dans les années 60 avec notamment les Kinks dont l'écriture mature de Ray Davies donne quelques hymnes enflammés que peu de Lennon1 ne dépasseront. Mais c'est dans les années 80 que le plus marquant personnage dans ce domaine apparait, au travers de Morrissey qui sut mieux que quiconque brosser le tableau des
"little englanders", cette classe moyenne des travailleurs britanniques. Après lui vint toute la britpop qui reprit ce ton et ce style avec plus ou moins de réussite (Jarvis Cocker avec et sans Pulp, certains Blur de la grande période). Mais ce courant avança encore d'un pas en y ajoutant la fierté d'être anglais, une forme de célébration que reprit récemment Damon Albarn au sein de The Good The Bad & The Queen. Pas foncièrement nationaliste, un peu chauvin peut-être, mais surtout rassembleur. Brandissant l'idée que si cette nation est pourrie dans le bois et détrempée jusqu'à l'os par les averses, c'est quand même leur nation.
Dans nos contrées, le rock conserve une image douteuse, un côté un peu rebelle (et une étiquette anglo-saxonne) lui proscrivant toute possibilité d' accéder au grand public. Jeunesse braillarde et vieux retros en perfecto. Peu importe, le rock français s'en contente et s'est développé avec un certain cachet. Ce rock-là a récupéré l'héritage littéraire de notre pays et fait des incursions dans la poésie (de Gainsbourg à Bashung via Noir Désir) très réussies, mais personne ou presque ne s'est risqué à être réaliste. Concret. Touchant de vérité. Là où les anglophones font des paroles, nous faisons de la prose. Ici, on ne sait pas bien écrire des choses simples et populaires.
Alors si le rock ne peut toucher tout le monde, il reste la bonne vieille chanson. La chanson traditionnelle fut secouée par l'arrivée de la variété, un peu protestataire (Sardou), un peu marginale (Fugain, Polnareff), et depuis lors, des générations de chanteurs viennent la remettre au goût du jour (Souchon, Sheller) en en conservant l'essentiel : des mots et une mélodie. Et c'est exactement ce que la (prétendue) nouvelle scène française met en avant.
Ce sentiment d'appartenance, ces descriptions de scènes que nous connaissons tous, qui sont de notre univers. Les contestations sans colères, la célébration des petits travers de tous les jours, l'amour des idiotismes… Cette même recette appliquée cette fois à une instrumentation empruntée au rock (guitares, piano, section rythmique…) fait des émules, au grand dam de la presse rock qui fustige ce non sens. Le ton est jugé trop pompeux, trop étudiant en lettre2 et les musiques trop mollassonnes. Mais encore une fois, ce n'est pas du rock. Bien évidement on préfèrerait un rock qui chante ces mots là, mais rares sont ceux qui s'y sont risqué (Miossec un peu, Daniel Darc occasionnellement).
Reste alors à se demander pourquoi n'avons nous pas un rock français consistant musicalement orné de paroles francophones efficaces. Et qui saura transgresser les habitudes tricolores et nous faire ce rock ? Quand donc naîtra donc enfin le rock français ?



1 niKo
18 mars 2008 à 16:35La langue française a un sérieux problème pour le rock, elle est monotone, au sens littéral du terme, c’est à dire sans accent tonique.
Du coup, se rendant vite compte que “je veux être ton chien” est un slogan bien moins efficace que “I wanna be your dog”, les rockers français ont essayé de faire de la poésie, voir de la politique. Malheur. On se souvient tous de Damien Saez…
Après, il y a un problème social. En UK, le rock est un truc de classe très très moyenne, une classe d’ouvrier qui n’existe plus en France. L’Angleterre est économiquement un pays à la traîne dés qu’on sort du centre de Londres, et sans politique sociale, rétamé par Tatcher, ignoré par Major, et devenu trop lourd pour Blair.
Pour des raisons historiques sociales, culturelles et politiques qui n’ont peut-être pas à être débattus sur le zinc d’expressway, le réalisme, la description de la vie de la luppen-middle-class française a été rapidement, dés les années 80’s, la chasse gardée du hip-hop. Avec ce même chauvinisme d’une certaine manière que tu décris en UK. Dans les textes d’NTM, d’AssAssin, de Démocrate D à l’époque tu ne trouvais pas non plus de poésie, ni de textes politisés au sens Noir Des’ du terme. juste de l’état des lieux, de l’urgence sociale.
La langue de Voltaire se prête mieux à mon sens au Hip-Hop qu’au Rock. Cependant, pas autant que celle de Lorca (c’est pour faire une boucle avec Mc Gowan;))
2 Special Agent Cooper
21 mars 2008 à 14:11J’estime pour ma part que l’explication de texte a peu de valeur à mes oreilles. J’écoute à l’instant même “Underwear” de Pulp… si quelqu’un peut m’expliquer le sens des paroles de cette merveille de sons et de sonorités Rock, je serais bien aise de l’entendre…
J’attends alors une explication des tubes de Bowie, de “Heroes” à “I’m deranged”.
Je pense l’avoir déjà dit quelque part sur ce site : la langue anglaise a pour elle des sonorités et une brièveté syllabique (je ne veux surtout pas dire “indigence”) qui lui donnent plus de puissance évocatrice et plus de lyrisme que les langues latines. Une sorte de langue magique dans laquelle des locutions telles que “off”, “up”, “now”, “love”, etc. sont des incantations plus primaires mais plus pénétrantes que nos long adverbes dont le français raffole…
3 niKo
21 mars 2008 à 15:32j’espère ne pas avoir été mal compris dans mon précédent post… mes dires allaient dans le même sens que ceux de l’agent.
4 Billy HP
21 mars 2008 à 15:36Cher correspondant à Twin Peaks, il y avait longtemps…
Votre propos me semblent vrai.
Oui, la langue qui court par delà les falaises de Dover (et qui cesse après le mur d’Adrien hein, parce que faut pas se foutre de moi, il ne parlent pas anglais là haut. Un patois pygmée peut être mais c’est pas de l’anglais ça… Déjà Manchester j’ai des doutes alors…) possède une brièveté qui se prête bien à une musique rock. Niko avait déjà raison en évoquant l’accentuation tonique (ouah, un terme qui m’évoquent mes plus belles années à étudier la sémantique et la sémiologie). Tous ces éléments vont de paire avec cette musique rythmée.
Mais cela n’empêche, Agent Spécial, que certains ont su jouer de la rugeuse langue teutonne (Laibach, rammstein, Kraftwerk…) comme outil dans le rock, aussi utile que la fluidité albionne. Alors nous pourrions trouver une case où rentrerais la spécificté sonore de notre patois. Gainsbourg l’a d’ailleurs brillamment démontré (Melody Nelson et L’homme à Tête de Choux en sont truffés d’exemples). Mais au delà de l’aspect sonore, je continue à trouver que l’on peut rajouter une dimension à ce préchi-précha. Une valeur émotive ajoutée.
Quant à votre rien-à-foutrisme de l’explication de texte, je pense que c’est un suejt plus profond. Bowie a toujours reconnu être un mauvais parolier, pratiqué le cut-up etc. Pourtant cette méthode marche chez radiohead, et a rendu quelques Bowie fameux. Alors pourquoi ne pas AUSSI tenter le petit plus réaliste. Pas tous, pas tout le temps. Et pourquoi pas les français ?
5 niKo
21 mars 2008 à 16:39je réitère mon propos: penche toi sur le cas du hip-hop. Attention, pas la soupe immonde fournie sur les FM et les MTV, Virgin 17 et consort.
Mais si le patois parlé outre mur d’Adrien, et outre Muir Éireann n’est pas de l’anglais, il n’en reste pas moins un idiome poussant invariablement à la consommation de breuvage malté ou houblonné. Si c’est pas R’n'R tout ça, que le foi de Shane Mc Gowan me hantent pour 7 générations!
6 Billy HP
21 mars 2008 à 16:52Je ne vois pas l’allusion au hip hop. Oui ils utilisent au mieux la fluidité des mots (ce qui est aussi valable pour les rappeurs français que leurs homologues américains). cela corrobore ce que nous disions tous trois sur cet aspect de l’anglais
Mais pour le rock ?
7 olivier
21 mars 2008 à 22:48quelques petites pistes d’explications au non-rock français qui verra un jour le grand jour : depuis 1959 et Malraux et depuis plusieurs siècles on défend une culture d’exception, de prestige et d’excellence en France, comme si nous étions les seuls à savoir créer quelque chose, “les cathédrales de la culture” disait dédé M, résultat la culture en général et musicale en particulier (celle qui nous intéresse ici) s’est focalisé sur l’écrit, la richesse des mots, les poètes comme on dit, Férré, Brassens, Brel, etc…Résultat nos jeunes poulains ont été assommés par cet héritage textuel et le rock Français faute de l’être dans les mélodies et les rythmes (rock) l’est dans les mots, dans le sens…Quoi de plus rock que Ferré ou Miossec? Ou encore Bashung? Même si ils sont loin de nos anglosaxons sur bien des points. Le rock Français n’est peut être pas le meilleur mais il a le mérite d’exister dans le texte, à tort ou à raison? Vaste débat…A bon débatteur salut.
8 Billy HP
21 mars 2008 à 23:44Excusez moi mais je m’enorgueillis de recevoir ici autant de gens cultivés et donnant des réponses intelligentes.
Tout à fait d’accord avec toi Olivier pour les cathédrales et leur héritage de pierre. Et c’est une réussite que cette poésie française qu’utilisèrent Cantat, Gainsbourg, Bashung, et tant d’autres. Reste que, et c’est le sujet de cet article, rares sont ceux de nos rockeurs qui ont tenté de décrire par leurs textes un univers touchant de réalisme.
Il y a un rock français qui ne glisse pas trop sur le registre de la poésie (et qui est loin loin loin de Malraux), c’est la célébrissime “scène parisienne” des Naast, Shades et Second Sex (encore que, pas tous) mais là encore on est pas dans le contexte de “réalisme narratif”.
Pour ceux qui ne visualiserait pas ce dont je parle, je vous glisse ici un extrait pertinent :
And as the microphone squeaks / A young girl’s telephone beeps
Yeah she’s dashing for the exit / And she’s running to the streets outside
“Oh you’ve saved me,” she screams down the line / “The band were fucking wank, and I’m not having a nice time”
[Arctic Monkeys, Fake Tales of San Francisco]
Un morceau qui rappellera bien quelque chose à tout ceux qui sont allé en boite contre leur gré…
L’Agent Cooper avait raison en un sens, chez nous les seuls qui “raconte” quelque chose sont les rappeurs. Les refouloirs à l’entrée des boites, les nanas qui te lâchent, les contrôle de papier… A quand la France vue de face par des rockeurs ? Pas de sitôt visiblement.
9 niKo
25 mars 2008 à 17:13“Reste que, et c’est le sujet de cet article, rares sont ceux de nos rockeurs qui ont tenté de décrire par leurs textes un univers touchant de réalisme.”
Oui, c’est de ça que je parlais en te disant de te pencher sur le cas du hip-hop
“L’Agent Cooper avait raison en un sens, chez nous les seuls qui “raconte” quelque chose sont les rappeurs. Les refouloirs à l’entrée des boites, les nanas qui te lâchent, les contrôle de papier… A quand la France vue de face par des rockeurs ? Pas de sitôt visiblement.”
Pardon, mais je crois bien de tu nous confond l’agent et moi…
“Les refouloirs à l’entrée des boites, les nanas qui te lâchent, les contrôle de papier… A quand la France vue de face par des rockeurs ”
les nanas qui te lachent je pense que pour le coup, le sujet a été traité par le rock français, pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs. Pour le reste, pour se faire jeter des boites et contrôler l’identité, il faudrait que les rockers français arrêtent d’être des petits blancs de bonnes familles…
Le problème du rock français, c’est que dés que ça commence à vouloir parler réalité, ça vire au discours politique avec slogans à la con à gogo. J’en confère aux Bérus là encore pour le meilleurs, aux sales majestés pour le pire…
Cependant tu soulèves une question: Artic Monkeys c’est du rock ?
j’arrête, j’arrête….
10 Billy HP
25 mars 2008 à 18:49“Pardon, mais je crois bien de tu nous confond l’agent et moi…” -> C’est possible, lequel des deux vit avec un nain dans un rideau rouge ?
Je crois que je fatigue moi.
“Artic Monkeys c’est du rock ?-> et voilà, ça y est, jà force de me frotter les yeux pour lire et relire je me suis décroché une paupière.”
“dés que ça commence à vouloir parler réalité, ça vire au discours politique avec slogans à la con” -> là pour le coup ce n’est que trop vrai. Cf olivier ci-dessus, malraux et tout ça. Parfois, même si j’adore Baudelaire, je voudrais que l’on arrête de nous tourner et lécher des phrases dans tous les sens. je veux juste qu’on me dise des trucs qui touchent.
Tiens là (je sais que cela va te refaire rire niKo, et en faire grimacer quelques uns), je trouve ces jours-ci que La Chambre Rose de La Maison Tellier a tout à fait réussi son coup. Folk sympa-simple qui raconte un bordel. Ça marche. Ça touche. Reste à définir si c’ets un tant soit peu rock à ce niveau là.
11 niKo
26 mars 2008 à 11:10Bon allez faut arrêter ce débat rock/pas rock, ça vire au Rock&Folk là…
Rien contre la maison Tellier effectivement, largement plus écoutable à mon goût que leur libidineux homonyme eurovisionnaire
Rien contre les singes artiques non plus par ailleurs, je suis pas arrivé à accrocher personnellement mais bon…
Pour en revenir au sujet, j’ai abandonné l’idée du rock (en) français depuis pas mal de temps, je garde un oeil sur la scène punk par attachement sentimental, mais pour le reste…
12 Billy HP
26 mars 2008 à 11:32“ça vire au Rock&Folk” -> être français & rock en 2008 c’est avoir la barbe et porter des lunettes à l’eurovision, en duao avec une dinde ?
“homonyme eurovisionnaire” -> d’autant plus judicieuse comparaison que La Maison Tellier est signée chez un tout petit label normand nommé ” Euro-visions” !!!!!!
“abandonner” -> non je n’en vois pas l’intéret. Je soulève juste cette idée qu’il manque un maillon chez nous. Et je pense que c’est faisable. Qui sait. On le verra peut être naitre maintenant qu’on est vigilant.
13 niKo
26 mars 2008 à 11:41abandonner, je persiste. pas le rock français, mais le rock francophone en tout cas. Et je me désintéresse du retour de Noir Des’ à la fête de l’huma comme du dernier single Luke, oui.
Etre rock en 2008 c’est aussi être borné donc :p
14 Antoine Inoxydable
14 avril 2008 à 12:54Voici un article du monde du 12 avril “Le rock français parle anglais” postérieur de quelques semaines à celui de Billy. Je me laisse donc à penser que notre ami devient un référent, pour emprunter un mot du vocabulaire de l’Education National.
QUOTE :
Si le Printemps de Bourges, à ses débuts, en 1977, militait pour une nouvelle forme de chanson française, la 31e édition du festival, qui se tiendra du 15 au 19 avril, témoigne du vent d’anglophonie qui souffle sur la scène musicale hexagonale.
Car c’est un fait : le rock français chante de plus en plus et de mieux en mieux en anglais. A Bourges, le phénomène concerne les têtes d’affiche comme Yaël Naïm, la Franco-Israélienne portée par le tube international New Soul, ou Camille, qui, après deux albums en français, a choisi l’anglais pour son disque Music Hole. Même chose avec la scène pop : The Do, Cocoon, Moriarty, Syd Matters, HushPuppies, Soko, Fancy. Et aucun des jeunes espoirs sélectionnés par le Printemps dans la catégorie rock ne s’exprime en français.
Pour un musicien français, chanter en anglais a longtemps relevé du suicide commercial. Sauf exceptions (les Dogs, les Thugs), l’accent était déplorable et les groupes étaient considérés avec dédain à l’étranger. “Il y a quinze ans, chanter en anglais nous condamnait à la confidentialité”, se souvient Alan Gac, responsable du label Cinq 7 (The Do), qui, au début des années 1990, avait produit, sans réussite commerciale, de nombreux groupes anglophones au sein du label Rosebud. “Aujourd’hui, la qualité a beaucoup progressé. La pratique de l’anglais est quotidienne, en particulier grâce à Internet, qui permet de communiquer avec des artistes du monde entier et d’être au fait de toutes les tendances.”
Ainsi, l’album Ghost Days, du groupe Syd Matters, rivalise avec les meilleures productions folk-rock anglo-saxonnes. Pour son chanteur, Jonathan Morali, “il est plus naturel d’écrire et de chanter en anglais. La sonorité de cette langue me touche ; avec elle, je me sens plus musicien que poète.” Olivier Jourdan, guitariste du groupe HushPuppies, soutient même que “le rock ne peut convenir qu’à la rythmique de la langue anglaise. Je n’ai jamais pu écouter de rock en français.”
L’amélioration notable de l’accent des chanteurs tient parfois au contexte familial. Simon Buret, chanteur d’Aaron, dont l’album Artificial Animals Riding on Neverland a connu un succès surprise, est à moitié américain. Olivia B. Merilahti, charismatique chanteuse de The Do, est trilingue : “Mon père français s’exprimait en anglais avec ma mère finlandaise.”
Les fans de Moriarty s’étonnent, après un concert, de les entendre parler français. “Nous sommes trois Franco-Américains et un Suisso-Vietnamien”, dit Rosemary Standley, chanteuse de ce groupe de country-blues délicat, dont l’album Gee Whiz but This Is a Lonesome Town s’est déjà écoulé à 50 000 exemplaires. “Nos fantasmes musicaux sont ancrés en Amérique.” Le brassage des langues est tel chez Moriarty que le goupe “n’exclut pas de chanter en français, mais pourquoi pas aussi en italien ou en allemand”.
Les musiciens électroniques de la French Touch, menée par Daft Punk, ont montré la voie dans les années 1990. Et aujourd’hui le rock français anglophone n’est plus frappé de malédiction. En janvier, A Mouthful, de The Do, est arrivé en tête des meilleures ventes d’albums, en France, la semaine de sa sortie, une première pour un groupe français s’exprimant en anglais.
Pas simple pourtant pour ce type d’artistes de s’imposer, alors que des quotas de 40 % de chansons francophones sont imposés, depuis 1986, dans les radios en France. “Nous rentrons en concurrence avec tout le répertoire anglo-saxon, regrette Stéphane Gille, patron du label Sober & Gentle, producteur de Cocoon et Hey Hey My My. Cela nous ferme presque totalement les portes des radios.”
L’obstacle peut se contourner en plaçant des titres en illustration d’une publicité ou d’un film. Le succès de The Do doit par exemple beaucoup à la synchronisation de la chanson On My Shoulders avec une publicité pour les cahiers Oxford ; celui d’Aaron à la présence d’U-Turn (Lili) dans le film Je vais bien, ne t’en fais pas ; New Soul, de Yaël Naïm, a été utilisé par Apple ; des titres de Cocoon ont illustré des publicités pour Danone et Volkswagen.
Internet peut être un autre moyen pour se faire connaître en France et à l’étranger. La Française Soko (Le Monde du 11 avril) est ainsi devenue un phénomène de la blogosphère. D’abord conçue comme une blague avec un nom de groupe de circonstance, la page MySpace des Teenagers a suscité un tel buzz que ces Parisiens ont été signés par les Anglais de XL, le label de Radiohead et se préparent à jouer dans des festivals comme Coachella aux Etats-Unis ou Glastonbury en Angleterre. Pour la plupart de ces groupes, l’usage de l’anglais favorise la sortie de leurs disques et les tournées à l’étranger.
Décomplexés sur la scène internationale, ces très jeunes musiciens semblent être complexés par rapport à leur langue natale. “C’est hyper dur de chanter en français, d’arriver derrière Murat, Bashung, Miossec ou Dominique A”, avoue Mark Daumail, le chanteur clermontois de Cocoon.
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