Début 2008 : le 45 tours des morts vivants

Il y a un moment que les chiffres tiennent compte de l'hémophilie des disquaires. Et qu'on nous annonce la mise en place du règne du mp3, support virtuel que les consommateurs audiophiles achèteraient à l'unité. Le grand retour du dieu single. La renaissance du 45 tours et l'avènement d'un nouvel âge de consommation. Avec les disquaires (enfin leurs sites web) dans le rôle des sorciers vaudou, releveur de morts.
Mais comme tous les été, ce film d'horreur a beau avoir de bons acteurs, il repose sur un mauvais scénario…

La Fédération Nationale d’Achat des Cadres plus connnue comme FNACLe pitch étant donné, voici venir les acteurs. Radiohead et N.I.N., présentis durant tout ce premier semestre comme les têtes d'affiche, ne sont plus en course1 et c'est plus probablement Muse qui prendra le rôle. C'est l'un des plus gros vendeurs des dernières années puisque ses six derniers singles sont entrés dans les charts dans le top 10 et qu'il ne quitte pratiquement jamais le top 30 FNAC, et ce malgré ses titres au format pop (le fameux verse/chorus/verse) qui se permettent des dépassements de plusieurs minutes, notamment en live, empiétant sur ce qui fut le territoire psychédélique voire progressif. Intérêt de la formule, d'un point de vue strictement commercial ? Chaque morceau peut être considéré comme un mini concept album avec ses montées et descentes.

Muse HAARP coffret DVD + CD liveDont acte : Matthew Bellamy a déclaré qu'il pourrait se contenter de ne sortir que des singles par intermittence. Ce qui inclue la régularité ("tous les deux-trois mois, annonce le groupe) et la permanence de leur présence dans les rotations des radios et le coeur des auditeurs. Poussant plus loin le concept (et faisant oublier l'onéreux DVD-CD live récent), le guitariste-pianiste avoue penser à "sortir un Best of de temps en temps, qui remplacerait l’album." Révolutionnaire non ? Un concept qui ressemble comme deux gouttes d'eau à ce qui se pratiquait dans les années 60, comme annoncé plus haut. A ceci près qu'à une période, on se refusait à ajouter les chansons déjà sorties en single dans les albums, considérant que ce serait voler les consommateurs. Mais ça pour le moment personne n'en parle…

Le même esprit est évoqué chez Black Francis. Après avoir sorti un recueil ces deux dernières années un recueil de live, demo et versions acoustiques (Christmass), une compilation de b-sides et un double best of braqué vers les collectionneurs puisque selon l'édition on n'y trouvait pas le même disque bonus (trois différents tout de même), ce quiSvn Fngrs de Black Francis pourrait s'apparenter à une volonté de vendre du CD, l'ex-Pixies et ex-Frank Black a sorti cette année a fait un étonnant demi-tour en sortant un court album (Svn Fngrs culmine à 20 minutes) disponible en téléchargement gratuit (titre par titre) sur son myspace. Et annoncer vouloir continuer de la sorte.

Pour le grand méchant, on guetta les vendeurs de CD du coin de l'oeil mais ceux-ci affichaient plutôt une mine de victimes. L'observatoire de la Cité de la Musique tirait récemment son bilan des ventes du premier trimestre 2008 ainsi : "17,4 millions de CD audio, pour un chiffre d’affaires s’élevant à 226,5 millions d’euros." Soit par rapport à 2007, même période, une chute des ventes de "-11% en volume et de -12,3% en valeur". Notre bonne vieille FNAC nationale serait désertée malgré sa climatisation ? Pas vraiment. Lors du départ de son ex-PDG, Denis Olivennes2, l'enseigne verte et or affichait un résultat de +20% sur les 5 dernières années… Bien sûr la FNAC ne vend pas que du disque, loin de làMatt Bellamy HAARP live (les disquaires d'aujourd'hui ne vendent pas des CD mais des produits dérivés) ; mais c'est bien grâce à cette activité qu'il a fait fermé tous les disquaires indépendants.

Alors bien sûr ce serait mentir que d'affirmer que si l'industrie va mal, les commerçants eux vont bien. Mais on a constaté un phénomène récurent ces derniers mois : les ventes de singles (non numérique) chutent alors que celles d'albums récupèrent une part du marché. Sans compter également le phénomène du retour du vinyle comme objet de luxe dans les consommations nouvelles. Ajouté au fait que la perte sèche la plus raide en terme de ventes a lieu dans les supermarchés plutôt que les grandes surfaces spécialisées, et on a vite fait d'aboutir à cette conclusion temporaire : à défaut de massacrer son commerce, le tueur en série numérique dévore les intrus du marché.


  1. Radiohead affirmant même ne plus vouloir refaire le coup d'In Rainbows. [retour]
  2. Parti en mars dernier pour rendre une étude sur le téléchargement illégal au gouvernement. [retour]
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1 Billy HP

27 juillet 2008 à 20:08

A lire absolument également : http://musique.fluctuat.net/blog/30295-le-bon-bono.html#commentaires
Où comment le parlement européen doute que les coupables sont bien les téléchargeurs…

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