Damned, Damned, Damned : La donation éternelle 2
Déclaré persona non grata de l'entourage de McLaren, le combo de Captain Sensible retourne sans attendre à Pathway pour enregistrer un premier album : Damned, Damned, Damned. Nick Lowe considérait toujours le groupe comme des débiles mentaux incapables mais re-signa sans hésiter. Ce qui ne l'occupa finalement qu'une poignée d'heures avant noël. Pour un résultat étourdissant.
Tout part sur la basse tremblante du Captain, un riff à la Eddie Cochran, comme pour dire "C'mon everybody !", soudain enfoncée six pieds sous terre par un fuzz ultraviolent. C'est Neat, Neat, Neat qui démarre et une trentaine de Harley vous passe dessus. Suivent en tout dix morceaux originaux, enfantés par un Brian James inspiré, un morceau de Rat Scabies, le syncopé Stab Your Back, et on ferme la danse macabre par la reprise chaotique/cathartique du 1970 des Stooges, ici renommée I Feel Alright.
Au coeur de la furie, le disque dévoile sa face sombre, l'école même de Vanian. Ici, ce n'est qu'élucubrations malades (Feel The Pain) et allusions morbides posées d'une voix de dandy (Fan Club) sur des rocks étranges tressautant en violentes quintes de toux (One Of The Two). Autant dire qu'ajouté au jeu de scène de Nosferatu, les futurs gothiques auront là assez de matière à se mettre sous la dent. Déjà sur New Rose (jeu de mot sur Nevrose) on pouvait sentir que le groupe ne jouait pas le jeu de la révolution politique populaire de ses confrères Lydon et Strummer. Le clou est cette fois bien enfoncé. Dans le cercueil, cela va sans dire.
D'une manière générale, l'album alterne entre les titres propulsés comme des balles dans un canon tels Fish, composé du temps de London SS, See Her Tonite ou l'outrageant So Messed Up1" avec d'autres plus fignolés, comprenant même quelques remontées de manches pas infirmes sur I Fall et un essorage de cordes strident sur Born To Kill, rappelant ainsi qu'on vénère autant Asheton et Sonic Smith2 que les Ramones. Double paternité intéressante puisqu'elle affirme aussi ne rien devoir aux Pistols, contrairement aux dizaines de groupes de 1977…

Niveau qualité on est constamment dans la zone rouge. Le volume saute d'un pied sur l'autre, rien n'est calé, la batterie glisse sur ses propres glaires, et il n'est pas rare que les "choristes" criards débordent sur le chanteur. Who cares ? L'énergie est là, intacte, et Damned, Damned, Damned démontre plus d'originalité les rocks brûlants mais parfois mollassons de Nevermind The Bollocks et d'authenticité que les reggae de The Clash. Et encore une fois, The Damned les précède de quelques mois. Car le plus souvent, on a résumé ce groupe ainsi : l'un des premiers groupes de punk anglais, le premier single de punk anglais, le premier album punk anglais. Full stop.
Suite logique, de plus haut ils montent… Ils allaient être parmi les premiers à se planter.
Sorti le 18 Février 77, le succès du LP3 propulse le groupe en première partie de (l'ultime tournée de) T.Rex dès Mars. L'acquisition par leur ex manager, Czekowski, du Roxy club transformé en salle punk, permit quelques soirs en tête d'affiche4 et l'envol en Avril pour une mini tournée américaine passant par le Rat Club de Boston, le Whiskey A Go Go de L.A. et une résidence d'une semaine au CBGB's. Ajoutez les premières parties des Adverts et de Mötörhead au Roundhouse de Londres, et à la fin de l'année l'ambiance n'est déjà plus la même.
Brian James réclame un second guitariste pour le
délester un peu jouer clairement dans la cour du MC5 et des New York Dolls. Et pour reléguer définitivement Sensible à la quatre cordes, et conserver le monopole des compositions. Il finira par avoir gain de cause et Edmond Lu rejoint l'équipe juste avant la seconde édition de Mont de Marsan. Les sessions du futur Music For Pleasure s'ensuivent, avec la complicité du saxophoniste jazz Lol Coxhill sous la direction de Nick Mason5 puisque James souhaitait un tournant psyché Pink Floyd. Un cocktail décevant pour toute la génération New Rose qui pogotaient dans les rues de Londres.
Rat quitta le groupe en octobre 77, imité trois mois plus tard par leur label, Stiff. En Mars Brian James annonce le split d'un groupe devenu "un cartoon" à ses yeux.
La suite est faite de reformations (souvent mauvaises et rarement punk) avec Captain Sensible à la guitare, et de carrières parallèles discutables6… Au point que même l'excellent premier album, cet impérissable don des abîmes, est aujourd'hui oublié.
- "She's so messed up I think I'd rather fuck her mum !" ; Litt. : Elle est tellement défoncée que je crois que je préfèrerais sauter sa mère. [retour]
- Respectivement guitaristes des Stooges et de MC5, les deux groupes proto-punk du tournant 1970. [retour]
- Dix semaines à la 36e place des charts. Là où les Sex Pistols n'auront jamais reconnaissance de leur 1ere place. [retour]
- Dont une performance avec le punk transsexuel New Yorkais, Wayne County, et une autre en présence de Jimmy Page et Robert Plant de Led Zeppelin… [retour]
- Bien qu'ils auraient préféré Syd Barett, mais en vain. [retour]
- Le gothic new wave de Lords Of the New Church pour James, et le rap-déconne de Captain Sensible Wot pour les plus connues. [retour]
17 septembre 2008 à 7:57
un post le 11 sept de damned la suite…, le monde est finalement toujours si entropique, il porte en lui les germes de la punkitude et les non valeurs, la vacuité. The damned sont finalement terriblement d’actualité! Le papier montre bien que l’image n’est pas la réalité et que l’envers du décors est souvent moins rose ou moins idéalisé que les perceptions qu’on a de certains.
Punk is dead or not? I hope not.
17 septembre 2008 à 8:28
Le punk n’est pas mort, loin de là, mais si j’en crois les photos de leur dernier passage au Gibus, [http://flickr.com/photos/27775823@N08/sets/72157606222316541/with/2584273241/] ils ne sont pas ce qu’il y a de plus frais.
Quand un videur est assis à se gratter la barbe dans un concert de punk, c’est qu’il y a un problème…
19 septembre 2008 à 21:39
il devrait plutot être en train de fracasser le voisinage à coup de baramines aidé par le batteur du groupe et enclencher la grande révolution nihiliste du grand soir! chick chick chick!!!
19 septembre 2008 à 21:53
…ou fracasser le 3 rue Charlot avec les bobos qui vont lapider nikos, il est déja poudré celui la, pourrait-on envoyer GBH sur le plateau ou au minimum dans les chambres ils détruiraient le matériel à coup de mottes de terre! le punk n’est pas mort, l’âme de TF1 si (elle n’a même jamais existé lol)
20 septembre 2008 à 23:47
Eh bien mon ami, vous êtes fort emballé ce soir.
Serait-ce le grand soir ?
Quant à envoyer GBH je ne sais pas, mais les fourrer de GHB me semble autrement plus drôle…