Albums protégés, albums gratuits : Le prix du silence 2

Ecoute-t-on ce qu'on télécharge aussi sincèrement que les disques que l'on achète ? Voir en poussant plus loin, donne-t-on la même attention à ce qu'on paye de la même manière que ce qu'on a gratuitement ? Peu de chance que l'on obtienne une réponse évidente mais c'est pourtant la question que soulève Billy Corgan.

Si Noel Gallagher déclarait il y a peu que donner Dig Out Your Soul, leur prochain album, en téléchargement serait comme jeter par la fenêtre Oasis Dig out your soull'investissement que représente la location d'Abbey Road et les services combinés des plus chers producteurs et illustrateurs simplement pour faire du marketing à l'oeil, le leader des Smashing Pumpkins lui ne le voit pas comme cela. Pour lui, l'équation est simple : un album donné = un album perdu. Aucune question d'argent là-dedans, mais son désarroi devant le constat, à l'issue d'un de ses concerts de l'année dernière, de jouer pour des fans qui ne connaissent pas les morceaux joués, en comparaison de l'audience dont les Pumpkins bénéficiaient douze ans plus tôt. "Quand on jouait Machina / The Machines Of God en 2000, 50% du public connaissait l'album"

Sans même remettre en question sa propre célébrité en 2008 (qui joue forcément sur le désir d'écoute de son public), ni s'interroger sur les effets pervers des "reformations", la véritable erreur de calcul de Corgan se situe dans ces propos. A l'époque qui utilisaient autant le net qu'aujourd'hui ? Les albums en ligne (nous parlons de téléchargement légal ici) n'étaient que des vilaines plages écartées des playlistes, rebuts de sessions ou bout de live cadeau. Aujourd'hui c'est le centre même du business. Chaque label arrive à mettre un peu de côté, prévoyant de diffuser en ligne tel ou tel outtake, demo etc. ou de les vendre plus tard en version "deluxe" comme c'est le cas de tant d'artistes aujourd'hui, de Depeche Mode à Sonic Youth en passant par New Order et U2 qui rééditent tous leurs premiers albums en son remasterisés et avec ces pièces détachées… Il y a un peu plus je laisse ?

Du coup, on se retrouve avec une série de bonus, à l'instar de ce qui se fait dans le marché du DVD depuis des années, chacun faisant sa sélection, Billy Corgan Smashing Americatranchant dans le vif de dizaines d'heures de sessions pour ne garder qu'un infime iceberg émergé. A l'époque où l'on peut acheter des morceaux à l'unité (alors que les cigarettes toujours pas), qui voudrait se taper tout un album d'un groupe déjà mort deux fois, alors qu'il lui suffit de n'en prendre que les titres les plus représentatifs de l'image qu'il s'était fait d'eux ? Car la révolution du mp3 n'est pas tant dans la gratuité, mais dans la multitude. Ce qui revient au même au final, l'offre généreuse faisant théoriquement chuter son prix. Ou la demande, dans le cas d'un produit dont la nouveauté et l'originalité est une caractéristique importante. Surprise Billy, c'est le cas du rock.

Et puis que penser de ceux qui ont donné ou utilisé des canaux de distribution différents avant le téléchargement ? Les disques donnés, les fanzines, les cd samplers des magazines… Rares sont ceux qui sont devenus célèbres bien évidement (encore que le hip hop à ses débuts à largement fait appel à cette méthode), mais ils ont à leur manière participé à la "carrière" sinon l'oeuvre d'une formation. Ce qui revient à poser, si Corgan a raison, la question ainsi : quel est le but des groupes qui en arrivent à sacrifier jusqu'à la vente de leur production ? Serait-ce le live ? Exister avant tout sur scène ? Cela justifierait sûrement le prix que les SP demandent aujourd'hui…

Un point qui lui donne toutefois raison c'est cette fameuse réapparition du marché des singles, qui tendrait à considérer qu'à notre époque plus personne n'écoute un album entièrement. Broken iPodAuquel cas il faut s'attendre à revenir plus loin encore qu'aux 45 tours bénis ; nous allons obtenir des titres d'une minute trente, par dizaine. Voire pire : l'avenir de la musique reposerait sur l'exemple de ces leurres des maisons de disques : un ensemble de morceaux de titres plutôt que des titres entiers. Si tous les morceaux devenait des samples au lieu de chansons, nous aurions exactement l'équivalent de ce qui se passe dans nos lecteurs mp3 : des centaines de titres se suivent sans jamais ressembler à un album.
De l'échantillonnage en somme. Avec du silence entre.

4 commentaires pour “Albums protégés, albums gratuits : Le prix du silence 2”

  1. mygynoid dit :

    J’ai bien lu cet article, il dit des choses vraies : les consommateurs de mp3 sélectionnent les morceaux qu’ils aiment (on se fait une playlist, son best of personnalisé). Désormais on ratisse large avec le mp3 et ça a pour conséquences ,comme il est dit dans l’article, l’apparition d’un public moins fanatique à mort, mais d’un public curieux et plus difficile, mais qui est aussi plus idiot desfois, car biensur le mp3 tire vers le haut le panel musicale et peut aussi le réduire comme le font si bien certaine radio. Je compare cet effet de sélection du mp3 comme le fait de zapper à la télévision, cela n’élève en rien la culture personnelle et au contraire ca abruti. Donc le mp3 a des points forts et des points faibles.
    Le mp3 a bien entendu sonné en partie la mort de l’album. Mais je vais vous parler de toute la culture qui s’est fait sur le mix (le hip hop, mais aussi les musiques électroniques). C’est un effet de culture que le mp3 a amplifié et étendu aux consommateur. Donc je dirais que le point fort du mp3 de pars son aspect d’échantillon (sample) est d’être immédiatement mixé dans une succession d’autres morceaux et peut faire de nous des acteurs dans cette consommation. Mais le point négatif c’est que cet échantillonnage est très empreint aux commerce (en rappelant que que l’idéal dans le commerce est de réduire les choses à sa plus petite unité pour être mieux distribué et vendu). Il est sur que le mp3 fragmente l’œuvre artistique. Mais pour l’instant ce qui embête les major c’est que ce mp3 ne peux pas être estampillé sous leur égide. Je tiens à dire qu’on cours un grand risque si le mp3 est controlé par les majors, car le mp3 rendrais efficace par son aspect de sample la vente et le commerce. Mais on est loin de cette vision, quoique…
    Je ne sais pas quelle réponse donné au fait que le mp3 tue l’album et l’œuvre artistique qu’il constitué. Le mp3 serait la mort de l’auteur en musique? J’entre la dans un débat qui dépasse la musique et qui se rapproche des question de licence libre et de partage des choses.

  2. Billy HP dit :

    Il y a du vrai dans vos propos (parfois confus, désolé de devoir le dire). Cette comparaison zapping / playlist mp3 est flagrante en effet.
    Jouir au maximum en ne bénéficiant que du minimum, c’était un peu la doctrine (vaguement philosophico-spiritualiste) du temps d’avant, de l’époque du disque. On ne trouvait que certains album mais on les écoutait 100 fois, les adulait, les révérait. Aujourd’hui on consulte, on récupère un maximum de données, empile, compile, dans des formats souvent aussi bradés que leur coût, et on en est déçu.
    La faute sans doute à un consumérisme déplacé qui nous pousse sans cesse vers ce que l’on a pas, ce que l’on ne connait pas encore.
    Bien vu donc, ce zapping musical.

    Cependant je n’arrive pas à me représenter le danger que vous alarmez concernant les mp3 et les majors. Les majors vendent bel et bien du mp3 depuis quelques temps, les DRM n’étantplus si imperméables. De même, je ne saisi pas votre “le mp3 rendrais efficace par son aspect de sample la vente et le commerce”. Rendrais quoi efficace ? La vente, c’est déjà le cas. Le commerce ? Et bien les ventes de fichiers numériques ne sont pas encore arrivés à maturité économique et ne permettent donc pas encore des marges équivalentes à celles de l’époque où le disque battait son plein.
    Pourriez-vous être plus précis mygynoid ?

  3. mygynoid dit :

    J’essayais de faire une analogie entre le fait que quand on fragmente au maximum une marchandise pour la rendre plus rentable c’est du capitalisme. Mais je voulais pas dire ce mot pour ne pas rentrer dans un débat d’idée. J’avais jamais pensé auparavant que le mp3 (qui aurais comme cousin le single) permettrais au mieux de vendre et distribué la musique. Je voulais dire que si le mp3 devient le support de commerce des majors cela détruisait l’espoir que le mp3 constitué un support libre et gratuit. Mais je me rend compte que la gratuité à des conséquences sur les artistes, mais j’ai du mal à les définir. Mais que si le mp3 devient en parti payant avec de marges raisonnables je suis à coup sur que ça ne favorisera en rien les artistes, mais enrichira les majors. C’est dans la musique que les idées les plus avant-gardistes se trouvent, alors d’imaginer que toute cette musique soient en fond en merchandising. Dans la musique, la fête, il doit se passé autre chose qu’un divertissement aseptisé. J’ai juste une profonde rancœur au showbizness. La musique ne doit pas servir l’argent mas c’est l’argent qui doit servir la musique à donner ce qu’elle a de meilleur.

  4. Billy HP dit :

    Oui cette fois, c’ets bien plus clair.
    Alors, les conséquences de la gratuité sur les artistes (et l’environnement direct d’un artiste) est flagrant sur le court terme : zéro sous qui rentrent = zéro salaires. De là découle deux éventualités : on trouve un autre système pour faire vivre les musiciens ou bien le groupe et son environnement coule.
    Le débat sur la gratuité est plus complexe qu’un “simple” d’ébat sur le capitalisme. Mais ce qu’expressway défend c’est le fait qu’une musique doit (comme tu le dis) être encadrée pour profiter à tous. Le commerce de dois faire que permettre à la musique d’exister et de continuer. Pas l’inverse. Ce que les labels les plus importants (et pas seulement les majors) ont tendance à détourner. Syndrôme du Colonel Parker ou de Malcom McLaren…

    Un seul point de désaccord si je peux me permettre, ce n’est pas la musique qui porte les éléments plus plus avant-gardistes, mais plus fréquemment les arts visuels ou les arts du spectacles (volumes et happening notamment). La musique (et a fortiori, le rock) est un art mineur, au sens populaire. Il faut aller chercher dans des registres comme l’indus (façon Throbbing Gristle plutôt que Ministry) ou certains expérimentateurs convaincus (Glenn Branca, Sonic Youth…) pour trouver un avant garde notable. Par contre je vous rejoins en ceci que le rock est la vulgarisation la plus influente de l’art. Ex: le punk pour le situationnisme etc…

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